La " pinkflation ": quand les prix des vêtements s’envolent… seulement pour les femmes

L'inflation s'invite jusque dans la mode où les vêtements pour femmes sont soumis à une augmentation nettement plus forte que ceux destinés aux hommes.

pinkflation
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C’est bien connu, en matière d’apparence, ce sont les femmes qui payent plus cher. Mais si on savait déjà qu’elles payaient plus pour leurs mises en plis et leurs maquillages, un quotidien suisse allemand révèle que même pour leurs vêtements, les femmes payent plus cher.

S’il est clair que de nombreux pays d’Europe traversent depuis plusieurs mois une importante inflation, causée en partie par la pandémie de COVID-19 et la guerre en Ukraine, cette dernière semblait se limiter aux denrées alimentaires et à l’énergie. Dans son étude réalisée en partenariat avec le comparateur de prix indépendant Comparatis, le journal zurichois NZZ am Sonntag révèle que cette fameuse inflation s’est propagée à nos vêtements. Mais de manière très inégale…

Ainsi, on apprend que les vêtements pour femmes ont connu une augmentation de près de 6,51% par rapport au début des années 2000 alors que pour les hommes, cette hausse n’est que de 0,3%… Cet épiphénomène, le NZZ am Sonntag, le prénomme " Pinkflation ", un curieux mélange entre Pink et Inflation.

Comment expliquer cela ?

D’apparence, rien ne semble réellement justifier cette différence aussi marquée. C’est que les vêtements, qu’ils soient pour hommes ou pour femmes, sont fabriqués dans les mêmes conditions de productions et souvent à partir des mêmes matières premières, alors comment expliquer cela ?

Pour le média suisse, " les clientes réagissent de manière moins élastique aux augmentations de prix des articles de mode ". Les hommes, eux, " semblent plus enclins à renoncer parfois à l’achat ou à se tourner vers le produit le moins cher lorsqu’un vêtement augmente. C’est en tout cas ce que craignent les producteurs ", développe-t-il. Ainsi, il est plus facile d’augmenter les prix chez les femmes, que chez les hommes. Cela serait également en lien avec le fait que bien souvent, les femmes sont accordent plus d’attention à leurs apparences que leur pendant masculin.

C’est ce que défend Dominique Grisard, chargée de cours au centre d’études sur le genre à l’université de Bâle, interrogée par le NZZ am Sonntag :  " les prix reflètent le fait que, dans notre société, les femmes attachent plus d’importance à la manière dont elles se présentent, un élément dont profite les commerçants. "

Un retour de la fameuse taxe rose ?

C’est que si le phénomène est nouveau en matière d’habillement, ce n’est pas une situation si neuve que cela. Il est courant que, pour un même service ou objet, les femmes doivent débourser bien plus que les hommes.

Puisque qu’un exemple vaut plus qu’une longue explication, on retiendra le cas du coiffeur par exemple, où le budget annuel moyen d’une femme dépasse allègrement les 200€ là où celui des hommes tourne plutôt autour des 90 euros. Ou encore les rasoirs, bien plus cher pour femmes que pour hommes.

D’ailleurs, le phénomène porte même un nom : la " Pink-tax " ou " Taxe Rose " en français. Et il est loin d’être neuf ! Dans les plus hautes sphères de l’industrie de la mode, celles qui tournent autour de la haute-couture, la différence des prix est bien plus présente, pouvant aller jusqu’à 1000 euros.

Dans un article du Monde, on apprend d’ailleurs que la championne en la matière est la maison de haute-couture Saint-Laurent  où le même t-shirt coutera  100 dollars de plus aux dames qu’aux hommes…

Une différence genrée qui devrait tendre à disparaitre

Selon Dominique Grisard, citée par le NZZ, cette tendance devrait s’estomper avec le temps : " les hommes ont longtemps pu se cacher dans leurs costumes. Mais chez eux aussi, les apparences prennent de l’importance. Il devrait donc y avoir un rapprochement à plus ou moins long terme ", estime-t-elle.

Mieux vaut tard que jamais, parait-il… En attendant, ce sont les femmes qui trinquent, à payer plus pour les mêmes services. Déjà qu’à travail égal, elles sont payées 23% (selon emploi.belgique) de moins que les hommes, ça commence à faire beaucoup là…

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