Kiabi, Shein, Decathlon: des vêtements neufs pour les associations… et des millions pour ces marques

Depuis 2022 en France, les marques peuvent obtenir une réduction fiscale de 60 % en donnant leurs invendus à des associations. Derrière cette disposition censée limiter le gaspillage, certaines enseignes de la fast fashion tirent parti du système pour rentabiliser leur surproduction.

Pile of discarded clothing in a landfill symbolizing the waste and environmental impact of fast fashion

Produire trop pour mieux défiscaliser ? C’est le paradoxe de la loi anti-gaspillage entrée en vigueur en 2022 en France, qui interdit la destruction des invendus neufs et incite au don associatif en échange d’avantages fiscaux (En Belgique, pour l'instant aucune loi de ce genre existe). Si l’objectif est louable, dans les faits, des géants du prêt-à-porter comme Kiabi, Shein ou Decathlon semblent en tirer profit pour rentabiliser leur production de masse. Avec un impact direct sur la filière de la seconde main, chez nous aussi, où l’influence de ces enseignes est bien réelle.

Derrière la promesse d’un modèle plus vertueux, le traitement des invendus par la fast fashion révèle une réalité bien moins reluisante : celle d’un système fiscalement avantageux pour les marques, mais coûteux pour les finances publiques, les structures associatives et l’environnement. En Belgique comme ailleurs, la filière de la seconde main s’en trouve déséquilibrée, fragilisée par une vague de textile neuf qui ne faiblit pas

Destruction de vêtements interdite

La destruction des invendus neufs est donc interdite. Les marques doivent désormais recycler, donner ou revendre leurs surplus. Mais ce geste "solidaire" a un coût caché : les associations, débordées, doivent souvent gérer, voire éliminer, ces montagnes de vêtements par leurs propres moyens, parfois aux frais des collectivités. Résultat : une partie du problème est déplacée plutôt que résolue.

Une ristourne triplée en trois ans pour Decathlon

En 2024, Decathlon a reçu 709.000 € de réduction fiscale pour 1,18 million € de produits donnés, selon une enquête de Disclose . Une somme presque trois fois supérieure à celle de 2021. Derrière ces chiffres, une stratégie : donner pour économiser. La marque française, très présente en Belgique, bénéficie aussi de partenariats avec des intermédiaires spécialisés qui facilitent ces dons… tout en valorisant leur fiscalité.

Un cadeau de Shein contre un reçu fiscal

Shein, mastodonte chinois de la fast fashion, fait aussi appel à ces intermédiaires. Des courtiers comme Dealinka proposent aux associations de recevoir gratuitement des lots de vêtements, à condition de fournir un reçu fiscal. En retour, la marque peut déduire jusqu’à 60 % de la valeur déclarée. Problème : ce sont les entreprises elles-mêmes qui estiment cette valeur. Avec 7.000 nouvelles références en ligne chaque jour, Shein reste opaque sur l’ampleur des invendus… et sur le montant de ses déductions.

Le tour de passe-passe de Kiabi

Avec plus de 800.000 vêtements mis en vente chaque jour, Kiabi détient l’un des volumes les plus importants d’invendus du secteur. Pour écouler ses surplus, la marque a développé ses propres "Petits Magasins", des boutiques solidaires encadrées par une structure proche de son actionnariat. Résultat : Kiabi donne… à Kiabi. En 2023, elle aurait pu bénéficier de près de 15 millions € de réduction fiscale. En Belgique, où l’enseigne est bien implantée, ce modèle interroge. D’autant que ces vêtements neufs, revendus à bas prix, concurrencent directement les friperies locales, déjà fragilisées.

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