Rentrée littéraire 2022, nos premiers coups de cœur

Comme chaque année, à la fin de l’été, la rentrée littéraire fait son grand retour. Véritable marathon livresque, on vous livre nos premiers coups de cœur.

Rentrée littéraire
La Dame au chapeau lors de la foire du livre de Paris © Belga Image

488. C’est le nombre de titres qui feront leurs rentrées dans les semaines à venir. Un rien moins que les 500 traditionnelles nouvelles arrivées qui composent la rentrée littéraire, mais c’est aisément explicable.

Premièrement, il est révolu le temps où l’on publiait et imprimait à tout va ! Depuis plusieurs années déjà, les libraires tapent du poing sur la table et demandent aux maisons d’éditions de ralentir le rythme au moment de ces rentrées littéraires. Chaque année, les surplus s’entassent et c’est un calvaire pour de nombreux libraires.

Ensuite, la crise des matières premières, et en particulier celle qui touche le papier, pousse les maisons d’édition à être plus attentives. Les coûts de productions plus élevées entrainent invariablement une baisse de celle-ci et moins de livres sortiront cette année.

Enfin, comme le Figaro le mentionne, les ventes de livres ont baissées depuis le 1er janvier. Après une année exceptionnelle en 2021, le secteur de l’édition a vu son chiffre de vente baisser de près de 11%. "Après une année exceptionnelle, le premier semestre 2022 est synonyme d’atterrissage pour le secteur de l’édition", explique Vincent Montagne, président du Syndicat national de l’édition (SNE).

Mais si cette rentrée littéraire est très légèrement moins fournies que ses précédentes (une trentaine de livres en moins par rapport à l’an dernier) , elle n’en demeure pas moins remplies de jolies surprises qui nous font vibrer en cette fin d’été.

Notre sélection

Cher connard de Virginie Despentes

Elle a créé l’évènement et marqué de son retour cette rentrée littéraire. Virginie Despentes nous revient avec sa plume acerbe. Avec ce nouvel essai, quelque peu différents de ses précédents, l’autrice met en lumière et donne la voix à ses personnages qui aborderont tour à tour des problématiques sociétales et intimes auxquelles nous faisons tous face.

Dans ce roman épistolaire, on renoue avec joie à la plume corrosive et fracassante de Virginie Despentes qui est plus féministe que jamais.

"  Cher connard,
J’ai lu ce que tu as publié sur ton compte Insta. Tu es comme un pigeon qui m’aurait chié sur l’épaule en passant. C’est salissant, et très désagréable. Ouin ouin ouin je suis une petite baltringue qui n’intéresse personne et je couine comme un chihuahua parce que je rêve qu’on me remarque. Gloire aux réseaux sociaux  : tu l’as eu, ton quart d’heure de gloire. La preuve  : je t’écris.  "

Le livre des sœurs d’Amélie Nothomb

C’est une tradition de la rentrée littéraire francophone, c’est la Dame au chapeau qui l’inaugure ! Ainsi, comme chaque année, Amélie Nothomb nous propose un nouveau récit à dévorer.

Après son dernier roman " Premier Sang " récompensé du prix Renaudot 2021, l’autrice continue de tirer sur le fil familial et nous propose un nouveau livre sur le thème. Si le premier touchait aux souvenirs, " le livre des sœurs " lui s’intéresse plutôt aux liens qui unissent une famille et interroge l’amour filial. Ce sacrosaint amour se voit découpé, examiné à la loupe et décortiqué avec énormément de justesse et d’émotions sous la plume tant connue d’Amélie Nothomb.

Après tout, comme le dit si bien l’autrice, " Les mots ont le pouvoir qu’on leur donne. "

Zizi Cabane de Bérangère Cournut

Son premier roman " De pierre et d’os " qui nous emmenait aux confins les plus lointians de l’Arctique nous avait envouté. Véritable voyage initiatique, ce récit onirique était prometteur de jolies choses à attendre de son autrice.

Et avec son second roman, " Zizi Cabane ", Bérangère Cournut ne déçoit pas. Chez elle, la lecture devient voyage et expérience. Ouvrir un de ses livres, c’est le point de départ vers un univers qui mêle délicatement mélancolie, poésie et émotions. Dans une prose qui coule, comme du papier à musique.

" Odile a disparu, laissant derrière elle son mari Ferment et leurs trois enfants. Privés de la présence maternelle, Béguin, Chiffon et la jeune Zizi Cabane doivent trouver un nouvel équilibre. Mais rien ne se passe comme prévu dans la maison. Une source apparaît dans le sous-sol, et veut absolument rejoindre le ruisseau du jardin. Un drôle de vent rôde. Et tandis que tante Jeanne essaie de ramener un peu de raison là dedans, Marcel Tremble, faux grand-père surgi de nulle part, accompagne avec tendresse la folie de ces êtres abandonnés. Que vont devenir les chagrins ? Sur quelles pentes vont-ils désormais rouler ? "

Où es-tu, monde admirable ? de Sally Rooney

Il aura fallu prendre notre mal en patience pour celui-ci. Sorti l’an dernier en version originale, le troisième roman de Sally Rooney se laisse finalement dévorer en français. (Les anglophiles l’ont surement déjà fait l’an dernier au moment de sa sortie. ". Une fois encore, Sally Rooney nous emmène une nouvelle fois en Irlande. Comme toujours chez l’autrice, il y a cette capacité de raconter la vie que les millenials traversent. Remplie de doutes, de questionnements. Mais aussi flamboyante, décomplexée et libre.

Sally Rooney dresse à nouveau avec brio et le long de sa plume si agréable le portrait sans fard de cette jeunesse et son troisième roman se déguste comme un " Stobhach Gaelach " (c’est le célèbre ragout irlandais en gaélique)

" Alice, une jeune romancière ayant connu un succès fulgurant, quitte Dublin pour s’installer dans un village d’Irlande. Elle fait la connaissance de Felix sur un site de rencontres. Eileen, la meilleure amie d’Alice, préfère rester dans la capitale et travaille pour un magazine littéraire. Elle renoue avec Simon, un copain d’enfance qui n’a jamais caché son attirance pour elle. Malgré la distance, Alice et Eileen se parlent presque tous les jours, ou plutôt elles s’écrivent. Des e-mails aussi drôles qu’intimes où elles laissent libre cours à leurs réflexions sur le sexe, l’amour, l’argent, l’amitié, la politique.
Mais le monde s’assombrit. L’inégalité, l’injustice, la violence ne cessent de grandir. Comment continuer à se comprendre, s’aimer et admirer la beauté qui nous entoure quand le pire semble inévitable ? "

Comment font les gens ?  d’Olivia Lamberterie

Elle nous avait bouleversé en 2018 avec son premier roman, " Avec toutes mes sympathies " récompensé du prix Renaudot de l’essai 2018. Olivia Lamberterie, responsable des pages lectures du Elle, nous revient avec un second roman. Un récit profondément humain, qui saura parler à tout le monde et explore des thématiques presque universelles. Tout en posant une question plutôt cruciale et dont la réponse nous échappe parfois : " Comment font les gens ? ".

Anna, la narratrice de ce roman aux allures de Mrs Dalloway contemporain, est éditrice sous les ordres d’une dictatrice, se débrouille comme elle peut avec la vie, c’est-à-dire plutôt mal. Elle résiste. Elle endigue. Elle encaisse. Elle se souvient, surtout.
Coincée entre une mère féministe mais atteinte d’une forme de joyeuse démence, trois filles à l’adolescence woke, un mari au sourire fuyant et à la tenue fluo, un cordon sanitaire d’amies qui sonnent le tocsin des SMS et des apéros SOS " burn out ", Anna pourrait crier, comme on joue, comme on pleure, " Arrêtez tout ! ", mais ça ne marche qu’au cinéma. Comment font les gens ? Pourquoi ne remarquent-ils pas les " pigeons dégueulasses aux ventres de pamplemousse " ou la mélancolie fêlée d’une voisine de comptoir ? 

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