Rock Werchter 2024 : Pourquoi ça marche

En juillet, le festival programme cent artistes sur quatre scènes, mixant exclusivités, artistes revival et nouvelle génération. Une machine bien huilée devenue un modèle en Europe.

RIO DE JANEIRO, RJ - 01.11.2023: SHOW MANESKIN RUSH WORD TUR - Show by the Italian band Maneskin, on November 1st, in Ri
Maneskin ©IMAGO/Fotoarena

Le 13 juillet 1975, la première édition du Rock & Blues Festival Werchter accueille six groupes belges dont les noms n’évoquent plus rien aujourd’hui: Banzai, Hold Up, Kandahar, Sock & Soul, Stormy Monday et Vulgus. Le ticket d’entrée coûte 100 francs belges et l’événement rassemble quelques centaines de curieux sous une tente scout qui sent la paille, le tabac roulé et la pils tiède.

Quarante-neuf ans plus tard, Rock Werchter s’impose comme l’un des plus gros festivals européens. À leurs débuts ou à leur apogée, les artistes les plus influents de ces cinq dernières décennies y ont joué. U2, Lou Reed, Adele, Amy Winehouse, Dylan, Peter Gabriel, Neil Young, Bowie, Pearl Jam, Jay-Z, Oasis, Björk, Stromae… Oui, tous.

Plus qu’une consécration, Rock Werchter est une étape incontournable dans une carrière, une balise, un mètre étalon. The Edge, le guitariste de U2, déclarait que dans les années 80, la meilleure manière pour son groupe de mesurer sa progression sur le marché européen était de voir où le nom de U2 se situait dans l’affiche de Werchter par rapport aux “rivaux” Simple Minds et Eurythmics.

Argent, affinité, artistique

L’affiche de cette édition 2024 fait à nouveau saliver avec cent noms répartis sur quatre scènes en quatre jours. Dans le secteur de la musique live, il y a une règle non écrite et donc pas toujours assumée officiellement. Cette règle, c’est celle des trois “A”: Argent, Affinité, Artistique.

On explique. Programmer uniquement ses chouchous avec qui on entretient de bonnes relations (affinité) ne permet pas de renouveler son public. Ne choisir que des noms en fonction de leur valeur marchande (argent) du moment risque de causer un problème d’identité et de faire fuir les fidèles de la première heure. Tout miser sur la respectabilité et la culture du bon goût (artistique) est casse-gueule pour le tiroir-caisse. Si Rock Werchter est au-dessus du lot, c’est parce qu’il coche les trois cases à chaque édition.

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Lenny Kravitz[/caption]

Le succès du festival s’explique aussi dans sa capacité à s’adapter aux nouveaux enjeux tout en restant fidèle à ses racines. Bien qu’agissant de manière proactive sur la mobilité, la durabilité et la diversité, Herman Schueremans, grand manitou de Rock Werchter élu “personnalité la plus influente du secteur musical belge” selon une enquête parue le mois dernier dans Humo , évite d’en faire trop dans sa communication.

Il sait que si on se déplace chaque premier week-end de juillet dans cette localité endormie du Brabant flamand, c’est pour voir les meilleurs concerts de l’été donnés par les meilleurs artistes live. “Talk is the music” comme disent les Anglo-Saxons. “Le discours, c’est la musique”. Enfin, le festival est réputé pour son organisation irréprochable.

Accueil, gestion des foules, temps d’attente réduit aux stands Horeca, respect des horaires, propreté des sanitaires, confort sonore… Rien n’est laissé au hasard. Tout ça a un prix (309 euros le “combi” 4 jours, 134 euros le ticket journalier). Certes, mais le succès est toujours au rendez-vous. 87.500 spectateurs sont attendus quotidiennement pour cette édition.

Les habitués

Dans la programmation 2024, on retrouve des habitués. Certains diront “ce sont toujours les mêmes” . Mais des critiques s’élèveraient aussi si ces noms ne figuraient pas dans la programmation. On parle de Lenny Kravitz (tête d’affiche le 4/7, seule date où il reste des tickets “1 jour”), Foo Fighters (7/7, qui en est à sa quatrième participation), dEUS (5/7), Róisín Murphy (6/7, quatrième fois à Rock Werchter) ou encore PJ Harvey (4/7, présente pour la première fois en 1995).

Le revival

Rock Werchter n’oublie pas non plus les artistes qui remplissent encore des grandes salles sans être pour autant sous les projecteurs. Cet été, la tendance est au revival: années 80 avec The Pretenders (7/7) et Johnny Marr (4/7), ”nineties” avec Slowdive (4/7), Breeders (7/7), Archive (5/7), The Hives (4/7) et Jane’s Addiction (4/7), “années 2000” avec Avril Lavigne (6/7), Simple Plan (5/7), Sum 41 (5/7).

La nouvelle génération

Le festival attire aussi une nouvelle génération de fans de guitare avec Maneskin (tête d’affiche le 5/7 après leur prestation imparable en 2023), Idles (7/7), Sprints 5/7), Greta Van Fleet (4/7) ou Soccer Mommy (7/7). En pop, hystérie assurée avec Dua Lipa dont le dernier album “Radical Optimism” est taillé pour l’été, la fête et le public ado.

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Whispering Sons

Whispering Sons Photo : Fenne Kuppens ANP / Hollandse Hoogte / Alex Vanhee[/caption]

Les coups de cœur

Parfaitement attentif aux nouvelles tendances, le festival convoque celles et ceux qui ont sorti cette année des albums pertinents. On pense aux Belges de Whispering Sons (7/7) et Brutus (7/7), aux rockeuses anglaises The Last Dinner Party (6/7), déjà flamboyantes lors de leur sold-out au Botanique, à leurs cousines de Toronto The Beaches (5/7), à Noname, l’ovni néo-soul/blues venu de Chicago (6/7), Sampha (7/7) ou encore le trio instrumental Khruangbin auteur du réjouissant “A La Sala” (6/7) paru en mai dernier.

Du 4 au 7/7, Werchter. rockwerchter.be

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