Week-end entre vignobles et châteaux dans le Namurois : un circuit qui vaut le détour

La Wallonie est pleine de forteresses et de domaines viticoles. On a testé pour vous l’itinéraire d’un week-end dans le Condroz namurois.

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Le Domaine de Ronchinne en hiver.

"Je n'avais jamais vu de vigne en Belgique, pourtant je suis Belge", dit une visiteuse au bras d'un ami venu de Bordeaux pour le week-end. "Ça a du cachet. Un vin de plaisir", juge-t-il tout en promenant son regard sur la superbe propriété namuroise. Les bulles dorées filent vers le ciel dans les flûtes. Jean-Bernard Despatures, propriétaire avec son frère Pierre-Marie, sourit avec fierté. Son visiteur est un connaisseur. La bouteille arbore un coq wallon. "C'est un extra-brut", explique sobrement Jean-Bernard Despatures qui a travaillé de longues années dans le Bordelais avant de mettre son expertise au service du Domaine du Chenoy. Il s'agit d'un des plus anciens domaines de Wallonie, l'aventure ayant démarré voici vingt ans sous l'impulsion du célèbre marchand de vin namurois Philippe Grafé. L'ancienne ferme entièrement rénovée est entourée de vignobles étendus aux côtés de bois qui font gagner quelques degrés. "Être créateur d'originalité, c'est notre credo. Alors que 80 % de la production mondiale est produite par douze cépages, on vient avec un cépage résistant aux maladies avec très peu de soufre. Tout est bio, développe Pierre-Marie Despatures. Un vin belge, ce n'est pas une petite chose. Nos assemblages sont réalisés par Éric Boissenot (célèbre œnologue français - NDLR). Il travaille comme un parfumeur sans être un magicien. Il faut que notre raisin soit bon."

Les deux frères que quatorze ans séparent sont tous deux bio-ingénieurs et ont réussi à faire de leur vin une véritable perle de Wallonie. Leur ferme de pierre bleue du pays a servi de lieu de tournage au film Le vélo de Ghislain Lambert, avec l'acteur namurois Benoît Poelvoorde. Depuis lors, les lieux ont été rénovés dans une alliance entre l'ancien et le nouveau, entre le bois et l'acier. La majestueuse grange aux effluves enivrants abrite les cuves en inox et se dresse telle une petite cathédrale soutenue par de magnifiques charpentes. Les fûts s'alignent dans une ancienne étable du XVIe. 80.000 bouteilles patientent avant leur passage en salle de vieillissement. Au bout d'un escalier de pierre, une cave voûtée permet d'accueillir dégustations et séminaires. Sur les quinze hectares de la propriété, cinq personnes travaillent. Lors des vendanges, des mains du "pays" sont recrutées. "Beaucoup de Flamands viennent nous voir, parfois des Hollandais, plus rarement des Français."

Passer par le Domaine du Chenoy à La Bruyère, c'est avoir la possibilité de s'arrêter dans quatre domaines. Mais les frères Despatures sont parmi les seuls de Wallonie à en vivre réellement. "Le métier de vigneron est l'un des plus durs, il dépend de la nature, d'un gel, d'une grêle. Mais si vous apportez une émotion, vous parlez à l'âme des gens." Le Domaine du Chenoy produit actuellement 100.000 bouteilles l'année de vin haut de gamme. 80 % de la production, ce sont des bulles mais on y produit aussi du blanc, du rosé et même un peu de rouge. Au gré des confidences, on apprend que la Belgique se cherche un nom qui définira son vin qui pétille à l'instar du cava pour l'Espagne ou du prosecco pour l'Italie. En attendant, le Domaine du Chenoy se trouve sur les cartes des très nombreuses tables du Namurois. "Mon souhait serait de travailler sur une dynamique autour de la Meuse jusqu'à Anvers en sachant que les vignobles wallons par rapport aux flamands ont plus d'espace, de relief et de terroir", conclut Pierre-Marie.

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Jardins d’Annevoie

À quelques kilomètres de là, les incontournables “Jardins d’Annevoie” connaissent une nouvelle jeunesse. En 2017, Ernest-Tom Loumaye et son épouse ont repris la gestion de la propriété, via un bail emphytéotique noué avec la Région wallonne et l’aide de la Fondation Roi Baudouin. Depuis à peine quatre ans, leur fils cardiologue a lancé quelques hectares de vigne au milieu de cinq autres vignobles à proximité. C’est un vigneron namurois, rentré au pays après avoir exercé dans le Bordelais et en Afrique du Sud, qui l’exploite et met en cuve dans la grange du château. Deux chevaux de trait, un percheron et un brabançon, ont été éduqués pour travailler dans la vigne et éviter de compacter le sol comme le font les tracteurs. “ Les gens veulent du bio local et c’est ce qu’on fait. On traite les vignes avec du cuivre, de l’essence d’oranger et de la prêle. Mais ici ce n’est pas la Bourgogne belge. C’est encore le Far West. Il faudra laisser faire et mûrir pendant une génération pour arriver à une qualité ”, estime Ernest-Tom Loumaye. On trouvera le vin ainsi que du miel produit sur place à la boutique en sortant d’une promenade au cœur des jardins et cascades d’eau des douze hectares de nature.

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jardins d'annevoie
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Les Jardins d'Eau d'Annevoie. © Adobe Stock[/caption]

Fondés en 1627 par de riches industriels, les de Montpellier, les jardins multiplient des plans d’eau installés à la fois par souci esthétique et par nécessité pour les forges qui avaient besoin d’eau. Le château qui jouxte les lieux, qui ne se visite pas mais bien présent dans le paysage lorsqu’on s’y promène, était autrefois la résidence d’été des propriétaires qui logeaient dans un hôtel de maître à Namur. C’était une période d’opulence avec des forges installées dans toutes les vallées bénéficiant de l’eau, du charbon de bois et du minerai de fer. Les statues en fonte qui se dressent aux jardins, comme celle de Neptune crachant de l’eau, en sont des produits dérivés. “ On a cinq jardiniers qui ramassent la moindre feuille dans les fontaines et quatre employés. On accueille 70.000 visiteurs par an. Le domaine est exceptionnel, à 60 kilomètres d’un aéroport. C’est une véritable PME ”, sourit le propriétaire.

De père hutois et de mère namuroise, Ernest-Tom Loumaye est né dans une maison classée monument historique et a développé avec son épouse une passion pour les jardins historiques après avoir fait une grande carrière dans le secteur pharmaceutique aux États-Unis puis en Suisse. “ La Wallonie sous-estime son potentiel. On est le centre de l’Europe. On a l’eau et les forêts alors qu’en Flandre il n’y a pas une route qui ne soit bordée de maisons. Même la mer du Nord est hyper-urbanisée avec des buildings. Nous avons donc une mine d’or. Mais nous n’avons pas assez d’ambitions. Il faut mieux soigner les choses. Par rapport à la Suisse, nous sommes moins ordonnés. Et on manque d’hôtels de luxe. On doit relever le niveau .” Le nouveau propriétaire, qui veut allier tradition et innovation, a replanté les 52 tilleuls ancestraux le long du canal de 365 mètres de long et électrifié le domaine ainsi que le château qui est chauffé zéro CO2. Le sanglier de pierre, qui n’a pas bougé depuis deux mille ans, a retrouvé ses pattes et son groin. Certaines zones sont tondues, d’autres pas au nom de la biodiversité et comme cela était le cas au XVIIIe siècle. Des sculptures modernes ont été rajoutées.

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Domaine de Ronchinne

Dans ce circuit “vignobles et châteaux” , il est l’heure de s’offrir une parenthèse ressourçante au Domaine de Ronchinne à 4 kilomètres du village de Crupet, l’un des Plus Beaux de Wallonie. Le lieu propose de nombreux logements insolites: vie de château, esprit nature dans les anciennes écuries, cabane perchée, cube futuriste en pleine nature, bivouac fait de roulottes en toile, hutte... Avec, en prime, une foule d’activités: plaines de jeux, minigolf, piscine extérieure chauffée, vélo, etc., mais aussi soirée autour d’un brasero, atelier de mixologie, vendanges et promenades dans les vignes dont certaines du Domaine du Ry d’Argent. Un beau salon à l’ancienne et une grande terrasse permettent de prendre l’apéro.

Le buffet permet de faire soi-même ses grillades de viande et de poisson, avec un choix de salades et légumes. Une pièce réservée à des crus à tous les prix accompagnera les mets. La promenade dominicale s’apparente presque à une représentation théâtrale. Pendant 1 heure 30, tout en se promenant dans les allées du domaine, on plonge dans l’histoire de cette ancienne demeure de Clémentine de Belgique et Victor Napoléon Bonaparte.

Château de Bioul

La tournée des châteaux se poursuit à Bioul (Anhée), près de Maredsous. Après avoir traversé une allée de tilleuls aux vertus calmantes, on rencontre la propriétaire dynamique et originale, Vanessa Vaxelaire. Le château dévoile ses mystères depuis moins de quatre ans. Dans la grande cour en pavés, on contemple mille ans d’histoire et un patchwork des différents agrandissements opérés pendant dix siècles. Le château a été le témoin de plusieurs guerres. Il est aujourd’hui en parfait état avec dix hectares de vigne. Par beau temps, on peut s’installer dans le grand parc pour un pique-nique.

Un parcours “made in Bioul” s’inscrit dans l’offre œnotouristique d’une aile du château. Une salle retrace la grande histoire de la famille Vaxelaire qui démarre à la fin du XIXe siècle. François Vaxelaire, originaire de Lorraine, est arrivé en Belgique à 20 ans. Il a alors fondé le Bon Marché à Bruxelles, premier grand magasin de Belgique à l’origine du groupe GB-Inno, notamment. Il a commencé par louer le château de Bioul en 1896, l’a acquis en 1906. D’autres salles, de manière interactive ou poétique, retracent la fabrication du vin. Dans le grenier, on peut partir à la rencontre des deux fantômes supposés hanter les lieux. “ J’espère arriver à 10.000 visiteurs par an. Je ne veux pas devenir une machine. Cela doit rester un havre de paix ”, explique Vanessa Vaxelaire. L’activité vinicole, démarrée en 2009, est désormais maîtrisée et on trouve de beaux flacons à ramener chez soi dans la boutique qui fait office d’entrée et de sortie du château.

Château de Freÿr

Sous un soleil dominical timide, il est temps de découvrir un dernier château, celui de Freÿr, dressé en bord de Meuse et au pied des majestueuses falaises de la région dinantaise. Le baron en personne sort de sa demeure. “ On est très peu connu. Mais ici tout est sauvage et spectaculaire ”, clame-t-il, regrettant le lamentable oubli de son château au titre de patrimoine reconnu par l’Unesco. “ Nous ne sommes ni à Modave ni à Belœil. Mais si Belœil a toute la splendeur d’un orchestre symphonique, Freÿr a tout l’éclat d’un orchestre de charme ”, dit-il en balayant du regard la cour pavée où l’on a l’impression de voir pénétrer les carrosses d’hier devant les portes de garage. “ Nous avons une atmosphère unique ”, poursuit le châtelain avant de finalement laisser Jean-Guillaume, le gardien et guide du château, en conter l’histoire fabuleuse.

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Chateau Freyr
Chateau Freyr

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Ce fut longtemps un château d’été, de chasse et de plaisance où dormit notamment, dit-on, Louis XVI en personne. Son (petit) lit légèrement surélevé se donne à voir dans l’enfilade de pièces ouvertes au public. Les boiseries et les escaliers ont été cirés à l’étiquette. À l’entrée, on découvre une petite chapelle où l’on dit toujours la messe. Plus loin, un piano invite le public à jouer et un globe terrestre quasiment unique au monde fait rêver. Les soins apportés à la rénovation sont constants. Les ampoules sont LED et les chaudières, à pellets.

Dans les sobres jardins du château s’aligneront dès ce 1er mai les orangers qui passent l’hiver sous serre. Si à Freÿr, on ne produit pas de vin, on proposera cet été une marmelade bio avec les fruits du jardin. Le jardin à la française se compose de quatre bassins d’eau entre Meuse et bois ainsi qu’un chemin de fer délaissé. Pour le faire passer, sans l’intervention du roi Léopold Ier, Freÿr aurait été rasé. Et puis, dans un donjon, on aperçoit l’effigie d’une femme. Jean-Guillaume sourit. “ C’est Freyja, la déesse de la beauté et de la chasse dans la mythologie scandinave. Elle attend d’être délivrée par son amoureux.

VISITWallonia propose cinq programmes à découvrir en ligne pour partir à l'assaut des forteresses wallonnes et des vignobles. En plus de ce séjour namurois, on pourra opter pour un tour dans un coin du Namurois, dans le Hainaut, dans le Brabant wallon ou en province de Liège. Il s'agit d'un programme slow: les séjours comptent deux visites par jour, en matinée et l'après-midi pour profiter sans se presser. Certaines visites sont exclusives. Et en plus des dégustations, VISITWallonia propose des restaurants gastronomiques.

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