Un syndicaliste en négociation de Bpost dénonce la direction : "ils veulent la paix sociale pour pas un balle"
Cinq semaines de grève, 12 millions de lettres en retard, 450 000 colis toujours bloqués à Bruxelles ou Charleroi… Et pourtant, rien n’est réglé. Si le travail a repris à bpost, ni plan d’avenir ni accord social ne sont en vue avant minimum la fin du mois de mai.

- Publié le 12-05-2026 à 17h02
- Mis à jour le 13-05-2026 à 09h07

“On essaie de trouver des formules pour sauver la boîte. On ne souhaite plus de grève. Mais on verra fin mai si le personnel adhère ou pas”, annonce un syndicaliste qui négocie au quotidien, sauf le 12 mai, jour de la manifestation nationale.
Les discussions entre syndicats, direction et conciliateurs sociaux restent cantonnées aux aspects techniques en commission paritaire ordinaire.
Pour rappel, la volonté de la direction de modifier les horaires et d’exiger plus de flexibilité du personnel — afin de s’adapter à la nouvelle réalité du marché des colis — avait déclenché le conflit. Un préaccord est intervenu le 16 avril, mais l’accord sur le plan de transformation et la nouvelle convention collective de travail reste introuvable.
La base, les jeunes, sont découragés
Sur le terrain, c’est le découragement. “Deux tiers des collègues veulent partir à la concurrence, surtout les jeunes. Là au moins ils auront un peu de respect”, rapporte Thierry Tasset de la FGTB. La politique d’absentéisme serait particulièrement mal vécue : à la Poste, selon lui, “t’es trois fois malade, c’est dehors.” Le bras de fer est brutal : avaler le plan de transformation du CEO Chris Peeters — restructuration incluse — ou fermer la boîte. D'ici 2029, 6.000 postes en moins sont programmés, par départs non remplacés. Plus de flexibilité, davantage de tournées, recours à des intérimaires et flexi-jobs : telle est la feuille de route.
“On est déjà flexibles”
Les facteurs, eux, estiment être déjà au maximum. “On porte les colis en même temps que les lettres, on travaille déjà 24 heures sur 24, en soirée et le week-end. On gère 450.000 colis par jour, et jusqu’à 900.000 en période de fêtes. On est déjà flexibles. Mais à un moment, physiquement, dans les embouteillages, on ne peut plus. On nous a mis à pied, à vélo, maintenant en camionnette. Or c’est de plus en plus difficile de stationner.”
Et ce, après deux réorganisations successives déjà absorbées : la suppression de la distribution des quotidiens, puis celle des toutes-boîtes. ““C’est un plan à aller chercher le dernier penny. Trop de réorganisation tue la réorganisation”, tranche Thierry Tasset. “La seule compensation, c’est qu’on ne va pas fermer. Ils veulent la paix sociale pour pas un balle.” La direction a en outre décidé de ne pas installer les nouvelles machines de tri prévues à Gand, Liège et Charleroi, afin de compenser le coût de la grève — évalué à 15 millions selon la direction, à 30 millions selon des syndicats. Une mesure vécue comme une punition collective.
"Ce sera comme au Danemark"
La fin du courrier traditionnel, le CEO l’a lui-même annoncée : à terme, seuls les recommandés et quelques faire-parts subsisteraient. Les syndicats n’en disconviennent pas. “Ce sera comme au Danemark. La poste ne fera plus que du colis. On n'est pas encore mort, mais ça ne va pas être facile si chacun n’y met pas du sien.” Côté direction, le silence. “Nous communiquerons de manière proactive en temps utile”, a laconiquement répondu Mathieu Goedefroy, porte-parole de l’entreprise. Une formule qui, dans ce contexte, ressemble moins à une promesse qu’à un aveu.
