Ecoles dangereuses pour la santé des enfants : ce qu'on peut faire vraiment et dès maintenant
Les classes sont des environnements hostiles. Faute d’engagement des autorités publiques, des ONG sonnent l’alarme et tentent d’agir seules : filtres à particules fines, aération, produits d'entretien naturels... Voici ce qu'on peut faire.

- Publié le 21-03-2026 à 14h00

Face à l’ampleur du problème, les experts sont formels : attendre des rénovations structurelles pour agir serait une erreur. Des solutions simples, peu coûteuses et immédiatement applicables existent.
La ventilation, d’abord. Ouvrir les fenêtres quelques minutes après chaque cours suffit à faire chuter significativement les taux de CO₂ et de particules en suspension. Canopea recommande d’aérer de préférence aux heures creuses ou en soirée, lorsque la pollution extérieure est plus faible.
Stop aux produits chimiques agressifs
Les produits d’entretien méritent aussi une attention : remplacer les produits chimiques agressifs par du savon de Marseille, du vinaigre blanc ou des produits écolabellisés, former le personnel au dosage correct et aux mélanges à éviter (javel et ammoniaque, par exemple) réduit considérablement les COV en circulation. “Les filtres à air peuvent être une bonne solution complémentaire, mais ne remplacent pas la ventilation”, précise Laura La Gioia.
Contre le bruit, des solutions d’acoustique légère existent : panneaux absorbants, éléments suspendus, feutres sous les pieds de chaises. Dans les cantines, remplacer les longues tables en rangées par des tables carrées à quatre places supprime mécaniquement l’escalade sonore. Après la récréation, une courte séquence de retour au calme — lecture silencieuse, yoga ou brain-gym — permet aux élèves de retrouver un état propice à l’apprentissage avant de reprendre le cours.
Toutes ces solutions ont un point commun : elles existent, elles sont connues, elles sont accessibles. Ce qui manque, c’est la volonté politique de les imposer systématiquement. Canopea, Airscan, Empreintes ou Unicef plaident toutes, avec leurs moyens et leurs approches différentes, pour que l’école redevienne ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : un espace protégé, favorable au développement de l’enfant.
“La responsabilité de protéger les enfants face aux crises environnementales incombe avant tout aux États et aux gouvernements, et non aux seuls enseignants”, résume Kobe Hautekiet d’Unicef. Pendant que les pouvoirs publics tergiversent, des milliers d’enfants continuent de rentrer à la maison avec des maux de tête.L’ASBL Airscan, qui mesure la qualité de l’air dans les établissements scolaires depuis trois ans, publie des chiffres accablants : 84 % des salles de classe belges dépassent les seuils recommandés en matière de particules fines.
Sur les 75 écoles analysées, pas une ne présente un bilan satisfaisant sur l’ensemble de ses locaux. “Il s’agit d’un problème structurel”, tranche Jérôme De Waele, cofondateur d’Airscan. “Nos écoles sont vieilles, mal ventilées, parfois mal rénovées. Et personne ne mesure vraiment ce que les enfants respirent à l’intérieur.”
Un cocktail de polluants
Les particules fines ne sont qu’un élément d’un tableau bien plus sombre. Laura La Gioia, experte en santé environnementale à la fédération Canopea, décrit des bâtiments scolaires soumis à une accumulation de nuisances qui, prises ensemble, constituent une menace réelle pour la santé des élèves.
Le CO₂ d’abord, conséquence directe d’une ventilation insuffisante, provoque fatigue, baisse de concentration et céphalées chez les élèves. Dans les bâtiments anciens ou mal rénovés, les fenêtres restent fermées l’hiver pour conserver la chaleur, et l’air vicié s’accumule pendant des heures. S’y ajoutent les composés organiques volatils (COV) : émis par les peintures, les colles, les meubles neufs ou les produits d’entretien, le forméaldéhyde et le benzène figurent parmi les plus courants. Leurs effets ? Des irritations oculaires et respiratoires, des maux de gorge, parfois des troubles plus graves en cas d’exposition prolongée.
Moisissures, trafic, pesticides
Les moisissures constituent un autre fléau. Causées par une isolation défaillante, des infiltrations d’eau ou une ventilation insuffisante, elles sont omniprésentes dans le patrimoine scolaire belge vieillissant. Elles favorisent les allergies et, surtout, l’asthme — qui est aujourd’hui l’une des premières causes d’absentéisme scolaire. Les particules fines extérieures, issues du trafic routier, des industries ou des pesticides agricoles, s’infiltrent par les fenêtres et peuvent aussi être remises en suspension à l’intérieur lors du nettoyage. Elles pénètrent profondément dans les poumons, avec des effets dont la science mesure chaque année davantage la gravité à long terme. Sans oublier les PFAS — ces “polluants éternels” détectés dans l’eau du robinet de nombreux établissements — ou l’hygiène déplorable des sanitaires, qui entraîne une majorité d’élèves à se retenir toute la journée, avec des conséquences bien documentées sur leur santé physique et leur bien-être.
Face à l’immobilisme des pouvoirs publics, ce sont des associations qui se retrouvent en première ligne. Airscan a décidé de ne pas attendre. Son projet “Clean Air for Schools” vise un déploiement national de purificateurs d’air dans les écoles belges, capables d’éliminer jusqu’à 60 % des particules fines en circulation dans les classes. Un premier appareil, homologué par le SPF Santé publique, a été installé à l’école primaire Windroos de Molenbeek. Chaque purificateur coûte 1.500 euros. Airscan les offre aux écoles grâce à des partenariats avec des entreprises privées — Belfius fait partie des premiers soutiens — et des administrations locales. Les filtres fonctionnent en trois étapes : un premier capture les poussières, un second retient la majorité des particules fines et un troisième, à charbon actif, absorbe les gaz et les odeurs. “Investir dans un air sain, c’est investir dans la santé des générations futures”, plaide Jérôme De Waele. “On ne peut pas attendre que les pouvoirs publics s’en chargent. ”
