Fermeture du Lido: les cabarets parisiens amenés à se réinventer

Alors que Le Lido va devoir adieu à sa troupe, d'autres cabarets de la Ville Lumière misent sur des stratégies novatrices pour survivre.

Danseuses au Lido
Danseuses au Lido, à Paris le 10 septembre 2019 @BelgaImage

D’ici quelques mois, Le Lido, ce sera de l’histoire ancienne. La direction du célèbre cabaret a annoncé que cette institution laisserait place à "salle de spectacles musicaux" du groupe Accor. Avec le licenciement de neuf employés sur dix, les danseuses à plumes qui faisaient la renommée du lieu feront leurs adieux au monde de la nuit parisienne. Le personnel, révolté, compte bien se défendre pour éviter ce funeste destin. Les négociations devraient a priori durer jusqu’au 12 août. Mais il reste un problème de taille: le Lido est dans une situation financière très compliquée. Il n’est d’ailleurs pas le seul cabaret de la capitale française à avoir vécu des moments compliqués ces dernières années. Pourtant, certains tentent de rebondir en innovant.

Un contexte difficile

Le secteur a été frappé de plein fouet par une succession de crises. Il y a notamment eu les attentats qui n’ont pas encouragé la clientèle étrangère à venir à Paris. Ensuite, les nombreuses manifestations comme celles des Gilets jaunes ont pris le relai. Puis évidemment, il y a eu le Covid. En 2020, les cabarets et music-halls ont vu leur chiffre d’affaires fondre de 80%. Au premier trimestre 2022, les 220 cabarets français pâtissaient encore d’une baisse de 26% par rapport à 2019.

Au Lido, le groupe de restauration collective Sedexo, propriétaire depuis 2006, a cumulé 80 millions d’euros de pertes sur la dernière décennie. Avec la pandémie pour couronner le tout, la situation n’était plus tenable. En décembre dernier, le géant Accor a repris la main.

Viser un autre public

Pourtant, tous les cabarets parisiens ne se portent pas mal. C’est notamment le cas du Crazy Horse. Ici, le nombre de places a été réduit, ce qui crée une atmosphère plus cozy. "La fréquentation s’est rajeunie, s’est féminisée aussi de plus en plus", témoigne à TF1 Philippe Lhomme, président de cette célèbre institution. "Beaucoup de groupes de jeunes femmes viennent ensemble au Crazy Horse, sans leurs hommes". Au Moulin Rouge, on mise sur la multiplicité des services: bar, salle de concert et chambre à louer.

Franceinfo s’est de son côté rendu au Paradis latin, un autre cabaret parisien qui a voulu se renouveler. Le concept: "prendre quelque chose des années 2020 plutôt qu’aller chercher un titre comme ‘Une valse à mille temps’ de Brel", comme le confie une assistante chorégraphe. En misant sur une musique moderne, l’utilisation du numérique pour repenser la mise en scène, et des danseurs représentant la diversité, le public est devenu plus transgénérationnel et surtout très français, certains venant soit en famille, soit entre amis. Le résultat est là: le chiffre d’affaires du Paradis latin est revenu quasiment à son niveau d’avant-crise sanitaire.

Au Lido, l’ambition a été de rester sur un style plus traditionnel censé attirer les touristes étrangers. Mauvais choix vu le contexte. Aujourd’hui, la direction veut "redonner à cette salle parisienne sa pleine place dans le concert des scènes créatives françaises, nationales et internationales (…) grâce à une nouvelle ligne artistique ambitieuse" Mais à moins d’un coup de théâtre, comme le dit un délégué syndical à l’AFP, "la revue du Lido, c’est fini".

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