Les autistes français ne « volent » pas les places des Belges

À cause d'une politique d'accueil déplorable, il n'est pas rare que les Français envoient leur enfant autiste dans une institution belge. Pourtant chez nous, les places manquent aussi. Sans les Français, la situation pourrait toutefois être encore plus grave…

Photo by Michał Parzuchowski on Unsplash

Depuis le rapport de l’Inspection générale des affaires sociales établi en 2016, il ne fait plus aucun doute que la Belgique doit faire face à l’arrivée de nombreux enfants ou adultes français atteints du trouble du spectre autistique. Bien qu’il soit difficile de chiffrer le phénomène, cet exil pour raison de santé concernerait des centaines voire des milliers de familles. Il met cela dit moins en lumière l’avance de la Belgique francophone en matière d’accueil pour les handicapés que le retard français. Un nouveau rapport de l’Association pour les Français en situation de handicap en Belgique (AFrESHEB) fait le bilan sur la situation. « Il y a un manque très important de places et de réponses adaptées en France, soutient la présidente Isabelle Resplendino, mère d’un enfant autiste de 18 ans scolarisé dans le Hainaut. La prise en charge est encore très imprégnée par la psychanalyse. Or la recherche démontre que c’est une approche complètement dépassée. En France, on a affaire à des cas dramatiques. Des enfants qui ne sont scolarisés qu’une heure 30 par jour, des réorientations vers des structures totalement inadaptées comme des hôpitaux psychiatriques, des enfants qui n’ont droit qu’à une heure d’accompagnement adaptée à l’école par semaine… »

Des refus illégaux

L’AFrESHEB constate que les demandes de réorientation des enfants ou adultes autistes vers la Belgique sont désormais pratiquement systématiquement refusées par l’État français. « Cela enfreint l’article 18 de la Convention relative aux droits des personnes handicapées de circuler librement, le droit de choisir librement leur résidence et le droit à une nationalité, poursuit-elle. Parfois, les familles n’auraient pourtant pas d’autres options. « Une majorité des demandes de départs en Belgique est liée au refus de prise en charge par les professionnels en France ou à des échecs successifs. Les cas très lourds sont souvent refusés. Se pose donc la question de l’évolution des pratiques d’admission, de l’adaptation des structures et de la formation des professionnels. On constate simplement que la France accepte encore de se débarrasser de ses cas les plus lourds… » À choisir, affirme Isabelle Respendino, les Français resteraient en France si la prise en charge était plus humaine et mieux adaptée. Elle met le gouvernement français devant ses responsabilités. « Ce n’est pas avec le bricolage institutionnalisé, la mainmise de la psychiatrie et surtout de la psychanalyse sur le soin, la préséance du médico-social sur l’éducation nationale, qu’elle va pouvoir le faire. Tant qu’elle ne refondera pas entièrement son système, rien ne changera vraiment. »

Moins de places pour les Belges?

Si l’accueil des personnes handicapées en Belgique semble être une solution pour nos voisins, notre situation n’est pourtant pas optimale non plus. À Bruxelles surtout, mais aussi en Flandre et en Wallonie, les places dans les institutions de jour et de nuit, les écoles inclusives ou les établissements scolaires spécialisés manquent. Dans les quatre centres de diagnostics du trouble du spectre autistique, surtout chez les adultes, le temps d’attente pour se voir confirmer son trouble peut atteindre 5 ans! Certaines familles belges ne comprennent pas pourquoi leur enfant ne peut avoir de place, alors que des Français en ont, eux… Le raisonnement du Français qui vole la place du Belge est en réalité trop simpliste. Difficile d’évaluer l’impact exclusif des autistes français, mais si on considère les personnes handicapées, on parle de 8.000 personnes rien qu’en Wallonie qui créerait… 5.000 jobs! De plus, si les Français s’en vont, cela ne permettra pas aux Belges de recevoir plus de subventions par tête de pipe. Les personnes handicapées françaises étant financées par des subventions… françaises. « Chaque année, la France envoie donc 500 millions d’euros en Belgique à cette fin, alors qu’elle pourrait les investir chez elle. Mais si les Français partent, on pourrait craindre que des écoles spécialisées ou des institutions doivent fermer en Belgique », termine Isabelle Resplendino.

Pour en savoir plus, lisez notre article « Moyens insuffisants pour traiter les patients » en pages 42-44. Rendez-vous en librairie à partir de ce mercredi ou dès maintenant sur notre édition numérique, sur iPad/iPhone et Android.

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