Chien, une fable canine sur la servitude humaine

Chien ©Prod
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Le comédien français surprend encore dans Chien de Samuel Benchetrit.

Nouvelle coqueluche du cinéma hexagonal depuis les années 2010, Vincent Macaigne, 39 ans, n’aime pas être caressé dans le sens du poil et c’est tant mieux. Dans Chien, adapté d’un roman de et par l’écrivain et réalisateur Samuel Benchetrit (J’ai toujours rêvé d’être un gangster, Asphalte…), Macaigne incarne Jacques Blanchot, employé soumis et banlieusard résigné dont la vie bascule lorsque sa femme (Vanessa Paradis) devient allergique à son contact et lui demande de prendre la porte.

Humilié par ses proches, errant de parking en zoning industriel, il s’attache alors à un dresseur animalier (Bouli Lanners) qui le traite au propre “comme un chien”, jusqu’au twist final à la fois fantastique et désespéré. “C’est l’histoire d’un homme qui perd tout, et puis qui va mener une vie de chien dans laquelle il va trouver une forme de sagesse”, résume volontiers Macaigne, qui remportait le Bayard du meilleur comédien au dernier Festival de Namur pour ce film tourné en Belgique, faisant écho à différentes fables canines littéraires ou cinématographiques. On pense au film Didier d’Alain Chabat ou encore à Mon chien stupide de John Fante, référence revendiquée de Samuel Benchetrit, qui trouve dans le trublion Macaigne un alter ego idéal.

Né d’une mère iranienne et d’un père français à Paris, cancre à l’école mais prodige sur les planches, Macaigne s’est d’abord fait connaître à Avignon pour des adaptations saignantes de Dostoïevski ou Shakespeare (Au moins j’aurai laissé un beau cadavre d’après Hamlet, quatre heures de spectacle projetant force cris, boue et hémoglobine sur le public), enchaînant depuis les mises en scène survoltées. En parallèle de ces œuvres créées “dans l’urgence”, Macaigne est devenu le visage d’un nouveau cinéma français post-Nouvelle Vague (chez Justine Triet ou Louis Garrel), où sa désinvolture à la limite du largage existentiel incarne le désenchantement contemporain. Chien écrasé chez Benchetrit, ami fidèle, amoureux à la niche, l’antihéros traité “comme un chien” sert de métaphore à une œuvre épurée qui questionne l’aliénation et l’état d’amour. Et à laquelle Vincent Macaigne insuffle une poésie inattendue.

Chien. Réalisé par Samuel Benchetrit. Avec Vincent Macaigne, Bouli Lanners, Vanessa Paradis - 94’.

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