Facebook: " Meta arrive à un moment stratégique "

La société de Mark Zuckerberg change de nom en ­sautant le pas vers le virtuel. Pour mieux faire oublier la réalité de son réseau social, qui ploie sous les accusations et les critiques.

Mark Zuckerberg présente son métavers
© Meta

Facebook enchaîne les scandales et les accusations d’être fortement instrumentalisé. Le sein d’une femme d’une œuvre d’art est censuré. Facebook peut bloquer quelqu’un sans qu’il sache pourquoi. Mais ­chacun peut créer un faux profil insultant sans être inquiété parce que Facebook surfe sur la liberté d’expression. Assez? C’est vrai, Facebook fait beaucoup de choses contraires à l’esprit européen et les algorithmes sont très opaques, reconnaît Axel Legay, professeur de cybersécurité à l’UCLouvain. Facebook est très intrusif. Aujourd’hui, on se connecte à un tas de services via une authentification qui passe par Facebook qui a, du coup, accès à un volume de données complètement fou. “Les réseaux sociaux prennent beaucoup trop de place dans la vie des gens. Certains ne ­peuvent plus respirer sans. Mais tout ça est fort émotionnel alors que ces biais sont connus depuis longtemps”, estime Axel Legay. Pour lui, pas de quartiers. On est complètement dépendants des États-Unis.

Pour recouvrer la maîtrise de notre souveraineté en la matière, il faudrait créer un Facebook européen. “Pendant qu’on dénonce Facebook, on ne fait rien sinon des règlements. Les gens eux-mêmes se plaignent sur le réseau social qu’ils critiquent. Mais pourquoi Facebook se remettrait-il en question s’il n’a pas de concurrent? Il faut casser ce monopole. Il y a une absence de prise de conscience qu’on est devenus complètement dépendants de l’Asie et des États-Unis pour le Web. C’est comme pour le gaz. Les gens ne se rendent pas compte. Mais si demain on décidait de fermer Facebook, ce qui est techniquement totalement faisable, on aurait des manifestations pour plaider la liberté d’expression.

En attendant, Mark ­Zukerberg a en quelque sorte trouvé la parade en basculant dans le métaverse. Une révolution est en route. “Les planètes sont alignées chez Facebook pour montrer qu’il sera un acteur principal du Web de demain et faire oublier sa politique de modération très problématique. Le nouveau Web va intégrer toutes les nouvelles technologies pour basculer dans une expérience immersive qui va plonger les utilisateurs dans un système de vie parallèle”, ­explique Jonathan Mingoia, cofondateur de SoPRIM, spécialisé dans le “social data mining”. C’est une manière de détourner l’attention des problèmes éthiques en se montrant avant-gardiste et en rendant populaire cette transition vers le métaverse, postule l’expert.

Meta, le nouveau nom de Facebook

© BelgaImage

Nous sommes à l’heure de la quatrième ère du Web. Après l’Internet primitif qui permettait des connexions, l’Internet des infos et l’Internet des conversations, l’ère immersive arrive. “Meta arrive à un moment stratégique. Facebook a acquis il y a quelques années la technologie en rachetant Oculus qui crée des casques de réalité ­virtuelle. Ils lancent à présent Diem, une cryptomonnaie dans le monde du digital qui va servir de moyen transactionnel habituel. Facebook va démontrer qu’il n’est pas le vieux social media des parents et des grands- parents”, conclut Jonathan Mingoia.

L’horizon

Mark Zuckerberg veut donner l’impression aux utilisateurs d’être à côté d’une autre personne toutes les fois qu’ils se connecteront au réseau social. Il a donc été prévu d’y intégrer la fonctionnalité de réalité virtuelle avancée pour donner naissance à une nouvelle plateforme sociale baptisée Horizon. Cette dernière permettra notamment aux utilisateurs d’effectuer des appels via la réalité virtuelle avec les fameux casques Oculus.

L’infini

En attendant l’avènement de cette plateforme, le réseau social Facebook ­conserve son nom. Mais la société est rebaptisée Meta. À compter du premier décembre, ses actions devraient commencer à être négociées sous le nouveau label MVRS. Pour parvenir à ses fins, la société n’a pas lésiné sur les moyens financiers quitte à faire baisser ses bénéfices. Elle a d’ores et déjà déclaré que ceux-ci diminueraient d’environ 10 milliards de dollars cette année en raison des investissements dans son unité de réalité virtuelle avancée. Cette dernière a d’ailleurs mobilisé à elle seule 20 % du personnel de la société au mois de mars. Meta a annoncé son intention de recruter 10.000 personnes à travers l’Europe qui seront affectées uniquement au développement de son métaverse

Le cocktail

Aujourd’hui, seul le contact physique permet de percevoir les émotions des autres. Avec le casque virtuel, l’expérience immersive pourra capter 80 % du réel, comme si on était ­ensemble à un cocktail. On va avoir des relations qui seront uniquement ­virtuelles. On aura la possibilité d’acheter des œuvres d’art ou des terrains virtuels. On aura tous un avatar auquel on pourra acheter des vêtements ou une voiture. Et demain un enfant en Afrique pourra porter un masque virtuel qui le transportera dans une classe à Oxford où il pourra suivre les cours comme s’il y était et même avoir des relations”, explique Jonathan Mingoia.

Le chiffre

Aujourd’hui, Facebook connecte 2,91 milliards d’utilisateurs actifs mensuels dans le monde entier. Soit une augmentation de 6 % en un an.

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