La technologie peut-elle sauver la planète ?

Les enjeux environnementaux sont sans précédent. Les innovations technologiques peuvent nous aider à y apporter des solutions. À condition d’accepter quelques sacrifices.

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Les technologies et innovations de ces dernières décennies ne sont pas propres. Elles accélèrent au contraire le réchauffement climatique. L’hégémonie de la voiture à pétrole, la construction de matériel informatique et high-tech grâce à des techniques polluantes et des matériaux non recyclables, le succès du transport aérien, etc. sont autant de responsables des problèmes environnementaux. Même les énergies renouvelables, comme le photovoltaïque et l’éolien, ou les voitures hybrides et électriques induisent de façon indirecte des émissions de CO2, lors de leur construction.

Les technologies ne sont pas le diable pour autant. Certes, elles contribuent à la destruction du globe, mais elles peuvent aussi bien nous aider à le sauver. Tout dépend de l’usage qu’on en fait. Si certains climatosceptiques ont encore trop de pouvoir (coucou Donald), heureusement, la majeure partie de la population mondiale, des dirigeants et de la communauté scientifique est consciente de l’ampleur des défis. Elle a même commencé à utiliser ces nouveaux outils pour empêcher le scénario catastrophe. Les performances des satellites le prouvent chaque jour. “Ils sont de puissants outils de monitoring devenus indispensables à la cause environnementale, commente Frédéric Lebeau, bioingénieur à l’ULG. Ils permettent de mesurer l’ampleur du réchauffement climatique, d’assurer le suivi des calottes glaciaires ou encore de la concentration de CO2 dans l’air grâce à des programmes de la NASA. Les technologies permettent d’objectiver le débat, de quantifier les problèmes et d’alerter la communauté scientifique ainsi que l’opinion publique.”

Les robots peuvent mesurer l’acidité des océans et la montée des eaux.

Elles peuvent aussi résoudre les problèmes. Frédéric Lebeau prend l’exemple du photovoltaïque qu’on connaît tous depuis le fiasco des certificats verts en Wallonie. Sur le plan financier, tout le monde n’y a pas gagné. Mais le sacrifice valait les conséquences. “Notre expérience belge a permis de montrer que l’impact environnemental était positif. Au Burkina Faso, notamment, les gens n’avaient pas l’électricité. Maintenant la classe moyenne est autonome grâce à l’énergie solaire. Elle n’a pas eu besoin de l’aval de l’État!”, sourit le chercheur. Le photovoltaïque n’est pas totalement propre, en partie à cause des externalités. Cependant, le mégawatt/heure solaire émet seulement 45 kilos de CO2 contre 800 pour le charbon, 450 pour le gaz, 400 pour le nucléaire et 10 pour l’éolien. Son impact sur le réchauffement climatique semble donc négligeable. D’autant qu’un panneau génère en un an et demi la totalité de l’énergie requise pour sa fabrication. Ensuite, il est facilement recyclable… “Pour alimenter l’ensemble de la Belgique, il faudrait 10 % du territoire occupés par des panneaux ou des lieux de stockage d’énergie. À l’échelle mondiale, 1 % ! C’est tout à fait réaliste.”

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Douce transition

Ce qui est tout aussi réaliste, c’est le remplacement des voitures à pétrole par des véhicules hybrides ou électriques. Certains rapports récents attestent que ces derniers ne seraient pas forcément plus écologiques. Mais les techniques évoluent au rythme des ventes de Tesla. Les réglementations interdisant les moteurs les plus polluants dans certaines grandes villes dont Bruxelles et Anvers encouragent aussi le changement. “Si les gens veulent garder leur mobilité actuelle, ils devront passer à l’électrique. La mobilité, c’est 25 % de la pollution mondiale. Ce serait une bonne avancée pour sauver la planète.” À condition que la transition soit douce. “Si on impose la voiture électrique ou le photovoltaïque, les prix du pétrole et du nucléaire vont baisser et d’autres pays saisiront l’opportunité. Il faut maintenir le prix du pétrole élevé pour que les autres énergies deviennent moins chères. L’approche simpliste est dangereuse. Nous devons rendre les énergies fossiles moins intéressantes, pas les interdire bêtement.”

La robotisation a également de beaux jours devant elle. Les robots sont désormais utilisés pour analyser nos fonds marins afin de chiffrer leur acidité et la montée des eaux. Dans le ciel de la mer du Nord, des chercheurs scrutent les oiseaux grâce à des drones afin d’analyser les changements de comportements dus à ces modifications contre-nature. Dans l’industrie et l’agriculture aussi, les automates ont une forte valeur environnementale. La robotique dépense moins d’énergie que certaines vieilles techniques et réduit les besoins en matières. Elle permet notamment de baisser l’usage des pesticides de 15 à 20 %, car elle augmente le rendement. Autre exemple venu de Finlande : la start-up ZenRobotics a mis au point un robot capable de trier les déchets automatiquement dans les usines. Ainsi, plus d’erreur possible ou de mauvaise excuse pour tout jeter dans la même poubelle. Demain, ce sera sans doute possible à la maison.

Éviter la fin du monde

Il est trop tôt pour affirmer que les technologies peuvent sauver la Terre. L’étude la plus pessimiste évoque un “effondrement total et irréversible des écosystèmes de la planète d’ici 2100 à cause des dégradations causées par l’Homme”. La prédiction n’est pas l’œuvre des Mayas, mais d’une vingtaine de chercheurs qui ont l’habitude de publier dans la sérieuse revue Nature. Il se pourrait donc qu’il soit trop tard. Frédéric Lebeau se montre moins alarmiste. Selon lui, non seulement tout ce dont on a parlé prendra très vite une autre ampleur mais, surtout, l’internet des objets nous apportera d’autres réponses. “Dans quelques années, on aura tous un frigo intelligent dans la cuisine qui cessera de fonctionner lorsque la température est assez basse. Ça nous fera économiser sur la facture d’électricité et on consommera plus justement, et responsable!”

L’intelligence artificielle pourrait aussi jouer un rôle positif. C’est ce que prétend Cédric Villani, ce mathématicien hors pair devenu député de la majorité macroniste. Dans une conférence AI for Humanity dispensée au printemps, il affirme que “l’IA deviendra un outil puissant pour mieux comprendre la mécanique du changement climatique et apporter des solutions.” Il a présenté quelques exemples concrets dont la création d’une base de données comprenant la consommation électrique en France ou en Europe via le compteur électrique, les données de pollution de l’air, ou encore la pluviométrie et l’ensoleillement. “L’utilisation de ces chiffres permettrait d’ajuster les besoins et donc la production en temps réel, et pourrait faire baisser les émissions polluantes”, assure le scientifique politisé. Frédéric Lebeau réclame : “Il reste à inventer le cadre législatif pour suivre la technologie. Aujourd’hui, même si vous avez des panneaux solaires, il est interdit de partager de l’énergie afin d’empêcher la concurrence contre les intercommunales. Il y a des projets pilotes en région liégeoise pour tester si ça marche. Les moyens sont là, mais il faut prendre des décisions qui ont des conséquences sociales, économiques et sur l’emploi.”

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