Concours culinaires: la bonne recette

Grillmasters, qui démarre sur La Une, élira les champions de Belgique du barbecue. La mine à concepts serait-elle infinie?

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Il fallait bien que La Une ait son Top Chef. Le choix de la chaîne publique s’est porté sur l’adaptation d’un programme flamand (diffusé sur Vier). La séance inaugurale de Grillmasters voyait s’affronter 30 duos, qui proposaient leur “plat signature” (selon la formule consacrée) pour faire partie des huit paires élues pour la suite. Sofie Dumont, ancienne chef de Wittamer, Lady Chef of the year en 2009, chroniqueuse pour VTM et jurée, commente: ”Il y avait 330 candida-tures à l’origine. Sur les 30 sélectionnés, il y avait des gens qui étaient là pour s’amuser. Mais d’autres m’ont épatée par leur savoir-faire et leur précision”. 

Toujours plus…  de terroir et de stress

À première vue, Grillmasters condense les fondamentaux des programmes culinaires mainstream. Dans les prochains épisodes, les candidats passeront sur le gril dans différentes épreuves symptomatiques du genre. Tout d’abord, ils partiront à la découverte d’un produit de chez nous: truite d’Ardenne, viande chez un boucher artisan à Namur, coquillages à la mer du Nord… Ils devront alors le préparer sur place. La valorisation des produits locaux, c’est l’un des filons qu’exploitent toujours plus, ces dernières années, les concours de cuisine.

Suivront une épreuve en atelier assortie d’un coaching et, enfin, pour les deux meilleurs, le ”burn-out”, où, en cinq minutes top chrono, ils devront cuire à la perfection l’ingrédient. Évoquant ce test, Sofie Dumont confesse: ”J’ai les larmes aux yeux pour eux, tant l’angoisse est à son comble”. Les épreuves “produits” ont aussi marqué la chef: ”Ils ont dû préparer un poulet de A à Z, le plumer, le vider de ses entrailles, le découper… J’en ai vu plusieurs avaler leur salive. Pourtant ils étaient soulagés. Lorsqu’ils ont entendu l’intitulé, ils pensaient qu’ils allaient devoir le tuer eux-mêmes!” Normal. Pour créer la surprise, les producteurs imaginent toujours ”plus pire”. Les participants s’attendent à prendre cher. On nous annonce que les Grillmasters devront aussi pêcher eux-mêmes leur poisson en mer du Nord et leurs truites en rivière.

À propos de tuer le poulet, Draeb din livret (Tue ton repas), diffusé en 2014 sur la chaîne publique danoise DR3, l’a fait! Les participants y trucidaient eux-mêmes les viandes, volailles qu’ils cuisinaient. L’objectif officiel était de faire réfléchir sur l’élevage. En attendant, le public a eu son content de craquages en live et d’images gore.

Toujours plus… de trash

Sur le plateau du Meilleur pâtissier saison 8 (en cours de production ce printemps), les candidats nous confiaient leur épuisement. Tournages jusqu’au bout de la nuit, redémarrage à l’aube, attentes interminables… Pour obtenir de l’émotion, jouer sur les nerfs et le sommeil des candidats, c’est la base. Pourtant, Etchebest qui engueule, Cyril Lignac qui mâche la bouche ouverte en fronçant les sourcils, les barbecues portables installés dans la nature de Grillmasters, c’est peanuts à côté du sadisme qu’on voit ailleurs. En 2011 aux États-Unis par exemple, les participants d’Extreme chef (sur Food Network) se sont retrouvés à cuisiner dans des conditions dignes de Koh-Lanta: après avoir traversé un lac à la nage, au couteau suisse sur un moteur de voiture…

Dans Chopped, les cuisiniers doivent accommoder des ingrédients improbables (sang de porc, restes de pizzas…). Dans l’infâme Cutthroat Kitchen (aussi sur Food Network), les chefs peuvent investir leurs gains pour tendre des pièges à leurs concurrents. Guy’s Grocery Games les fait récolter leurs ingrédients en grande surface après des jeux débiles (lancer de balle, courses avec des caddies minuscules…).

Toujours plus… de concepts

Original, le barbec de Grillmasters? Rire. Le concours de “viandards”, c’est un marronnier des US. On en trouve d’infinies variantes, comme Le champion du barbecue (sur My Cuisine, disponible en bouquet sur Voo et Telenet). Dans le genre ciblé, tout fait farine au moulin, à commencer par les compétitions de boulangers. On trouve aussi sur My Cuisine des concours de cupcakes, de food trucks ou du plus gros mangeur (Man vs Food Nation). Dans Cooking On High (sur Netflix), des cuisiniers proposent des recettes à base de cannabis à des jurés ”vedettes” obscurs, complètement défoncés. C’est provoc, mais nase à voir. Le genre joue avec ses propres codes, jusqu’à l’absurde. Nailed It, dont la saison 3 vient d’apparaître sur Netflix, est déjà adapté au Mexique et annoncé en France, Espagne et Allemagne. Le principe? Montrer des pâtissiers le plus canules possible, embourbés dans des défis insurmontables, avec un timing ridicule. Worst Cooks In America, également sur la plateforme de streaming, met à l’épreuve des cuisiniers épouvantables – et parfois people – coachés par des pros dans des épreuves délirantes. 

Toujours plus… de feelgood

Le secret de l’émission culinaire, c’est aussi de se faire plaisir. La tendance ”bienveillante” a elle aussi le vent en poupe. L’émission The Big Family Cooking Showdown, sur Netflix, est un modèle du genre. Des familles britanniques y confrontent leurs talents. Dans cet hymne au vivre ensemble, se mélange toute la société anglaise. On y voit des Pakistanais traditionnels, des gens des campagnes, des Créoles, des papas gays et leur fille, sous le sourire de la présentatrice Nadiya Hussain (voilée, et ça ne pose de problème à personne). Food Network a même proposé des affrontements de grands-mères.

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