Guide pratique pour observer les oiseaux dans son jardin ou dans un parc

De plus en plus d’amoureux de la nature et d’ornithologues en herbe se lancent dans l’observation des volatiles de nos biotopes. Une activité qui commence au jardin ou au parc.

observer des oiseaux comme des mésanges
Les mésanges, appréciées pour leurs couleurs et leur vivacité. © Adobe Stock

Durant la pandémie, beaucoup ont resserré leurs liens avec la nature. Le ciel dénué d’avions et la quiétude des villes à l’arrêt ont aussi permis de mieux écouter et observer les oiseaux. L’ornithologie a même donné naissance à une tendance touristique, qu’on appelle le “birding”. Soit un séjour dans un lieu propice pour se balader et apercevoir des espèces inhabituelles. Mais la sensibilisation aux volatiles démarre au jardin ou dans les espaces verts près de chez soi. Parmi nos plus populaires voisins ailés, les mésanges (charbonnières, bleues, noires, huppées…) sont appréciées pour leurs couleurs ou leur vivacité. Mais sous leurs plumes joyeuses, leur comportement est agressif aux abords des mangeoires, à l’égard des autres espèces comme de leurs congénères. On l’identifie du premier coup d’œil, mais le rouge-gorge familier n’a la poitrine rouge qu’à l’âge adulte et ce, pour éviter que les jeunes ne soient pris pour des rivaux par leur père et rejetés. Quant au merle noir, avec son bec et son contour de l’œil jaunes, on peut l’attirer chez soi en hiver avec des pommes, même pourries. Toutes ces infos et anecdotes, André Burnel, pas loin de 80 ans, président d’Aves Liège et coauteur avec le photographe Jean-Marie Poncelet de Observons nos oiseaux dans leur biotope nous les apprend. Dans l’avifaune toutes les espèces jouent leur rôle, même les “oiseaux de malheur” par le passé. “Mao Tsé-Toung avait décidé d’exterminer les moineaux friquets car ils “mangeaient le riz des Chinois”. Sauf qu’ils mangeaient aussi tous les parasites du riz. Par la suite, il y a eu une immense famine parce que les moineaux friquets ne faisaient plus leur boulot… Chez nous, je me souviens d’un voisin qui avait tiré une chouette parce qu’elle portait malheur…

La couleur noire des pies, corneilles et corbeaux a contribué à leur tailler une mauvaise réputation. “La pie pille les nids de merle pour nourrir ses jeunes, mais cela ne met pas en péril la population de merles. Ces derniers se sont adaptés, ils peuvent faire jusqu’à quatre nichées par an de quatre jeunes. Le choucas des tours déclenche moins l’antipathie mais il est en train de proliférer et on lui reproche de boucher les cheminées, alors qu’il suffit de protéger sa cheminée en posant un treillis.

Les rapaces se portent bien

Victimes des chasseurs et des idées préconçues, les rapaces étaient tués jusqu’à la fin des années 60, avant que l’on comprenne qu’ils régulent l’invasion de pigeons domestiques. On peut observer des nids de buses sur les hauteurs de Liège, mais aussi des éperviers. Tandis qu’à Bruxelles, on compte beaucoup de nids d’autours des palombes, cousins des éperviers. Si les populations d’oiseaux diminuent globalement, les rapaces se portent bien. “Avant, ils étaient exterminés par toutes sortes de poisons, dont le DDT (à présent interdit dans l’Union européenne – NDLR), utilisés pour tuer les insectes. Les rapaces étant au sommet de cette chaîne, ils ne pouvaient plus se reproduire: leurs coquilles d’œufs étaient trop fragiles.”

Jumelles ou longue vue

La première cause de mortalité de l’avifaune étant l’agriculture intensive, ce sont logiquement les oiseaux des plaines qui déclinent chez nous. Les vastes monocultures ont remplacé les petites parcelles diversifiées, beaucoup de haies – abris des oiseaux – ont disparu, tandis que les traitements phytosanitaires ont éliminé insectes et “mauvaises herbes” qui nourrissent les volatiles. “Pour l’alouette, ça va encore mais pour les linottes ou le bruant proyer, c’est la catastrophe. Ce dernier oiseau des campagnes a disparu des Pays-Bas et diminue fortement chez nous. Avec Aves, on essaye de mettre des choses en place pour le sauvegarder, ce n’est pas évident mais cela semble fonctionner du côté du Brabant wallon notamment. Le principe de l’agriculture intensive comme on la pratique est catastrophique pour les oiseaux et toute la nature, donc pour nous aussi à terme. Également très menacée, la tourterelle des bois, espèce issue des campagnes, est toujours chassée en France.” Pour observer les oiseaux, en balade ou bien près d’un point de nourrissage au jardin, le plus important est bien entendu de rester discret, donc immobile et plutôt assis que debout. Il vaut mieux conserver une certaine distance, pour ne pas déranger les volatiles. “On utilise de préférence des jumelles, mais si on peut, investir dans une longue-vue est plus pratique, surtout pour observer les oiseaux sur les plans d’eau.” L’idéal, c’est de partir avec quelqu’un qui connaît bien la gent ailée ou de s’inscrire à une initiation d’Aves ou Natagora.

observer les oiseaux avec des jumelles

© Adobe Stock

Activité complexe

Visuellement, certaines espèces changent de couleur en automne et en hiver: leur plumage coloré de l’été se recouvre de plumes plus sombres et épaisses, lesquelles s’useront avec le retour des belles saisons. De quoi quelque peu complexifier l’identification. Le chant peut aussi constituer un bon indice, d’autant que beaucoup de passereaux s’entendent plus facilement qu’ils ne se voient. On peut l’enregistrer et le comparer à ceux recensés sur le site observations.be. Mais le chant intervient principalement à la fin de l’hiver pour la reproduction et pour marquer le territoire. Et, autre complication soulevée par l’ornithologue, “parfois, les oiseaux s’imitent les uns les autres, intègrent des bribes d’autres chants au leur.

Enfin, quand on parcourt les allées des jardineries, remplies de graines, on peut avoir l’impression que le nourrissage est unanimement conseillé. Or le sujet fait débat. “Même chez les spécialistes, explique André Burnel. En principe, les oiseaux doivent pouvoir se débrouiller. Mais on peut quand même les aider dans les périodes difficiles comme quand il y a de la neige, avec des pommes et des graines. Et de l’eau en période de sécheresse. Mais à l’abri des chats, qui sont la deuxième cause de mortalité des oiseaux: des dizaines de millions de victimes par an en Belgique. D’autres préconisent de nourrir les oiseaux toute l’année mais je pense qu’il vaut mieux leur créer un milieu plus favorable: planter des haies, ne pas arracher toutes les “mauvaises herbes”… Laisser pousser à graines des haies d’aubépine assure la présence de volatiles toute l’année. Le sureau et le sorbier sont aussi très décoratifs et utiles.

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