Bivouac: la tendance de l’été pour s’évader et camper en pleine nature

Nés d’initiatives publiques ou privées, plusieurs abris et refuges garnissent aujourd’hui les sentiers de randonnée ou les jardins de particuliers. Cet art de vivre itinérant s’implanterait-il enfin chez nous? Réponse dans notre promenade d’été.

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Le Shelter au Jardin de Marine et Loïc, à Vielsalm. © DR

Le toit est en tôle, les cloisons en bois. À l’intérieur, une petite table, un spot, des clous où pendent une poêle et un marteau, un cadre avec la photo d’arbres et surtout deux banquettes. “On a aussi une fixation pour un hamac et de la place pour installer une tente dans le jardin.” Marine et Loïc sont établis à Vielsalm. En 2019, ils ont bâti un abri derrière leur maison. Tout est parti d’un tonneau en métal, utilisé pour faire des braseros en famille, auquel le duo a voulu ajouter une cabane, en cas de pluie. “On est allé chercher des perches, des troncs et des rondins. On a assemblé le tout de manière très simple. On trouve ça joli, même s’il n’y a finalement que trois murs.” Marine et Loïc ont aussi aménagé un espace pour le feu. Ils offrent le bois qu’ils récupèrent chez les voisins et un bidon de dix litres d’eau potable “pour les gourdes ou le café du matin”.

Car c’est bien ça l’idée: installés en bord de GR571 et à proximité du GR5 et de la Salm, les Luxembourgeois accueillent des randonneurs de passage pour une heure, une soirée, une nuit. Leur “Shelter au Jardin” bénéficie d’une page Facebook et figure sur “Bivouac chez moi”, la plateforme de partage d’emplacements de bivouac du Club Alpin Belge.

Autant de façons de leur signaler une arrivée, même deux heures à l’avance. “Le premier coup de fil que l’on a reçu, c’était cinq jeunes Flamands qui voulaient faire la fête, sourit encore Marine. On ne veut pas tomber dans l’attrape-touriste, on préfère recevoir un ou deux marcheurs et, suivant leur envie, rester un moment à discuter avec eux. Le lendemain, on a souvent un petit mot sympa dans notre carnet souvenir.” À quelques dizaines de kilomètres du Shelter au Jardin, une autre initiative, communale, a permis en 2018 la réaffectation d’une petite habitation abandonnée au milieu des bois en véritable abri de charme. “C’était une maison de vacances privée sans aucune commodité particulière, glisse Jean-Marc Havelange, responsable de la communication à Aywaille. Pour éviter qu’elle ne devienne un chancre mal famé, on a gardé l’ossature et on l’a rendue accessible.” La Cabane de l’Orpailleur n’est pas vraiment renseignée par les organismes touristiques, ce qui préserve son charme, dont on profite grâce à la randonnée de la Chefna (14 kilomètres), moins populaire que sa voisine du Ninglinspo, mais dont l’aspect sauvage mérite le coup d’œil. À la fin du XIXe siècle, ce lieu a été le théâtre d’une authentique ruée vers l’or… qui n’a finalement enrichi personne.

La Cabane de l'Orpailleur

La Cabane de l’Orpailleur. © Komoot

L’art de dormir

La Cabane de l’Orpailleur, blottie dans le vallon de la Chefna, est toujours ouverte, à disposition de tous les promeneurs pour un arrêt en cas de pluie ou un barbecue… Mais pas une nuit, l’abri n’est pas considéré comme un lieu de bivouac. “Cela demande une gestion plus particulière et, sans commodité ni porte qui ferme, le lieu n’est pas indiqué pour y dormir.” En Belgique, le camping et le bivouac sauvage hors des zones privées ou désignées comme telles sont strictement interdits. Inévitablement, la poignée d’aires de bivouac disponibles sont bien souvent surfréquentées. “Certains débarquent même en voiture, notamment pour faire la fête. Ça n’a plus le même goût pour ceux qui viennent à pied et à vélo pour profiter de la nature”, déplorent les Salmiens Marine et Loïc, habitués aux expériences de campement en forêt en France, en Allemagne et même en Suède. “Le bivouac, c’est être éloigné de tout, vivre avec de l’eau, des tables, des chaises et un petit feu, soit pas grand-chose. Il y a aussi une culture du bivouac: on sait comment faire un feu et surtout l’éteindre, on nettoie le lieu avant de partir, etc. En Belgique, on doit encore l’adopter.”

C’est une des missions que s’est officieusement fixées le réseau Tourisme Condroz-Famenne sur ses sentiers d’art. Depuis 2017, ce groupe d’offices du tourisme invite land artistes belges et européens à embellir un itinéraire d’à peu près 145 kilomètres accessible à pied. “C’est une exposition d’une cinquantaine d’œuvres d’art à ciel ouvert, illustre Maureen Dervaux, chargée de projet. On voulait créer une expérience qui n’existe nulle part ailleurs en mettant en avant notre territoire grâce à la nature et la culture.” Tout au long du sentier, une dizaine d’aires de bivouac et d’abris artistiques accueillent les randonneurs pour une nuit – certes rudimentaire – selon le principe du premier arrivé, premier servi.

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L’Artbri cubique du réseau Tourisme Condroz-Famenne. © DR

Dans la commune de Somme-Leuze, par exemple, la Gloriette lunaire fait office de lit à baldaquin naturel quand l’Artbri cubique prend plutôt les traits d’un gros dé de bois incrusté dans un arbre. On y entre par un trou d’un diamètre d’un mètre environ. À l’intérieur, mieux vaut être agile pour atteindre la banquette principale. Le toit n’est que partiel, mais on peut ajouter une bâche privée. Pour une initiation à la nuit en forêt, c’est le top. À condition de respecter le code forestier (chiens en laisse, feu interdit, déchets emportés, etc.). “On espère décharger les aires de bivouac grâce à nos abris et zones de bivouac, détaille Maureen Dervaux. Sur notre site web et sur nos cartes, on fait aussi référence à Welcome to my garden, ce site qui recense les spots où planter sa tente gratuitement, et aux initiatives privées.” Pour le moment, le réseau Tourisme Condroz-Famenne ne dispose cependant pas des accords pour créer de nouveaux abris: les communes sont bien souvent refroidies, le sujet est délicat. “Mais il ne faut pas abandonner trop vite, c’est à travers une sensibilisation via des campagnes, des panneaux d’information et des initiations que l’on parviendra à trouver un équilibre.

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