Week-end au Luxembourg: la nature grand-ducale

La réputation touristique du Grand-Duché repose principalement sur le Mullerthal et Mondorf-les-Bains. Mais il est aussi possible de prendre une bouffée d’air frais en plein centre de la capitale. Séjour garanti sans voiture.

Luxembourg
Le quartier du Grund, dans la ville basse fortifiée, est classé à l’Unesco. © Adobe Stock

Une succession de paysages verdoyants, c’est la promesse du trajet de train sur la ligne Bruxelles-Luxembourg-ville à partir de Namur. La parcelle qui sépare Jemelle de Libramont, le long de laquelle la Lomme serpente entre les voies ferrées, est d’ailleurs particulièrement fascinante. Puis, au bout d’un bon voyage (2 h à partir de Namur), ce sont les retrouvailles avec la ville, de l’autre côté de la frontière grand-ducale. Ici, la circulation est plutôt fluide. La gare principale de Luxembourg étant un peu excentrée, la plupart des 200.000 ­travailleurs frontaliers qui débarquent tous les jours sortent dorénavant un arrêt plus tard pour éviter la cohue. De la toute récente station Pfaffenthal-Kirchberg, ils empruntent ensuite un funiculaire qui les mène directement sur les hauteurs du Kirchberg, à l’est. À l’origine agricole, ce quartier s’est développé urbanistiquement à partir des années 1950 en accueillant les premiers bâtiments des institutions européennes. Depuis, d’autres constructions modernes ont vu le jour, dont la Philharmonie, à laquelle l’architecte Christian de Portzamparc a ajouté des colonnes qui s’illuminent le soir pour donner l’impression d’une forêt. Le Kirchberg a beau cumuler tous les aspects du district futuriste, il est doté de plusieurs traverses qui mènent à de véritables espaces verts. Derrière le bâtiment Robert Schuman du Parlement européen, à côté d’un petit promontoire qui offre une vue splendide sur la ville, une esplanade verdoyante invite au repos, à l’ombre du Fort Thüngen et du Mudam. Tous deux sont visitables, et quelle sensation d’arpenter la terrasse de l’édifice militaire construit en 1732 ou les salles terriblement lumineuses du Musée d’Art moderne.

Les œuvres y sont rares, mais ce n’est pas grave tant la quiétude et la grande beauté des lieux envoûtent le visiteur. D’ici 2023, une passerelle surélevée d’un peu moins de 90 mètres de hauteur devrait relier le Mudam au plateau du Kirchberg. Elle sera exclusivement réservée aux piétons et aux cyclistes. À la cime des arbres. La ville de Luxembourg est particulièrement riche en nature et en parcs ­aménagés, façon jardins anglais. La raison? “La ­pittoresque et centrale vallée de la Pétrusse ne s’est jamais prêtée à la construction ou à l’exploitation vu sa profondeur et son étroitesse. C’est ce qui explique que ce paysage de parc particulier ait pu y être créé”, fait savoir Hans Fellner, personnalité bien connue de la ville aujourd’hui propriétaire d’une galerie contemporaine. Le parc de la Pétrusse, situé en contrebas de la cathédrale Notre-Dame, est actuellement en travaux. L’objectif est de restaurer des écosystèmes dégradés et artificialisés, notamment en recréant le cours naturel du ruisseau avec des pierres, pour améliorer l’équilibre de la faune et de la flore, des nutriments et de l’eau.

Roses et espaces verts

Le tout en conservant par ailleurs l’importante ­symbolique de l’espace. “La grande ceinture du parc, qui entoure complètement et largement la vieille ville vers l’ouest, a été créée après le démantèlement de la ­forteresse dans les années 1860, reprend Fellner. Elle a été placée exactement au-dessus de l’enceinte des fortifications démolies. Le parc est ainsi un symbole de la démilitarisation et de la neutralité de tout le pays.” Dans le quartier du Limpertsberg, au nord de la cité, il est possible de se promener sur les traces des rosiéristes. À la suite du Congrès de Vienne de 1815, puis de la Conférence de Londres en 1838, ce faubourg a perdu sa vocation militaire, les anciennes friches ont donc été mises à disposition des particuliers et des entrepreneurs.

Pendant quelques décennies, plusieurs sociétés se sont succédé pour cultiver des roses. Au début des années 1900, jusqu’à dix millions de fleurs quittaient chaque année les roseraies luxembourgeoises pour aller garnir des parcs présidentiels ou même la cour de l’empereur de Chine. Les espaces verts sont bien présents dans la capitale grand-ducale, dont ils représentent plus d’un quart de la superficie. Selon des chiffres avancés par la bourgmestre Lydie Polfer, la forêt constituerait même 20 % de la surface de la ville et les parcs, 30 %. “Nous sommes l’une des capi­tales les plus vertes d’Europe!”, se réjouissait-elle il y a quelques années. Pour l’heure, la promenade se poursuit via le fort Obergrünewald, à la sortie du plateau du Kirchberg. Une fois arrivé au bout de la flânerie entre les très agréables couloirs aménagés de ces fortifications, il existe deux possibilités pour prolonger le plaisir dans la ville basse. ­Pfaffenthal en est une. Ce quartier historiquement pauvre, doté d’une très mauvaise réputation aux yeux des citoyens “d’en haut”, s’est aujourd’hui gentrifié et offre un confort de vie non négligeable en pleine nature, entre les bois d’un côté et l’Alzette de l’autre, à cinq minutes seulement du centre-ville. L’autre possibilité, c’est Clausen, accessible via le parc Dräi Eechelen, et doté d’une ancienne brasserie autour de laquelle le voisinage a été réaménagé pour créer une zone de restos et de petits cafés où les Luxembourgeois sortent le soir: les fameuses Rives de Clausen. L’endroit constitue par ailleurs un bon moyen de se familiariser à l’importance de Vauban. En 1684, le commissaire des fortifications de Louis XIV a dirigé le siège de Luxembourg. Suite à la ­victoire française, il a fait de la forteresse l’une des plus redoutables d’Europe. Il a notamment intégré la porte de Mansfeld, qui fait la jonction entre ­Clausen et Pfaffenthal, dans le mur reliant le fort Obergrünewald au Rocher du Bock, auquel il a ajouté un système de herses pour empêcher la désertion des soldats.

Aujourd’hui, le “Circuit Vauban” permet de découvrir la cité-forteresse sur quatre kilomètres pour environ 2 heures 30 de marche. L’occasion de se ­projeter un peu plus dans l’histoire de la vieille ville, des fortifications et de leurs casemates, toutes placées sous la protection de l’Unesco, bien que seulement 10 % des bastions soient encore visibles. L’autre circuit proposé par la ville, celui de Wenzel, est assurément le plus champêtre. Long de 4,5 km pour à peu près deux heures de promenade, il peut notamment être emprunté à hauteur du pont du Château, à l’ombre de la Corniche, surnommée ”le plus beau balcon de l’Europe” par feu l’écrivain local Batty Weber. Le promeneur descend ensuite le long du Rocher du Bock en direction de l’Alzette. Les plus attentifs apercevront peut-être des lézards dans les entrailles de la muraille. D’autres animaux utilisent les falaises comme lieu de vie: la chouette effraie niche dans les anciens bâtiments de la forteresse tandis que la chauve-souris y passe son hibernation et le choucas sa nidification. La flore se développe en ces lieux. Lors de travaux effectués il y a quelques années, des découvertes ont été faites de plantes remontant au XVIIIe siècle telles que le laiteron épineux ou le potamot à feuilles pectinées. Pour en savoir plus, le Musée national d’Histoire naturelle est situé au sein de l’abbaye de Neumünster.

Les potagers de la sirène

Il n’y a aucun doute possible sur l’intérêt touris­tique des bords de l’Alzette au pied du Rocher du Bock. Plusieurs charmants potagers, prêts pour le printemps, y donnent le ton et embellissent les photos. Ils forment le Klouschtergaart, un ­ensemble de jardins en terrasses soit privés soit publics. “Là-bas, les plantes bénéficient d’un microclimat pour prospérer, explique-t-on du côté de la Ville. Le Service Parcs récolte puis distribue gratuitement des semences pour favoriser la réintroduction et la popularisation de cultures traditionnelles dans les jardins scolaires et dans les jardins privés, ainsi que la conservation de cultures rares.” La Ville organise par ailleurs des visites guidées s’adressant à toute personne intéressée par l’agrobiodiversité traditionnelle. En suivant un petit sentier de pierre le long des fortifications, le “Circuit Wenzel” chevauche ensuite l’Alzette, grimpe en haut de tours d’observation puis s’offre une vue sur le pont du chemin de fer. Au-dessus, la ville haute est en pleine ébullition. Ici, tout est calme. Seuls les bruits issus de l’espace culturel Neimënster troublent – gentiment – la quiétude ambiante. Petit conseil: avant de franchir l’Alzette, le long du mur de Wenceslas, prenez l’escalier en colimaçon qui mène, via une poterne, dans une sorte de verger d’une rare douceur. En été, des familles de locaux viennent s’y reposer en partageant un pique-nique. Dans l’espoir, pour certains enfants, d’apercevoir Mélusine, l’une des légendes de la capitale.

L’histoire raconte qu’en 963, elle aurait accepté de se marier avec le comte Sigefroi, fondateur de Luxembourg-ville, à la seule condition de pouvoir disposer d’elle-même chaque samedi. Le comte a fini par découvrir qu’elle profitait de sa solitude pour tremper sa queue de poisson dans un bain! Observée, la sirène s’est enfuie en plongeant dans la rivière. Elle n’en est ressortie qu’il y a quelques années, sous la forme d’une statue, pensive, installée en bord d’Alzette.

Les ascenseurs jumeaux

Les rues sont assez calmes en ce début d’après-midi de début de semaine. Seuls quelques riverains et travailleurs en pause déjeuner sont de sortie. Avant la pandémie, l’ensemble du pays grand-ducal chiffrait jusqu’à deux millions de nuitées par an. “Les Français viennent surtout les week-ends pour une première découverte. Les Allemands, Néerlandais et Belges restent généralement plus longtemps, explique Brigitte Goergen, de Luxembourg for Tourism. Ils commencent par visiter la ville, puis ils s’en vont dans les régions pour randonner. Tout est facilement accessible en transport en commun: il faut vingt minutes pour rallier l’est, 25 pour le sud et une cinquantaine pour le nord.” Il ne faut pas non plus deux heures pour sortir de la capitale. Cinq minutes d’effort à partir de la ville basse suffisent pour se retrouver à rouler en partie dans les bois. “C’est du luxe, reprend Brigitte Goergen. Tout est assez simple vu la proximité, puis le développement des transports en commun et leur gratuité permettent à tous d’emporter leur véhicule de mobilité douce partout avec eux.” Une bien heureuse nouvelle tant Luxembourg s’étale entre de nombreux niveaux qui fatigueraient plus d’un poumon. Après deux bonnes ­heures de promenade bucolique, les bruits ­classiques d’une cité ressurgissent à quelques pas de la rue Münster. Là, une étroite ruelle attire pas mal de passants: elle mène au très pratique ascenseur du Saint-Esprit. Avec son homologue panoramique du Pfaffenthal, distant d’un petit kilo­mètre, il propulse à plus de 60 mètres en une dizaine de secondes, pour permettre une ­connexion totale entre les niveaux. Et un retour à la vie urbaine. On recommence?

Où prendre un verre?
Situé juste en dessous de la porte de Mansfeld, entre Clausen et Pfaffenthal, le Bistro Podenco offre un chouette cadre… et un bel assortiment de tapas.

Où manger?
L’auberge de jeunesse de Clausen est probablement une des plus belles du Benelux. Son lunch est à prix abordable et est aussi à consommer en terrasse.

Où dormir?
Mama Shelter s’est installé il y a peu sur les hauteurs du Kirchberg. Au calme, dans un environnement très ludique.

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