Plantes médicinales: cinq jardins qui soignent

L’intérêt pour les plantes aromatiques et médicinales revient. Tant mieux, on peut le plus souvent les redécouvrir dans des lieux chargés d’histoire. Tour d'horizon.

plantes médicinales dans un jardin
Le jardin de l’Hôpital Notre-Dame à la Rose, à Lessines, accueille 140 variétés. © Francis Vauban

Les beaux jours revenus, nous sommes nombreux à nous attarder auprès des étals de plantes et à nous laisser tenter par un petit pot de thym, d’aneth et autre aloe vera. Ces plantes aroma­tiques et médicinales qui sublimeront nos plats ou apaiseront quelques-uns de nos bobos ont aujourd’hui la cote et génèrent un ­marché en pleine expansion. Elles ont aussi une longue histoire, à redécouvrir notamment dans des jardins de plantes médicinales, comme celui de l’Hôpital Notre-Dame à la Rose, à Lessines, en Hainaut. “Que ton aliment soit ton remède” ­conseillait quatre siècles avant notre ère ­Hippocrate, le père de la médecine. “C’est sur ce principe que dès le haut Moyen Âge, Charlemagne recommandera la culture dans les jardins de ­septante-trois plantes médicinales et condimen­taires”, explique Raphaël Debruyn, le conservateur de ce lieu prestigieux. Classé au patrimoine majeur de Wallonie, il est un des derniers ­exemples de site hospitalier ayant fonctionné en autarcie complète sous l’Ancien Régime.

Pour manger, soigner, orner

C’est Alix de Rosoit, veuve d’Arnould IV d’Oudenaarde, seigneur de Lessines, mort à la guerre, qui, faisant œuvre de charité pour se garantir le salut éternel, fonde en 1242 cet hôpital pour les malades indigents de sa cité par ailleurs prospère. Joyau de notre patrimoine, ce lieu de mémoire en bordure de la Dendre fait revivre dans ses salles sa collection d’objets médicaux, sa pharmacie avec ses pots, flacons, mortiers et instruments d’un autre âge. Et nous plonge aussi dans la très impressionnante salle des malades, avec ses lits de souffrances dissimulés derrière d’impressionnantes teintures rouges.

Après la découverte de ce lieu riche de plus 700 ans d’histoire de soins hospitaliers et où sont venus guérir ou mourir tant de malades, mendiants et autres miséreux, auprès de religieuses dévouées, certes, mais à l’allure austère comme en ­témoignent leurs portraits, le visiteur est ensuite invité à franchir à l’extérieur, près d’un tilleul planté en 1880, une petite porte qui mène dans un jardin fermé. On y découvrira plus de 140 plantes “pour manger, soigner et orner”. Pour ceux ou ­celles, nombreux, qui confondent le bleu de la bourrage (ou bourrache) avec celui de la petite pervenche, fleur préférée de Jean-Jacques ­Rousseau, ou pour qui n’a qu’une vague idée d’à quoi peut ressembler le millepertuis, l’audioguide proposé à l’entrée est le bienvenu dans ce lieu qui fut autrefois le cimetière des religieuses soignantes, comme le laissent encore entrevoir quelques ­discrets monuments de pierre.

Titillé par la curiosité, il faut alors cheminer dans ce bel espace, repérer, se pencher, reconnaître ou découvrir l’achillée millefeuille qui arrête les hémorragies, la reine des prés, cette aspirine naturelle et encore l’aspérule odorante si ­précieuse dès le mois de mai ou, plus familière, la lavande bonne… à tout faire. Pour la ­valériane qui calme les gens mais euphorise les chats, il faudra attendre septembre…

De carrés de fleurs en mini-plans de légumes, l’on se laisse encore guider vers une ancienne ­glacière creusée dans les profondeurs. Il faut pourtant se défaire parfois de son précieux audioguide pour échanger deux mots avec un visiteur qui affirme avoir “la même plante chez moi” ou plus loin avec un jardinier bénévole venu donner un coup de main “parce que j’ai toujours connu cet endroit et que j’aime ça” ou encore ce couple en quête d’idées pour aménager un petit carré de plantes “à la maison”. Pour y faire de l’auto­médication? “La prudence reste toujours de mise, ­rappelle Raphaël Debruyn. Mais il est évident que ce domaine intéresse particulièrement les gens aujourd’hui. Dans le shop du musée, on observe un réel engouement pour les livres sur les plantes ­médicinales ou condimentaires, la cuisine aux plantes ou la permaculture. Mais quand quelqu’un nous demande “J’ai un réel problème, ici ou là, et que dois-je prendre?, nous lui conseillons toujours de consulter au préalable son médecin ou son pharmacien.”

En février 1919, le gouvernement wallon a inscrit l’Hôpital Notre-Dame à la Rose sur la liste indicative de la Belgique, une étape nécessaire pour ­espérer figurer sur la liste du patrimoine de l’Unesco. Une affaire prometteuse, qui nécessite toutefois un long cheminement. À suivre…

Hôpital Notre-Dame à la Rose

Place Alix de Rosoit, 7860 Lessines. Du mardi au dimanche, de 14 à 18 h. Terrasse ouverte dès 12 h.

Jusqu’en octobre, de nombreux ateliers ou visites thématiques y sont organisés, notamment: “Les fleurs et plantes de beauté et de santé” (le 12/6). Infos et réservation pour les activités et ateliers (payants): 068/33.24.03. www.notredamealarose.be

Jardin des plantes médicinales Paul Moens (UCLouvain)

Destiné aux étudiants en pharmacie, en médecine et en diététique, mais ouvert à tous, ce jardin est situé dans un parc de 2,5 hectares proche du campus de l’UCL à Woluwe. Il compte 400 parcelles de plantes alimentaires, aquatiques, terrestres disposées dans 43 parterres. Bien documentées, les plantes de ce jardin didactique portent des noms aux consonances scientifiques. Un endroit magique: visité un jour où aucun travail d’entretien ne venait y troubler le silence, on y a admiré, près d’une mare où une tortue se reposait au soleil, un héron au long bec qui finira par prendre son envol vers le parc qui accueille également un jardin de sculptures et un parcours santé de 750 m, avec exercices d’échauffement et d’endurance.

Avenue E. Mounier, 1200 Bruxelles. Accès libre de 9 à 18 h. Possibilité de visites guidées payantes. 02/764.96.99. www.uclouvain.be

Le Jardin botanique Jean Massart

Relié au Réseau des Musées de l’ULB, ce jardin situé en bordure de la Forêt de Soignes présente une collection de plus de 200 plantes médicinales et aromatiques classées suivant leurs principaux constituants actifs. Ce foisonnant lieu de ­biodiversité fête cette année son centenaire. Nombreuses activités prévues.

Chaussée de Wavre 1850, 1160 Bruxelles. 02/650.91.65. www.ulb.be/jardinmassart

Les Jardins de l’abbaye de Villers

À l’abbaye cistercienne de Villers, classée au Patrimoine exceptionnel de Wallonie, le Jardin des simples-Plantes médicinales d’hier s’intéresse aux plantes utilisées par Hildegarde de Bingen, religieuse du XIIe siècle. Le Jardin des moines-Plantes médicinales d’aujourd’hui abrite 400 variétés décrites dans la pharmacopée ­européenne actuelle. Depuis 2019, le Jardin de la pharmacie présente des espèces utilisées notamment dans la thérapie des cancers et le renforcement des ­immunités.

Rue de l’Abbaye 55, 1495 Villers-la-Ville. https://villers.be

Maison et Jardin d’Érasme

La maison-musée, où en 1521 séjourna Érasme, s’ouvre sur un Jardin des maladies. Conçu par le célèbre architecte paysagiste belge René Pechère en 1987, il abrite des plantes médicinales connues au XVIe siècle. Érasme, le célèbre “prince des huma­nistes” qui souffrait de fièvres persistantes, s’en servait pour se soigner.

Rue du Formanoir 31, 1070 Bruxelles. www.erasmushouse.museum

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