Acheter ou fabriquer son savon comme avant

Zéro déchet, en version naturelle, haute tolérance ou exclusive par son parfum, la savonnette poursuit son grand retour accéléré par la crise sanitaire.

savon solide
© Unsplash

On a vécu avec lui une relation plus étroite et fondamentale pendant la pandémie. Le savon serait né au cours du IIIe millénaire avant Jésus-Christ, chez les Babyloniens. Depuis, le même principe prévaut pour sa fabrication: on fait réagir une matière grasse (des huiles végétales) avec un produit alcalin ou basique (des cendres autrefois, de la soude caustique aujourd’hui, qui s’évapore ensuite). Mais dans les années 30, apparaissent les détergents et ­tensio-actifs synthétiques. L’utilisation du gel douche se généralise dans les seventies. On peut lui reconnaître l’avantage de l’hygiène dans les lieux collectifs, mais le savon liquide s’accompagne d’une prolifération de contenants en plastique et d’ingrédients indésirables dans les salles de bains individuelles.

Je me demande comment les industriels ont réussi à convaincre nos parents à utiliser des solutions lavantes”, dit Céline Verdonck, 40 ans, fondatrice des Savons de la Couronne. Elle a plongé dans l’univers du savon en 2014, après avoir découvert que son fils avait une peau très sensible… “Nous n’avons pas trouvé de solution pour lui à l’époque, même en bio. Nous avons voulu lancer notre propre savon – sain, bio, certifié par Nature & Progrès, avec beaucoup de beurre de karité pour nourrir la peau. Et le tout à un prix doux (environ 6 € les 100 g – NDLR). Nous sommes autodidactes, donc nous avons cherché la recette idéale pendant un an, pour proposer une brique qui ne s’use pas trop vite, qui n’est pas trop molle, qui ne se craquelle pas… Cette recette de base, nous l’avons déclinée avec et sans huiles essentielles, avec parfois de l’argile ou du jus de carotte, pour apporter différents bienfaits à l’épiderme. Nous élaborons ces savons comme pour nous…

L’esprit du “comme pour nous” a payé, le bouche à oreille a fonctionné et ces produits sont désormais distribués dans un grand nombre de magasins bio. Dans un atelier attenant à son habitation, Céline Verdonck continue à tout fabriquer elle-même, avec le soutien d’une entreprise de travail adapté pour le collage des étiquettes (recyclées et recyclables) notamment. La démarche naturelle est poussée à fond, avec une saponification à froid qui nécessite un temps de séchage de cinq à six semaines. Cela permet de préserver les bénéfices des ingrédients pour la peau et de produire un savon surgras haute nutrition naturellement riche en glycérine émolliente, avec aussi de l’huile d’olive, de coco, de ricin et du beurre de karité, mais sans allergènes ni parfums. La fabrication du savon solide étant relativement simple, de plus en plus d’adeptes du “do it yourself” s’y mettent dans leur cuisine, soucieux de mieux maîtriser ce qu’ils s’appliquent sur l’épiderme et de moins polluer. C’est le chemin qu’a suivi Charlotte Piessevaux, 24 ans, fondatrice de Betree. “Je suis une grande fan de cosmétiques. Il y a quelques années, j’ai ouvert les yeux sur le fait qu’il y avait beaucoup trop de produits et de plastique dans ma salle de bains. Je trouvais que les shampoings solides alors disponibles ne moussaient pas assez et demandaient un temps de rinçage trop long.

savon

© Unsplash

Les gestes d’antan

Avec son amie Victoria, elles lancent une marque pendant leurs études en gestion d’entreprise il y a deux ans. Aujourd’hui, Charlotte poursuit l’aventure en solo. Le garage où sont nées les premières savonnettes est devenu un atelier avec une liste volontairement courte d’ingrédients. “Dans nos shampoings, on n’utilise que des composants végétaux – des poudres d’écorces d’orange, de fleurs de guimauve, de l’huile de graines de moutarde, de l’huile essentielle de citron. ­Chaque ingrédient a un bienfait réel pour la peau ou les cheveux.” La saponification, elle, se fait à froid – ce qui permet aux savons de fondre moins vite.

Jeune entrepreneur qui vient du secteur de la bière, Maxime Pecsteen a repris il y a deux ans les Savonneries Bruxelloises, fondées en 1926. “C’est la manufacture urbaine qui nous a attirés, mon associé Maxime de Villenfagne et moi. Les ateliers sont situés à Laeken. Lancer une start-up ou une application, cela ne nous ­faisait pas rêver. On avait envie de fabriquer un produit tangible en ville. J’ai eu un coup de cœur en voyant les machines d’époque et en sentant les fragrances.

L’activité principale de l’entreprise consiste à produire des savons à façon pour des marques fran­çaises, anglaises, japonaises, américaines. Mais deux labels propres sont également développés: Savon bio (en magasin bio) et Savonneries Bruxelloises qui se démarque par ses parfums originaux créés à Grasse dans des produits exclusifs à offrir (le best-seller est le gingembre-citron vert). Quant à la saponification, elle ne se fait pas à froid. “Depuis 30-40 ans, il n’y a plus de saponification en interne chez nous, précise le managing director. Pour le moment, on achète des bases déjà saponifiées. On y ajoute des huiles d’amande douce, d’argan, de jojoba, du beurre de karité… pour des compositions naturelles à 90 %.

Sur le même sujet
Plus d'actualité