Hippothérapie: se soigner avec l’aide d’un cheval

À la fois impressionnant par sa taille et hypersensible, le cheval est de plus en plus sollicité pour encadrer des personnes éprouvant des difficultés motrices, relationnelles, sociales, psychiques comme émotionnelles.

un homme et un cheval pour l'hippothérapie
Encadrer des parcours par les bienfaits du cheval. © Adobe Stock

Il n’y a pas si longtemps, se soigner avec l’aide d’un cheval pouvait être perçu comme ­pittoresque, provoquer le sourire, susciter la méfiance voire la condescendance. Heureusement, le monde change et les mentalités avec lui. Avec le Covid, beaucoup ont repris ­conscience des ressources que nous procure une connexion harmonieuse à la nature et de la nécessité absolue de la préserver. Notre relation aux animaux évolue également, le mouvement grandissant du véganisme en témoigne. Les récentes vagues d’adoption – plus ou moins réfléchie – de chiens et chats aussi, à la fois apaisants et stimulants. Dans le même esprit, intégrer des lapins ou des moutons à une école, visiter un hôpital pédiatrique ou un home pour aînés avec des poneys est une initiative qui ouvre les cœurs, fait bouger les corps, crée des liens, suscite de la joie et beaucoup d’autres émotions.

Avant, l’hippothérapie était associée au monde de la personne handicapée (dès les années 70 en Belgique – NDLR), cela s’est ouvert et diversifié et cela intéresse désormais un public très large, explique Patrick Guilmot, directeur du Centre d’hippothérapie de Louvain-la-Neuve. Cette thérapie s’est développée et affinée avec le temps. Il y a une meilleure reconnaissance de la relation avec le vivant et tout ce que cela touche. Donc accepter que les choses ne soient pas toujours si prévisibles et contrôlables, faire l’expérience de l’altérité, négocier avec un autre… C’est très vaste.” Même constat dressé par l’ASBL L’entre-Deux, Centre de ressourcement, d’hippothérapie et de médiation animale à Chaumont-Gistoux, par la voix de la psychologue Ilana Ruelle: “Nous avons beaucoup de demandes. Le contexte sanitaire a fait que certains ont besoin de contacts physiques, de monter sur le cheval, de se coucher sur lui, de se sentir portés par lui, de lui faire des câlins… On pourrait croire qu’on a eu plus de temps libre pendant la pandémie, mais notre esprit a été occupé en permanence, pendant deux ans, par des inquiétudes partagées par toute la population. Une sorte d’angoisse globale. Arriver dans un lieu dans la nature, où on a l’impression d’être hors du temps et de la crise, cela fait du bien.

Plus que les mots, l’expérience

Rééducation physique menée par des kinés et psychomotriciens (via un travail sur le maintien, l’équilibre, la coordination, la conscience corporelle…) ou psychothérapie menée par un ­psychologue avec pour contexte, non pas un cabinet, mais un décor naturel et surtout la relation avec un cheval, l’hippothérapie vise à aider la personne en souffrance. Elle tente de mobiliser ses propres ressources pour répondre à ce qui lui fait problème dans la vie. Et ce par le biais de ses expériences avec le cheval. Ce dernier ­combine de nombreux attraits. “Il a une grande sensibilité, tout en étant assez grand et impressionnant, explique Patrick Guilmot. Il représente aussi tellement de choses dans l’histoire humaine.”

cheval

© Unsplash

Patrick Guilmot poursuit: “Le cheval est fondamentalement gentil, il est une proie, il a tendance à avoir peur de nous, sauf les chevaux avec lesquels nous travaillons qui sont très familiers. Sa corpulence implique qu’on peut avoir avec lui un contact assez plein, intense, avec les mains mais aussi tout le corps, à tel point qu’on peut être porté par lui dans un moment où tout le corps est sollicité. C’est potentiellement très fort d’être face à un interlocuteur qui fait trois à quatre fois notre poids et qui est pourtant extrêmement à l’écoute, qui perçoit chez nous des tout petits mouvements. Cela a un effet amplificateur des sensations. L’intérêt de l’hippothérapie, c’est que les gens s’approprient leur propre expérience. Un niveau d’information qui nous imprègne plus profondément que les mots. Le thérapeute, lui, est là pour permettre cette expérience, la soutenir, l’encourager, rendre les conditions de sécurité favorables et également reconnaître et nommer cette expérience vécue. Certaines personnes nous racontent que, dans telle situation de leur vie, cela leur a rappelé ce qu’elles ont vécu avec le cheval et qu’elles ont pu puiser là-dedans la ­ressource pour y faire face. C’est ce qu’on appelle la généralisation. On emmène avec soi une ressource dont on a pris conscience en séance.

Sur-mesure

Une séance d’hippothérapie se construit en fonction de ses protagonistes. Pas de schéma préétabli, mais une ouverture au ressenti de chacun à l’instant présent. Les possibilités sont innombrables. “On commence souvent par visiter les installations pour mettre la personne à l’aise et pour que le contact s’établisse avec son thérapeute. Ensuite, la majorité du temps, elle choisit le cheval avec lequel elle va ­travailler. On part du principe qu’on ne choisit jamais un cheval par hasard. La personne décide alors si elle souhaite le monter, le brosser, partir se ­promener à ses côtés, le lâcher dans la piste et le regarder courir autour de nous, ou s’asseoir dans un pré avec les chevaux autour de nous et parler”, détaille la gérante de l’ASBL L’entre-Deux.

Le bénéficiaire vit différentes émotions au cours de la séance – plaisir, frustration, colère, tristesse, mobilisation physique, calme… “Le travail du thérapeute est de s’intéresser à cela, d’utiliser ce que la personne vit pour aller voir plus loin, voir quelle difficulté elle rencontre et de quelle manière elle peut retrouver ses propres bases, analyse le directeur du Centre d’hippothérapie de Louvain-la-Neuve. La présence du cheval fait que souvent, les personnes sont motivées d’être là. L’engagement dans le travail thérapeutique du patient est soutenu par le fait que le cheval est un animal attrayant. On ne va pas chez son kiné ou sa psy par plaisir mais par nécessité de se soigner. En hippothérapie, on a aussi envie d’y aller grâce au cheval.

La médiation du cheval permet également de dédramatiser certaines situations vécues qui sont très lourdes à porter, comme le remarque très régulièrement Ilana Ruelle. “Nous avons des ­personnes qui viennent nous voir car elles ont des problèmes de violence. Elles travaillent des émotions très négatives comme la colère. La présence de l’animal rend les discussions avec le thérapeute plus ­légères. Idem pour les enfants dont les parents sont atteints de cancer. Pour eux, parler de la mort est plus facile en présence du cheval car on parle de la mort en étant dans le vivant, le mouvement. Dans la nature, tout bouge, tout évolue. Beaucoup d’enfants parlent pendant que le cheval marche, puis se taisent quand le cheval s’immobilise, puis se remettent à parler quand il repart. On prend ­conscience du fait que le cheval libère la parole.

Les enfants, les adultes, les personnes âgées

Outre les personnes atteintes de handicap phy­sique ou mental, l’hippothérapie permet également d’accompagner des personnes souffrant de burn out, de dépression, d’anxiété, d’isolement social, d’autisme. Mais aussi des enfants qui manquent de confiance en eux, des enfants touchés par des troubles du comportement ou qui ont été harcelés. Dans tous les cas, la première chose à se demander, c’est si on a envie d’entreprendre cette démarche, si cela nous attire. “Une personne en dépression qui éprouve un attrait pour le cheval, c’est déjà parlant en soi, relève Patrick Guilmot. C’est aussi une question de rencontre avec un hippothérapeute: voir comment le courant passe et vérifier s’il peut proposer quelque chose de suffisamment clair, qui donne envie d’essayer et qui permet de développer de la confiance. Il faut se faire confiance. Est-ce que je me sens en sécurité avec le cheval et l’hippothérapeute? Est-ce que mon rythme est respecté?

Vu l’émergence de nombreux centres d’hippothérapie depuis bien avant la crise sanitaire, mieux vaut vérifier le bagage de la personne à laquelle on s’adresse. “Pour être un bon thérapeute, il est important de suivre un ou deux modules de formation par an pour découvrir d’autres ­approches, estime Ilana Ruelle, psychologue. Un membre de notre équipe va bientôt se former en médiation animale en milieu carcéral…

Chiens, cochons, moutons

En plus de ses seize chevaux, le Centre d’hippothérapie L’entre-Deux a ouvert un pôle “médiation animale” suite à la demande émanant d’institutions qui s’occupent de personnes âgées ou lourdement handicapées. “Avec des animaux de plus petite taille – des chiens, des cochons, des perroquets, des chats, des chèvres, des moutons – nous pouvons nous déplacer plus facilement et inclure ces animaux au sein du milieu de vie des résidents, ce qui humanise les homes.” Le contact physique est central, permet de donner et recevoir de l’affection, apaise les personnes et amène beaucoup de joie. “On peut travailler autour de la thématique de l’attachement, des émotions positives générées par les câlins. Les animaux sont formés à réagir adéquatement, même si la personne exprime de la colère ou de la tristesse parce que cela la reconnecte à des souvenirs de jeunesse. Cela donne un sentiment d’autonomie aux aînés qui brossent les animaux ou les promènent. Et, bien sûr, cela les motive à bouger, se déplacer, donc cela favorise leur motricité. Tout cela dans le plaisir.

Pour en savoir plus

Centre d’hippothérapie de Louvain-la-Neuve

Sur son site, on trouve de l’information sur cette méthode, sur la formation universitaire en hippothérapie qu’il propose, mais aussi une liste de praticiens dans toute la Belgique. ferme-equestre.be/hippo

Fédération des professionnels de la relation d’aide par la médiation animale

Elle soutient l’établissement d’un réseau de professionnels et œuvre à la reconnaissance du secteur. www.amatbelgium.be

L’entre-Deux

Centre de ressourcement, d’hippothérapie et de médiation animale situé à Chaumont-Gistoux. hippotherapie-lentredeux.be

Quand le loup habitera avec l’agneau

Livre de Vinciane Despret, philosophe et chercheuse à l’université de Liège, qui questionne avec pertinence et nuance notre rapport aux animaux. La Découverte, 330 p.

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