Le rangement, ça s’apprend

Avec le retour à la case télétravail, structurer son espace redevient une question de survie et de paix dans les familles. Il n’y a pas d’âge pour trouver des solutions et changer ses habitudes.

salle de bain rangée
© Adobe

En novembre 2019, une enquête du salon Cocoon montrait que 8 Belges sur 10 accordent une grande importance à l’aménagement de leur ­intérieur. 9 sur 10 estiment que leur intérieur leur permet de se sentir bien. Or, un décor bien aménagé est un décor bien rangé. Il ne s’agit pas ici de prôner aveuglément la méthode de Marie Kondo… Elle a beau avoir vendu des brouettes de son livre La magie du ­rangement et développé deux programmes sur le sujet sur Netflix, la coach japonaise a perdu toute crédibilité pour nous lorsqu’elle a déclaré que l’on ne devrait pas posséder plus de 30 livres. Nous n’avons pas les mêmes valeurs! Face à la gourou, on pense à la phrase d’Einstein “Si la vue d’un bureau évoque un esprit encombré, que penser d’un bureau vide?”… Merci Einstein, notre résistance au changement te file un Nobel. Car un bureau encombré encombre l’esprit et stresse. Et on le sait.

Trouver son ordre

Lorsque le Chat de Geluck dit “Est-ce que ranger, ça ne revient pas un peu à foutre le bordel dans son désordre?”, il a raison, si on n’est pas acteur de son rangement. Le bordel organisé est parfois confortable, pour peu que l’on ait une bonne mémoire spatiale. Lorsqu’on organise ou, pire, qu’on organise sans vous, on perd tout. Il est fondamental que le rangement nous corresponde. La raquette de tennis ne se conserve pas au même endroit si on joue chaque semaine ou deux fois en été.

“Chaque chose à sa place, une place pour chaque chose”, l’adage est très juste. Il faut attribuer aux objets des espaces de façon réaliste. Il est d’usage de placer l’aspirateur à la cave (si on en a une…). Si vous devez affronter les araignées et un escalier exigu chaque semaine avec la machine, l’idée ­semble soudain moins pertinente. Ranger ­implique aussi parfois de sacrifier l’esthétique sur l’autel du pratique. Un ravissant panier à linge en osier trop petit, c’est pour Pinterest. Dans la vraie vie, il gagnerait à être remplacé par un contenant adapté (le géant suédois vous ouvre les bras).

Le désordre est sournois. Il se fait oublier jusqu’à ce qu’on ne le voie plus. Il sait aussi se transformer en montagne pour décourager toute tentative d’éradication. Un œil extérieur aide à le remettre au pas. Des spécialistes, “home organisers”, proposent leurs services. Ann Van den Hautte, psychologue et coach en rangement pour La Psy du Logis propose des visites à domicile (comptez 145 € pour un ­diagnostic et 250 € pour une session de rangement chez vous). Sa méthode identifie les besoins et ­limites de ses patients. Une coach psy permet aussi d’identifier les causes sous-jacentes du désordre. C’est souvent une façon de marquer son territoire et le produit de son histoire familiale.

Trier, jeter, donner

Ne décidez pas de tout révolutionner en un week-end. Fixez-vous des objectifs précis. Démarrez par les objets neutres, sans poids affectif. Mieux vaut commencer par trier ses factures que ses souvenirs qui ne sont que dilemmes (peut-on jeter un dessin d’enfant, amener les vieux romans de papa à la boîte à livres?). Les coachs préconisent de prendre chaque objet en main et de ne le lâcher que lorsqu’on lui a trouvé une place.

Faites trois tas: ce que l’on garde (et à quoi on assigne d’emblée une place), ce que l’on jette (et on le fera directement), ce que l’on donne ou vend (et on ­initiera la démarche dans la foulée). L’autre règle vaudrait que pour toute nouvelle “chose” installée dans la maison, il faudrait en évacuer une. On peut transiger, lors du rangement, en laissant un espace vacant pour accueillir quelques nouveautés. ­Lorsqu’il est plein, ce sera le signe qu’il faut refaire une opération “trier-jeter-donner”.

Avec les enfants

On ne naît pas désordonné, on le devient. Ranger s’apprend. L’un des ressorts est de montrer l’exemple. Ensuite, il faut dédramatiser le geste. Si on le présente comme une corvée, l’enfant refusera toujours de s’y mettre. Pour ce faire, on commence par prévenir. On n’interrompt pas une activité ­brutalement pour obliger à mettre de l’ordre. Dire “range ta chambre” n’est pas une consigne. En ­revanche, proposer de “mettre tous les Duplo dans le bac rouge” est compréhensible dès 2 ou 3 ans.

Les coachs conseillent aussi de créer des rituels: faire son lit, mettre ses vêtements au sale chaque jour et trier les jouets le samedi matin. Impliquez le sujet dans l’organisation. Disposez les bacs à sa hauteur, faites-lui dessiner des étiquettes, demandez-lui ce qui lui ­semble pratique (il a des exemples à l’école)… Rendez l’activité ludique. Rangez en musique. Lancez des défis chronométrés. Cachez le doudou au fond du foutoir pour qu’il le sauve. Mais ne promettez pas de récompense. La récompense, c’est le résultat!

Ado terrible

L’ado fait de sa chambre sa tanière. Respectez ce besoin. Ne rentrez jamais dans son espace sans le prévenir ou en son absence. Installez-lui un verrou. Cela permet de diminuer la nécessité animale de créer des remparts de désordre. Abordez le sujet sans irritation ni colère. Au lieu d’exprimer vos règles (qu’il ne légitimera pas), acceptez sa vision, mais posez les limites de l’hygiène. Demandez ses propres solutions et aidez à leur mise en œuvre: patères, rayonnages, poubelle, vente de fringues sur des apps de seconde main, don d’anciens jouets… Il peut être efficace d’assumer les conséquences de ses choix: si les tee-shirts traînent au sol plutôt que dans le panier à linge sale, ils ne réapparaîtront pas propres dans le tiroir et on n’aura rien à se mettre. Che!

Range ta chambre!, Maryse Vaillant et Judith Leroy, Flammarion, 240 p.

J’aide mon enfant à s’organiser, Stéphanie Bujon et Laurence Einfalt, Eyrolles, 211 p.

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