À quoi sert un coach?

Coach scolaire, coach parental, coach en entreprise, coach sportif… Le coaching explose mais reste en cours de professionnalisation.

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Dimitri Haikin, psychologue et directeur de psy.be pose d’emblée le cadre: être coach ou psychologue ou psychothérapeute, ce n’est pas le même métier. Même si certains portent plusieurs de ces casquettes! “On va voir un psychologue clinicien ou un psychothérapeute pour des souffrances de vie, des choses qui nous empêchent de vivre normalement et bien comme on le voudrait, des angoisses, de l’anxiété, pour un épisode dépressif, lorsque le couple dysfonctionne et que l’on ne sait pas comment s’en sortir, en cas d’épuisement professionnel ou de burn-out… Il s’agit d’apaiser les souffrances, c’est pour cela qu’on parle de thérapie. Toutes ces problématiques font partie de ce que traitent les psychologues cliniciens et psychothérapeutes. J’ai toujours perçu le coaching dans une optique de recherche de solutions pratico- pratiques et de soutien ponctuel dans des situations de vie.” Les praticiens sont d’accord. Si toutes les spécialités visent le mieux-être de la personne, le travail n’est pas le même, tout comme les domaines d’application. Un bon coach doit connaître ses limites.

Un coach, un cadre

Un bon patient aussi. Sonia Piret, coach et fondatrice de l’école WinCoach, institut de formation dans la région liégeoise, opine: “Beaucoup de gens n’ont aucune idée de la formation que suivent les coachs. Je suis étonnée de voir le nombre de particuliers qui viennent par le bouche-à-oreille avec des thématiques qui ne relèvent pas du coaching, mais des souffrances qui réclament un psychologue. Je pense notamment à tout ce qui pourrait être lié à l’enfance, aux traumatismes ou à des thématiques liées à la psychiatrie comme la bipolarité et l’alcoolisme, où l’on a besoin d’un accompagnement médical. Un bon coach ne prend pas ce type de patients. Un coaching est un travail pratique. C’est un accompagnement d’une thématique du présent. On va s’orienter sur “comment en sortir” plutôt que sur “pourquoi on en est arrivé là”. On n’a pas nécessairement besoin de chercher l’origine d’un souci pour changer. Évidemment, il arrive que l’on tombe sur des causes plus profondes, qui empêchent le changement de s’ancrer et maintiennent les résistances. Alors, il faut aller plus loin. Si l’on n’a que les outils du coaching, il faut réorienter le patient vers un spécialiste comme un psychologue ou un psychothérapeute”.

Un coach doit pouvoir mettre un cadre et des limites à son intervention, insistent tous les praticiens que nous avons rencontrés. Il faut pouvoir passer le relais, comme les psychologues peuvent, eux aussi, passer le relais au coach lorsqu’il s’agit de mettre en place des solutions concrètes. “On ne va pas voir un coach parce que l’on souffre, répète Dimitri Haikin. On va voir un coach parce qu’on a besoin d’un coup de pouce.” Un psychologue est titulaire d’un master en psychologie. Un coach de vie est un pro de l’accompagnement opérationnel, qui guide son patient vers des objectifs précis, mesurables, restreints dans le temps.

Une profession peu encadrée

En Belgique, il n’y a pas d’accès à la profession de coach (ni de sexologue d’ailleurs). N’importe qui peut décider, un jour, d’ouvrir un cabinet ou de proposer des séances d’aide aux particuliers. Et il ne s’agit pas nécessairement d’arnaques: on connaît d’excellents coachs qui se sont lancés de bonne foi, sur base d’une expérience de vie et d’un bagage théorique autodidacte. Le problème tient aux manques de garanties ou de garde-fous. Qui distingue le bon coach du gourou? Comment savoir que l’on ne va pas tomber sur un praticien dont l’expertise se limite à la lecture de power points de développement personnel qui vous dispensera des banalités lénifiantes sur la confiance en soi et/ou le rangement de ses placards dans la joie? En observant, objectivement, les formations suivies. Un coach se doit d’afficher son parcours sur son site internet. Et là, vous pouvez trouver quelques certifications qui vous apporteront des garanties. Car si la profession n’est pas réglementée, les études s’organisent en Belgique. Dimitri Haikin: “La première chose à vérifier quand on va voir un coach, ce sont ses spécialisations: est-ce un coach de vie? Est-ce qu’il a reçu une formation? À l’UCL, par exemple, on trouve des formations de coach de vie et de coach parental. Il existe aussi des écoles de coaching qui certifient des gens qui ont fait des formations sérieuses (et proposent des annuaires sur leurs sites – NDLR). Il existe une certification européenne du coaching. L’ICF, International Coaching Federation,propose une accréditation, qui réclame un engagement et constitue une garantie de qualité et de sérieux (l’ICD regroupe 34.000 membres dans 139 pays). Il faut vérifier que la personne a suivi un véritable cursus”.

À titre d’exemple, la formation de WinCoach, l’école de Sonia Piret, démarre par un module de base de six jours qui pose les fondamentaux sur le fonctionnement de l’être humain, les systèmes comme la famille… À la fin de cette session, les étudiants décident s’ils veulent embrasser la profession. “Il n’y a pas de prérequis, signale Sonia Piret, mais je refuse certaines personnes, par exemple celles qui recherchent un coaching très confrontant, à l’américaine, que je ne pratique pas.” Ensuite, l’étudiant suit huit jours de for mations plus spécifiques et sept jours de pratique de terrain, en étant supervisé par des coachs. Et ce n’est que le début… “Le plus important c’est la formation continue, insistent la coach et les différents praticiens que nous avons rencontrés. Le coaching, c’est une boîte à outils. Il faut toujours en découvrir de nouveaux, continuer à évoluer, pour trouver toujours plus de solutions à proposer.

L’importance du travail personnalisé

Dans tous les domaines, méfiez-vous des formats standard (ne parlons pas des vidéos d’ateliers de coaching en vente sur Internet). Un bon critère est aussi de vérifier la terminologie utilisée par les praticiens. Laurane Wattecamps, sexologue diplômée à l’UCL commente: “Je ne parle pas de patient, car cela suppose une relation hiérarchisée. Le terme client a un aspect financier qui me déplaît. Je préfère parler d’accompagnement. Cela manifeste une notion essentielle: que la personne garde son libre arbitre sur sa volonté à accomplir un changement. Il ne faut pas infliger des protocoles calibrés pour la population entière mais proposer un encadrement personnalisé. Ma vision de la sexologie, c’est de faire en sorte que la personne sorte de la souffrance, trouve des solutions concrètes à mettre en place. Je travaille le corps et l’esprit. Plutôt que de décortiquer ce qui se passe, je vais essayer d’avoir une approche en phase avec la demande, de proposer des solutions concrètes et des exercices pratiques qui vont aider, pour amener un changement rapide”. Rapide, le mot revient chez tous les coachs. Un coaching ne dure pas un an, c’est une aide ponctuelle, qui doit déboucher sur des résultats et ne pas tourner en rond.

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Coach sportif, la jungle

Parmi les nombreuses spécialités de coaching qui fleurissent tous azimuts, le coach sportif a le vent en poupe. Un tour sur le Web ou un passage dans les salles de sport vous permettra de voir l’engouement que suscite la profession de “personal trainer”. Là aussi, n’importe qui peut décider de s’attribuer le titre. Aïe… Bruno Bériot, personal trainer depuis 32 ans, fondateur et responsable de Body Concept Training: ”Un gars qui court tous les dimanches et a envie de rentabiliser son temps libre peut se créer une carte de visite et se déclarer pro. On voit de tout et n’importe quoi, surtout depuis quelque temps, car on entend partout qu’on y gagne de l’argent facilement. C’est un vrai travail, qui suppose avant tout d’aimer les gens, d’avoir envie de les amener à évoluer, de partager avec eux l’atteinte d’un objectif”. Un coach sportif n’est pas un entraîneur ou un préparateur physique. “C’est un métier jeune, sans cesse en évolution. Il y a d’un côté l’aspect sportif, la méthodologie d’entraînement, et de l’autre, l’accompagnement psychologique. Un vrai coach n’impose pas son programme, il travaille de façon descriptive, en conscientisant la personne. On voit les gens deux fois par semaine pendant une heure, ce n’est pas ça qui va faire que la personne réussisse son objectif. Ce qui fait qu’elle l’atteint, c’est la conscientisation de tout ce qu’elle doit mettre en place au quotidien pour y arriver. On doit la soutenir. Je vois des coachs sportifs en ligne, qui se contentent d’envoyer un programme d’exercices par mois… Ce n’est pas ça! Le travail d’un coach est de comprendre de quoi la personne a réellement besoin et de l’amener vers des choses qui vont l’aider.

Comment trier le bon grain de l’ivraie? D’abord en testant deux ou trois coachs avant de se décider. On peut négocier une séance de découverte, que certains vont offrir (mais ce n’est pas nécessairement un critère de sélection). Durant ces séances, ce qui est important, c’est d’abord de vérifier si le coach vous a demandé quels sont vos objectifs, s’il a pris le temps d’écouter votre histoire sportive, s’il s’est intéressé aux activités qui vous plaisent. Pendant la séance, vérifiez si les exercices vous ont semblé adaptés, si le coach a corrigé suffisamment vos mouvements.

Ensuite, à la fin, vérifiez si le coach a bien géré l’intensité de l’effort (si vous êtes bleu après pendant trois heures, la réponse est non). Et surtout, demandez-vous si vous avez pris du plaisir et si vous avez envie de recommencer! “Il existe des certifications auxquelles se fier. Des Hautes Écoles en Wallonie et à Bruxelles délivrent désormais des diplômes de coach sportif. On peut aussi se fier au label NASM (National Academy of Sports Medecine) qui répond aux exigences européennes. Mais ça ne fait pas tout! Ce n’est pas parce qu’on réussit son permis théorique qu’on sait conduire une voiture! Rencontrez deux ou trois coachs pour vous faire une idée et voir si le courant passe”, martèle Bruno Bériot.

Reconnaître un bon coach

Quelques conseils pour baliser le terrain. Cela passe par une clarification initiale de la situation, puis une observation de votre ressenti après une première séance. N’hésitez pas à voir plusieurs personnes avant de vous lancer.

• Avant l’entretien, vérifiez les formations et certificats du praticien. Accordez aussi de l’attention aux spécialisations, à la formation continue au fil de sa carrière. N’hésitez pas à jeter un œil aux outils utilisés.

• Demandez un premier entretien de prise de contact. S’il vous le propose naturellement, c’est bon signe. Il peut avoir lieu au téléphone.

• Demandez comment les séances de coaching se déroulent: les réponses doivent être carrées sur les coûts, la durée, la fréquence des séances.

• A-t-il pris le temps de cerner votre situation? Avez-vous eu l’impression que votre demande était claire et entendue. Demandez si le coach a de l’expérience dans une situation similaire à la vôtre.

• A-t-il posé les limites de sa prestation et de ses compétences? N’hésitez pas à demander s’il ne vaudrait pas mieux aller voir un psychologue.

• Observez votre ressenti: vous êtes-vous senti en confiance, avez-vous eu l’impression d’être écouté attentivement, avec bienveillance, vous sentez-vous rassuré, motivé?

• Avez-vous compris les concepts évoqués? Le coach a-t-il fait preuve de pédagogie?

• Les termes “objectifs” et “autonomie” ont-ils été prononcés? A-t-on parlé d’un contrat moral de coaching?

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