Parties de plaisir

L’été 2021 a été un grand millésime en termes ludiques, tant les nouveautés se sont révélées originales et accessibles. Notre sélection à découvrir entre amis, en famille et même en solitaire.

@ Adobe
Group of friends sitting at the table. Young People having fun while playing board game.

Loisir du confinement, le jeu de société ne cesse de faire plus d’adeptes et de s’ancrer dans les habitudes du grand public. ”Jouer ensemble permet de créer une bulle particulière, d’où les discussions polémiques ou politiques sont absentes”, nous explique Bruno Faidutti, auteur, entre autres, de Citadelles, incontournable jeu de bluff et de Mascarade (qui s’offre une refonte complète cet automne). Un moment partagé sans risque, à une époque où la liste des sujets qui fâchent s’allonge quasi quotidiennement, cela sauve bien des repas de famille. Et cela permet, aussi, de se découvrir. Jean-Louis Roubira, pédopsychiatre et créateur du fabuleux Dixit, reprend pour nous la citation de Platon: “On peut en savoir plus sur quelqu’un en une heure de jeu qu’en une année de conversation… C’est assez vrai. Le jeu offre un espace sécurisé, où l’on apprend à se connaître sans la pression de la réalité”. Commencer un jeu, c’est ouvrir une parenthèse, qu’elle soit dédiée à la réflexion extrême ou à la franche rigolade. À l’intérieur, les participants se rencontrent, quel que soit leur horizon, et créent une expérience commune. La quête de la victoire n’est qu’un outil pour maintenir leur attention. L’essentiel, c’est le plaisir partagé, qui dure bien plus longtemps que la joie de la victoire.

Jouer derrière un ordi

Si le confinement a dopé les ventes, il a aussi signé l’essor du jeu en ligne. Beaucoup d’éditeurs proposent, depuis longtemps, des applications pour smartphones. La tendance de cette année consiste à jouer via son ordinateur, avec des partenaires du monde entier, sur une plateforme comme Board Game Arena. Sorte de Spotify du jeu, elle respecte les droits des auteurs et met à disposition un impressionnant catalogue, qui comprend des valeurs sûres de tous niveaux comme des versions bêta en développement proposées par des éditeurs en quête de testeurs. Le site, tout en français, propose une version gratuite, avec une sélection importante mais néanmoins limitée de jeux en libre accès (pour certains, il faudra attendre qu’un abonné payant crée une partie…) ou premium, sur abonnement (2 €/ mois), qui ouvre tous les possibles. On se connecte, on choisit un jeu dans la base de données, l’algorithme vous attribue des partenaires et c’est parti. Le plaisir n’est évidemment pas le même qu’autour d’une table un verre à la main… Mais c’est une bonne façon de tester des stratégies, de jouer sur le pouce, sans contrainte d’organisation avec des amis et de rencontrer des adeptes du monde entier. Pour découvrir Board Game Arena: www.boardgamearena.com

Les tendances et les primés de l’année

Le domaine a ses modes. On peut dégager quelques tendances, qui s’étendent depuis quelques années. D’abord la déclinaison des valeurs sûres. À côté des extensions, qui viennent ajouter de nouveaux éléments à une mécanique existante, on note maintenant le développement de jeux parallèles, dans l’univers d’un jeu existant. Dragomino, gagnant du Spiel des Jahres (Jeu de l’année allemand) est la version pour enfants de Kingdomino. Unlock!, le célèbre jeu qui a lancé la mode des escape rooms à domicile, en est à son neuvième tome. Après sa version à deux (Duel), 7 Wonders connaîtra cet automne un prequel, 7 Wonders Architect, version plus simple, plus rapide et tout aussi addictive, durant laquelle les joueurs construiront leur merveille du monde antique (celle qu’ils essaient de posséder dans le jeu original). En termes de genre, cette année sera sans doute celle du jeu narratif, où les joueurs vivent une histoire durant la partie. En juin, le jury du Spiel des Jahres allemand (les oscars du domaine) a remis ses trois distinctions (jeu familial, enfant et expert). À la surprise générale, c’est Micro Macro Crime City qui l’a remporté dans la catégorie familiale. Un ovni! Le principe? Vous dépliez un immense dessin en noir et blanc (75 x 110 cm!), bourré de détails, qui représente une ville et ses habitants. Des crimes y ont eu lieu. Vous allez devoir découvrir ce qui s’est passé en observant l’illustration à la loupe, au fil d’indices donnés par les cartes. En tout, Micro Macro Crime City propose 16 enquêtes à résoudre. Soit 16 parties, pas plus. Ce côté ”éphémère” qui a longtemps été impensable pour un jeu de société est également une tendance de ces dernières années (on le voit avec les jeux d’escape rooms, à partie unique, et les jeux dits ”legacy” qui évoluent durant un nombre limité de parties).

Côté enfants, Bruno Cathala signe son doublé. Après avoir gagné le Spiel familial pour Kingomino en 2017, il remporte la timbale pour sa version junior, Dragomino. Cette revisite du jeu de domino transforme les participants en dresseurs de dragons partis explorer une île. Rapide (on pose 7 dominos, pas plus), très riche et tendu, il plaît aussi bien aux mômes, dès la maternelle, qu’aux parents. Une bonne initiation à la stratégie, aux règles super-simples. Notons enfin, en catégorie expert, le couronnement de Paleo de Peter Rustemeyer. On a beaucoup aimé cette histoire coopérative de survie d’hommes préhistoriques (mais accrochez-vous pour la lecture des règles, pas toujours très claires).
Micro Macro Crime City, de Johannes Sich, éditions Blackrock, 22,50 €. À partir de 10 ans, pour 1 à 4 joueurs. Dragomino, de Bruno Cathala, Marie Fort et Wilfried Fort, éditions Blue Orange, 17,90 €. À partir de 5 ans, pour 2 à 4 joueurs. Paleo, de Peter Rustemeyer, éditions Z-Man Games, 40,50 €. À partir de 10 ans, pour 2 à 4 joueurs.

À l’apéro, en famille, entre potes

Le buzz belge de l’été se nomme So Clover! Un jeu express, coopératif, drôle et intelligent, mélange d’associations d’idées et d’empathie. Il s’agit, à l’aide d’indices, de faire deviner des paires de mots-clés aux autres joueurs (quel mot trouveriez-vous pour lier ”pompier” et ”maison”, par exemple?). L’avantage de ce party game est que l’on ne gagne pas les uns contre les autres, mais en battant les scores précédents, de quoi limiter les tensions en cas de participants trop compétiteurs. Dans Trésors légendaires, jeu de tuiles, les joueurs incarnent des pirates qui doivent découvrir des trésors et les déposer sur leur île (secrète). Ils peuvent également attaquer les navires de leurs adversaires, mais doivent prendre garde aux totems maudits! En fin de partie, on gratte une case d’une piste au trésor, pour, peut-être, découvrir de nouvelles cartes qui ajoutent de nouveaux ressorts aux prochaines parties, sans pour autant rendre le jeu trop complexe. Une très belle idée pour relancer l’attention lorsque les ressorts commencent à être connus. Dès 8 ans, les enfants sont complètement dedans et y jouent de façon autonome. Drunk, Stoned or Stupid appartient à ces party games politiquement incorrects à la Blanc-manger Coco. Un juge tire une carte portant une affirmation (toujours honteuse). Les participants ¬argumentent pour découvrir à quel joueur elle s’applique le mieux. Le juge décide et attribue la carte de la honte (le premier à en posséder 7 perd). On ne peut donc gagner qu’en étant, en apparence, le plus irréprochable de la table.
So Clover!, de François Romain, éditions Repos Production, 17,90 €. À partir de 10 ans, pour 3 à 6 joueurs. Trésors Légendaires, d’Annick Lobet, éditions Lifestyle Boardgames, 22,50 €. À partir de 8 ans, pour 2 à 4 joueurs. Drunk, Stoned or Stupid, éditions Cojones, 17,90 €. À partir (officiellement) de 18 ans, pour 4 à 10 joueurs.

Enquêtes et aventures

Destinies propose cinq scénarios d’aventures dans un monde médiéval fantastique, que vous vivrez en incarnant des héros opposés. Chaque participant choisit un personnage et une ”destinée” qui va se réaliser, ou pas, durant les deux heures (minimum) de jeu. Sur la table, les figurines explorent des cartes, rencontrent des intervenants et prennent des décisions qui influenceront la suite des actions. Une vraie expérience, qui se joue clé sur table, quasi sans règles à apprendre car une application se charge du pilotage. Il vous suffira de jeter de temps en temps des dés pour réussir vos actions. Fan d’Assassin’s Creed? Foncez sur ce jeu narratif, qui représente également une bonne initiation au jeu de rôle (sans la difficulté de trouver un ¬maître de jeu). Unlock! Legendary Adventures, sorti cet été, est la neuvième boîte de ces incontournables jeux d’escape rooms. Elle renferme trois missions de difficulté croissante, dans l’univers de Robin des Bois, Sherlock Holmes et des braquages. Le principe est resté le même: 60 minutes pour trouver, 60 cartes, des indices qui s’additionnent, des détails à observer et une application qui mène la danse. Et comme toujours, les énigmes sont diaboliques et l’on a bien besoin des autres pour trouver la clé du mystère. Sachez qu’en achetant la boîte, vous ne jouerez que trois fois… Mais ça ne fait, au final, que 10 € la soirée, pour une vraie expérience commune. Comme dans toutes les aventures d’Unlock! vous trouverez en plus dans la boîte une partie de démo de 10 cartes, qui permet de découvrir les règles par le jeu. Pour tester, surfez sur www.spacecowboys.fr, vous y trouverez une initiation gratuite en ligne. DESTINIES, de Michal Golebiowski et Filip Milunski, éditions Lucky Duck Games, 45 €. À partir de 14 ans, pour 1 à 3 joueurs.
Unlock! Legendary Adventures, de Cyril Demaegd, Mathieu Casnin, Dave Neale et Marion du Faouët, éditions Space Cowboys, 31,50 €. À partir de 10 ans, de 1 à 6 joueurs.

Meeple Solidaire: la belle idée de joueurs passionnés

C’est le moment de trier vos étagères! L’association Meeple Solidaire récolte en effet des jeux (en bon état) pour les redistribuer aux familles victimes des inondations. Un bel élan qui fait boule de neige sur les réseaux sociaux (où les participants posent, parapluie et pile de jeux à la main, avec le hashtag #meeplesolidaire). On trouve des points de collecte partout en Belgique francophone. www.meeplesolidaire.com – Facebook.com/meeplesolidaire – Instagram: @meeplesolidaire

 

 

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