Découvertes haut perchées

Ils sont 63 en tout. 63 roches et rochers éparpillés tout le long du sillon tracé par la Semois entre Chiny et Bohan, au grand bonheur des promeneurs et amateurs de points de vue. 

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Il suffit de quitter la Gaume et de passer le lieu-dit du Moulin Cambier à Chiny pour apercevoir les premiers affleurements rocheux de la Semois. Avec des noms aussi originaux que le Vison, la Grotte des Moines, la Roche de l’Écureuil ou encore le Rocher des Clappes… Des rochers, il y en a donc partout dans le massif schisteux rhénan de l’Ardenne. Quel que soit l’endroit, il suffit de gratter une cinquantaine de centimètres pour tomber sur de la roche. À mesure qu’elle s’est enfoncée dans la vallée, la Semois a quant à elle permis la mise en évidence de certains éperons rocheux, qu’ils soient situés au ras de l’eau ou quelques décamètres plus haut. Fidèles compagnons des promeneurs, ils ont également bâti la légende et l’histoire de leur région.

Le Rocher fendu – Lacuisine

Le plus bel angle de vue possible sur le Rocher fendu est sans aucun doute celui que l’on a à hauteur d’eau. Là, la fente – en réalité une anfractuosité – a de quoi captiver. À défaut de se mouiller les pieds – et même le torse -, l’idéal pour profiter du spectacle est d’embarquer dans un kayak à hauteur de Chiny puis de se laisser glisser le long de la rivière pour aboutir nez à nez avec ce roc. Pour les autres, il est toujours possible de suivre le sentier abrupt de la Promenade 21, qui offre une jolie vue panoramique sur la Semois et les îles proches du “Long pré”, mais pas sur le rocher. C’est plutôt rare pour être souligné: ce n’est pas une légende, mais bien un fait historique qui se rattache à l’existence du Rocher fendu. Quelques semaines après le début de la Première Guerre mondiale, une poignée de soldats français se sont retrouvés derrière les lignes allemandes à la suite de la Bataille des frontières, qui a frappé la Gaume et l’Ardenne. Après avoir été recueillis par un habitant du village de Martué, les militaires ont été amenés dans la forêt et se sont réfugiés dans le Rocher fendu. C’est le fils de leur ancien hôte qui se chargeait de leur amener de la nourriture tous les jours… en barque, avant leur évacuation vers le sud de la France. 
La promenade: En kayak, de l’embarcadère de Chiny à Lacuisine (9 km). 
Le point de vue: Dans l’eau, un peu après les îles voisines du Long Pré ou sur un banc de la Promenade 21, au départ du parking situé à hauteur du n°67 de la rue de la Forêt. 
L’altitude: 325 mètres.

Blanches Roches – Membre

Il n’y a pas de jeu de mots alambiqué: il s’agit bien d’une référence à la charcuterie, dont le bout de terre de la commune de Vresse-sur-Semois épouse les formes grâce aux méandres de la Semois. “C’est le deuxième “jambon” de la rivière après celui de Cugnon, précise Francis Rosillon. Il est situé dans la réserve naturelle de Bohan-Membre, un milieu naturel assez préservé et riche en biodiversité.” Surtout, la plaine de Quelhan – que l’on aperçoit une fois posté sur les Blanches Roches – recèle nombre de légendes. L’une d’entre elles prétend que lorsque les fées du Hultai, un lieu-dit situé entre Dohan et Auby, furent dérangées par le pâtre Colas Tcha-Tcha, elles décidèrent de se réfugier aux Blanches Roches, où elles vivent toujours aujourd’hui. Il faut dire que les preuves matérielles ne manquent pas. Tout autour du site subsistent encore un dolmen lilliputien, la Cheminée – une crête rocheuse qui s’affaisse – et surtout la Table des Fées, un imposant monolithe de forme carrée. Cette même plaine de Quelhan conserve par ailleurs quelques vestiges des séchoirs, témoins d’une époque où la culture du tabac animait toute la vallée. Il y a quelques années, pour préserver le patrimoine et attirer le touriste, une Route du tabac a d’ailleurs été créée pour faire découvrir l’histoire de cette plante. Enfin, les plus téméraires n’hésiteront pas à parcourir les deux kilomètres qui séparent le point de vue du torrent du Sautou, qui dévale à 34 % dans un surprenant vacarme et dont les sautes d’humeur d’après orage ont fini par intégrer le patrimoine local. 
La promenade: Promenade de la Réserve naturelle n°44 – Rectangle vert dans le sens de la hauteur au départ de l’église de Bohan (4 km). 
Le point de vue: À hauteur de la rue Hameau de Conrad. 
L’altitude: 312 mètres.

@D.R.

Rocher du Hat – Chiny

C ’est le rocher en vogue du moment. Très “instagrammable”, en été comme en automne, le Rocher du Hat est constitué de superbes terrasses naturelles recouvertes de bruyères, genêts et autres myrtilles qui donnent vue sur un bras très paisible de la Semois. Sur la gauche de celui que l’on surnomme “la Maître Roche”, ancien repaire des aigles royaux et des grands-ducs, il est possible d’apercevoir au-dessus des hauts versants boisés le château d’eau de Florenville. Sur la droite, quand les arbres n’occupent pas toute la vue, se détache le Fond de Conge, un méandre fossile. “Le lit de la Semois a fort évolué à travers les âges, explique Francis Rosillon, baliseur pour les sentiers GR et guide nature. Il y a 10 millions d’années, l’Ardenne était d’ailleurs plus haute et la Semois décrivait une série encore plus importante de méandres qu’à l’heure actuelle. En fonction de l’évolution naturelle du cours d’eau, il arrive que des méandres s’ouvrent, se ferment, se coupent.” Déjà courte à la base, l’appellation “Hat” a pourtant beaucoup évolué depuis le XVIe siècle, allant de “Hât” à “Halÿ”, “Haix”, “Ha” et même “Hap”, qui désignait ce parc entouré d’énormes haies où le gibier était pris au piège lors des parties de chasse des comtes de Chiny. Jusqu’il y a quelques années, il était possible de descendre ce premier tronçon de la Semois ardennaise en barque à fond plat, guidé par un passeur d’eau sur plus de huit kilomètres. Aujourd’hui, il reste le kayak, l’embarcadère étant par la même occasion un parking idéal pour la promenade n°25. 
La promenade: Promenade n°25 – Triangle jaune au départ de l’embarcadère de Chiny (5 km). 
Le point de vue: À 15 minutes à pied de l’embarcadère. 
L’altitude: 365 mètres

Les Roches du Moulin Herbeumont

Arrivé au sommet des Roches du Moulin, on ne sait plus où donner de la tête. Alors on essaie de rester ordonné. Et on commence en face, avec le village d’Herbeumont, ses maisons en schiste et aux toits d’ardoise des XVIIIe et XIXe siècles, puis ses bâtisses du début XXe comprenant seulement deux pièces. Le regard flirte ensuite avec la gauche, à la recherche des ruines du château médiéval d’Herbeumont. Bâti en 1268, il était dans une position qui devait lui permettre de contrôler les passages à gué de la Semois. Depuis 1993, il figure sur la liste du Patrimoine exceptionnel de Wallonie. Quand on remonte des yeux le cours de la Semois, voilà qu’apparaît le viaduc de Conques. Formidable édifice du début du XXe siècle, ce pont était parcouru à 40 mètres de hauteur par la ligne de chemin de fer 173A jusqu’en 1972. D’une longueur de 120 mètres, il compte sept arches et apparaît dans le générique de La trêve. De quoi convaincre l’Europe et la Région wallonne de débloquer plus d’1,2 million d’euros pour sa rénovation. Quant au site des Roches du Moulin, il dispose de tout ce qu’il faut pour passer un agréable moment de détente après l’ascension. 
La promenade: Promenade n°13 – Triangle vert au départ du pont de la rue de Conques (7 km) ou le GR16, qui passe à 50 mètres du point de vue. 
Le point de vue: À 15 minutes à pied du pont de la rue de Conques. 
L’altitude: 345 mètres

@D.R.

La Roche percée Les Hayons

« Les rochers de la Semois ont été fameuse ment bousculés suite aux pressions, déformations et mouvements, souffle Francis Rosillon. Je ne peux pas l’affirmer à 100 %, mais je pense que le trou de la Roche percée est d’origine naturelle.” Véritable “Rocher Bayard” des Hayons, à côté de Dohan, ce roc est devancé par une passerelle qui permet de l’atteindre puis de le franchir littéralement en son sein. Au petit matin, alors que des pêcheurs souriants convergent vers leur point de chute, la Semois fume encore. Pour voir tout ce paysage dans son ensemble, certains préfèrent prendre de la hauteur jusqu’au Mont de Zatrou. Là aussi, les sorcières et les fées ont élu domicile, un détour n’est d’ailleurs jamais déconseillé par la roche de la fée Namousette ou le Saut des Sorcières… Mais dans le coin, c’est une légende locale, celle du gros brochet et du quinquet, qui fait office de parole d’Évangile. Il se dit qu’un jour où les eaux s’étaient retirées, deux jeunes pêcheurs de Bertrix se décidèrent malgré tout à tendre leur ligne. De toute la jour née, ils n’ouvrirent la bouche qu’à une seule reprise chacun. Le premier pour se vanter d’avoir sorti un brochet de vingt livres quinze jours plus tôt, le second pour se désoler de n’avoir pas pu pêcher mieux qu’un quinquet – cette lampe à l’huile – qui plus est allumé. Au crépuscule, la queue entre les jambes et le panier à poissons complètement vide, le premier s’adressa au second: “J’accepte de ramener le poids de mon brochet à 5 livres, mais en guise de concession, tu éteindras ton quinquet”
La promenade: Promenade n°21, de la Roche percée – Rectangle rouge à partir du camping du Maka (7 km). 
Le point de vue: À une dizaine de minutes à pied du camping. 
L’altitude: 240 mètres.

Rocher du Chat – Sainte-Cécile

Le Rocher du Chat est situé sur le Domaine des Épioux. Ouvert au public, cet espace vaut pour la qualité de ses sentiers. Longtemps après avoir quitté le parking du Rocher du Chat, c’est le silence qui règne. Pas un seul bruit d’eau, au point de se demander dans quelle direction se trouve la rivière. Après un gros quart d’heure de marche, elle apparaît enfin. La vue est grandiose, avec ce filet de Semois qui vient couper la forêt d’Herbeumont en deux. Le rocher, lui, est ensoleillé. “Les milieux secs comme celui du Chat attirent les plantes grasses, les fougères “polypode commun, les bruyères et tout autour des bouleaux, détaille Francis Rosillon. Les rochers en situation ombragée offrent quant à eux une autre flore avec plus de mousse, des fougères “langue de cerf” et beaucoup de zones de suintement.” La légende raconte que c’est au Rocher du Chat que vécut à une époque le sinistre Monseigneur du Chat. Tombé amoureux de la nymphe Semois, il ne put accepter qu’elle refuse ses avances. Mais alors qu’il dévalait de son rocher pour plonger dans l’eau – étrange vengeance -, une horde de brochets sortit de la rivière pour l’attraper et le plonger dans les bas-fonds. 
La promenade: Promenade n°16 – Triangle jaune à partir du parking du Rocher du Chat (14 km). 
Le point de vue: À 15 minutes du parking. 
L’altitude: 380 mètres
 

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