Faire la route en van

Le voyage en van connaît un boom que la pandémie n’a fait qu’amplifier. Rencontre avec les adeptes d’un loisir qui, entre art de vivre et philosophie de la route, gagne du terrain.
 

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À l’intérieur, tout semble installé dans un unique souci: la facilité. Maniable et fonctionnel, le véhicule est doté de gadgets et d’un mobilier qui confèrent à son habitacle l’aspect d’un petit salon. Des prises classiques, USB et USBC foisonnent là où on ne les attend pas, deux stores peuvent sortir des portières pour se fixer devant les pare-brise, des trappes dévoilent des rangements secrets. Bienvenue dans le van California, objet mythique de chez VW remis au goût du jour par une tendance de voyage de plus en plus portée sur l’aventure mobile et de proximité. À deux, l’expérience est confortable. À quatre, elle est rock and roll, réservée aux voyageurs capables de s’organiser dans 8 m2. Sur la route, le van passe inaperçu et se faufile avec une rare agilité entre les autres usagers. À l’arrêt, il a légalement le droit de stationner pour une nuit – 24 heures maximum – dans tout lieu public, avec interdiction toutefois d’installer le matériel de camping. Une fameuse liberté qui explique en partie le succès actuel de la société Blacksheep.

Des chiffres en croissance

Originaire de Marche-en-Famenne, Romain Blaise est agent immobilier de formation. Passionné par les voyages en van, il en a acheté deux avec son beau-frère au printemps 2020 pour les mettre en location. “Comme ils étaient tout le temps partis, on en a acquis deux autres qui ont également été loués tout l’été”, sourit le jeune homme qui reçoit dans son bureau – un van. Dans la foulée, les associés se sont rapprochés de la marque de location Blacksheep dont ils sont devenus une franchise. “On n’est pas une agence de voyage all inclusive qui serait passée au van par pur opportunisme, on est dans la philosophie van life.” Blacksheep Belgique ouvrira prochainement un point-relais à Bruxelles et un autre à Namur. La location (entre 90 et 160 euros par jour suivant la saison) a le vent en poupe. La vente aussi. Selon la DIV, la Direction d’immatriculation des véhicules, le chiffre des 5.000 ventes annuelles de modèles neufs (van et camping-car confondus) a été dépassé là où la caravane ne séduit plus que 1.000 acheteurs par an. Le secteur du motor-home grandit chaque année: en 2020, il a atteint 10 % de croissance alors que les showrooms étaient fermés pendant deux mois et que les prix ne descendent pas sous la barre des 50.000 euros pour un classique et 60.000 euros pour un van. Une bonne santé en partie due au Covid – le virologue Marc Van Ranst a personnellement conseillé cette manière de voyager!

L’option brico

Midi, sous le soleil, le village de José, en Pays de Herve, est l’endroit idéal pour se relaxer devant un paysage de collines et de bocages. En plus d’un frigo et d’un évier, le van dispose de deux becs au gaz et d’une tablette pour manger. Mais dans ce contexte printanier, l’option “pique-nique” semble la mieux indiquée. En deux minutes, tout est installé sur le trottoir: la table se détache de la portière coulissante et deux chaises sortent de leur cachette dans le hayon. “La tendance du van est surtout liée à un sentiment de liberté – partir et s’arrêter quand on veut et où on veut.” Frédéric François est le secrétaire général de la Belgian Caravan-Camping and Motorhome Association (BCCMA). Il compare les vans à des smartphones sur roues pour leur aspect multifonctionnel et pense que le succès de ces véhicules est une réponse à un rejet du tourisme de masse. “Les gens recherchent quelque chose d’authentique. Ce n’est pas la même chose de passer une nuit au milieu des champs d’un producteur de tomates en Auvergne que de faire un voyage all in avec Ryanair.” Laura et Florent ont acheté et retapé une ancienne camionnette de plafonneur au printemps 2020. “Avant d’acheter, on s’est renseignés, il fallait d’abord choisir la longueur et la hauteur ainsi que le meilleur moteur possible”, explique Florent, originaire de Vaux-sur-Sûre. Il a ensuite fallu désosser l’intérieur, enlever les murs, nettoyer, placer un isolant phonique et thermique et commander le matériel à installer. “On savait exactement ce qu’on allait faire, ça m’a pris cinq mois de travail dont pas mal de jours complets”, reprend ce gaillard très bricoleur, mais qui estime que la tâche est à la portée des plus motivés. “Le placement des structures n’est pas insurmontable et on peut demander un petit coup de main, notamment à YouTube et ses tutos.” Aujourd’hui, le véhicule abrite un lit et une douche à l’arrière, une micro-cuisine le long de la porte coulissante, un
meuble et une banquette qui sert à la fois de table et de lit pour la fille du couple. Investissement? Environ 22.000 euros. “L’objectif, c’est de faire un tour d’Europe en mars 2022 pendant quatre ou cinq mois”, glisse Florent, qui prévoit d’installer prochainement un chauffe-eau.

La multiplication des apps

Au centre de Bruges, le long d’un canal, le soir arrive avec le clou du spectacle du van: le toit relevable, actionné à partir d’une commande électronique pour dévoiler une tente avec matelas. Le lit est assez spacieux et confortable, mais déconseillé aux claustrophobes (une fois couché, la toile de la tente est proche des yeux). Là-haut, les étoiles sont à portée de main, même s’il faut prévoir de s’adapter aux températures fraîches avec un bon sac de couchage. Le boîtier électronique permet de lancer le chauffage pour la nuit ou pendant deux heures. Pour les plus frileux, une deuxième couchette se trouve au “rez-de-chaussée”. Le California n’a ni toilette ni douche, un petit supplément “roots” à l’aventure. Frédéric François de la BCCMA: “Quand on part un certain nombre de jours, l’idéal est d’alterner le camping, où on trouve eau chaude, W.-C. et la possibilité de recharger les batteries, avec des arrêts dans la nature où on choisit son emplacement et la vue au réveil.” Si les campings ont encore du mal à adapter leurs services aux itinérants, beaucoup de communes s’attellent à développer des aires de service pour les accueillir une nuit. L’ASBL Visit Wallonia et la Ligue francophone belge des clubs de motorhome s’apprêtent à publier différentes cartes pointant les aires où se parquer, passer la nuit, faire ses vidanges d’eaux grises, mais aussi pour encourager les voyageurs à découvrir des lieux. Il existe aussi un réseau d’applications qui balisent les meilleurs spots où passer la nuit hors des sentiers battus. Park4Night en est une. Elle indique l’adresse, les services disponibles, propose des photos, une note de qualité et les commentaires des usagers. “La France a plus de références, concède Romain Blaise. D’ici au Cap-Ferret par exemple, on trouve des endroits à chaque sortie d’autoroute, mais avec les risques que ça comporte: plus c’est renseigné, plus il y a saturation. L’absence de références peut être un désavantage, mais elle permet aussi de trouver soi-même des spots un peu secrets.” Pour les amoureux de la sécurité et du confort, HomeCamper liste les lieux mis à disposition par des privés pour une nuit contre 10 à 15 euros. Certains proposent un point d’eau, des sanitaires et parfois de belles surprises, comme ce propriétaire d’un champ d’oliviers du côté de Sète qui a aménagé une plateforme en bois avec préau et douche solaire. Utilisateur averti, Frédéric François a découvert une nouvelle fonctionnalité sur l’application Vignerons Indépendants de France. Développée pour fournir des informations sur les visites de caves de producteurs de vin, elle annonce désormais ceux qui acceptent d’accueillir un véhicule pour la nuit. “Ce genre d’exemples se retrouve dans d’autres types de secteurs comme les groupements de restaurateurs qui offrent des places de parking pour loger, précise le secrétaire général de la BCCMA. Ça ne m’étonnerait pas que le guide Michelin online propose des recherches sur les possibilités de se parquer.

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Comment choisir?

Avec 30 ans de pratique, Denis Crahay concède que la tendance au camping-car classique a rarement été aussi forte. “Les troupes rajeunissent”, sourit le président de l’Association des motor-homes itinérants (AMI). Avec l’ajout d’auvent, d’antenne satellite, de télévision et de gadgets, il est difficile d’avoir un camping-car qui passe sous la barre des 3,5 tonnes, la limite pour pouvoir conduire le véhicule avec un permis B. Avec d’autres organisations européennes, l’AMI se mobilise pour faire passer la limite à 4 tonnes. Une question qui ne devrait pas influencer le nombre d’acquéreurs. “C’est comme si les gens avaient un peu plus de moyens, alors que les prix augmentent.” Denis Crahay fixe la fourchette de prix d’un bon camping-car entre 50.000 et 100.000 euros et conseille de commencer par une location “pour se faire une idée”. Deuxième étape: discuter. “Il y a tellement de possibilités qu’il faut savoir ce qu’on veut faire du camping-car avant d’en acheter un”, avertit celui qui encourage les acheteurs potentiels à discuter avec un habitué avant de rencontrer un vendeur. Si la situation s’améliore, le Salon du motor-home, organisé en octobre à Brussels Expo, est un rendez-vous idéal pour les curieux.

 

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