Ces forts à l’horizon

Tout le monde connaît les châteaux forts de La Roche ou de Bouillon, beaucoup moins leurs petits cousins. Profitez de ces vacances de Pâques pour visiter de ces mondes mi-perchés, mi-souterrains.

Château de La Roche @Belgaimage

À Anvers, les forts proches du centre ont été construits au XVIe siècle par les Espagnols et devaient empêcher l’approvisionnement de la ville. Menée par Napoléon III, l’armée française inspire sept nouvelles fortifications au XIXe siècle pour protéger Anvers dans un rayon d’une dizaine kilomètres. À Liège, c’est dans l’espoir de contrer les velléités guerrières de la France et de l’Allemagne que le général Alexis Brialmont fait bâtir un cercle de fortifications autour de la Cité ardente à l’approche du XXe siècle. Les forts en acier et béton non armé de la région namuroise, considérés imprenables, n’ont résisté que quelques jours à l’invasion allemande en 1914 et en 1940. “À la différence d’un château fort, concept médiéval destiné à défendre un point sensible ou un village, le fort moderne fait partie d’un ensemble, un cercle qui entoure une ville et dont la mission est d’appuyer les fantassins situés entre les fortifications”, souligne Jacques Vandenbroucke. Auteur d’ouvrages sur la position fortifiée de Namur en mai 1940, Vandenbroucke explique la débâcle belge du début du second conflit mondial par l’abandon par l’état-major des forts après avoir demandé le retrait des fantassins. “Les forts se sont donc battus héroïquement avec leurs armes, estime-t-il. Mais au sortir de la guerre, une Commission des forts a été mise en place pour analyser la façon dont les commandants s’étaient rendus. Y avait-il encore des vivres? Les munitions étaient-elles épuisées? En dernière limite, le dossier atterrissait sur le bureau du ministre de la Défense.” C’est ainsi que le commandant Tislair, en charge du fort de Suarlée, écope de quinze jours d’arrêt pour “déficit de résistance” après avoir subi deux bombardements. Le conflit de 40-45 a démontré l’obsolescence des forts. Désarmés, certains sites continuent d’être entretenus par l’armée, d’autres sont vendus à des privés qui y construisent leur maison ou y installent un élevage. “À Namur, on n’a peut-être pas mesuré l’importance touristique ou mémorielle de ces sites » commente Jacques Vandenbroucke. Mais il y a eu quelques belles initiatives comme aux forts Saint- Héribert (Wépion) et d’Émines, restaurés pour être visitables. Situés autour de Liège, Namur et Anvers – exceptions faites du Fort Napoléon et du Donjon de Crèvecoeur, au statut hybride -, voici quelques forts dont la (deuxième) vie mérite d’être découverte. 

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Donjon de Crèvecoeur

La légende raconte qu’au XVIe siècle, les épouses des trois meilleurs chevaliers de la région dinantaise sont les dernières survivantes de l’assaut du roi de France Henri II. Retranchées dans la plus haute tour du château, elles décident de se jeter dans le vide plutôt que de se rendre. “Depuis ce trépas si digne, Qui nous crève à tous le coeur, On appela Crèvecoeur, Le vieux château de Bouvignes.” Féerique, le donjon s’agrippe à une colline mosane d’où le panorama sur Dinant vaut le détour. A Dinant-Bouvignes, le site a été restauré en 2012 pour assurer une visite sécurisée et un envol de l’imaginaire dans les plus fabuleuses histoires médiévales. www.dinant.be

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Fort d’Aubin-Neufchâteau

Perché à près de 250 mètres, l’ouvrage militaire de la commune de Dalhem offre un point de vue impressionnant sur la vallée de la Berwinne. Les champs, les fermes et la verdure rappellent l’identité de la région, pays du bocage. Selon les notes de campagne d’un soldat belge, le général allemand qui s’empare des lieux en mai 1940 déclare: “Pour sa belle défense, votre garnison recevra les honneurs de guerre”. Désarmé dans les années 60, le site est géré par une équipe de bénévoles qui organise des visites guidées. La bonne idée? S’asseoir sur un des bancs installés sur la butte et profiter du paysage. www.fort-aubin-neufchateau.be

@D.R.

Fort d’Edegem

Se fier à sa façade de briques rouges pour le classer au rang de “classique” serait trop rapide. Un tour entre le bateau rouge abandonné dans les couloirs et les nichoirs à chauves-souris suffit pour comprendre que le Fort d’Edegem se distingue par son originalité. Cinquième
fort de la ceinture de huit construite autour d’Anvers à la fin du XIXe siècle, il abrite depuis 2013 un hub créatif appelé Bolwerk. Du coworking dans un “bastion du futur”, ça vous parle?

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Fort Lillo

Si Fort Lillo a été bâti à partir de 1580 face à celui de Liefkenshoek pour fermer l’Escaut et garder l’entrée de la ville, il a été depuis démantelé. L’endroit conserve quelques vestiges classiques de forts (talus, douves et caserne), mais il est devenu un magnifique hameau avec sa place, son port, ses antiquaires, ses cafés et restaurants et même son bureau des douanes. Dans l’estomac bruyant de l’ogre portuaire d’Anvers, ce bout de terre est un havre de paix. www.fortengordels.be

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Fort Napoléon

Il a servi de défense française contre l’Angleterre, a été transformé en prison pendant la guerre franco-prussienne, a été doté d’éclairage par les Allemands en 14-18. Abandonné en 1945 et rénové en 2000, il abrite un musée auquel on accède via une passerelle métallique et un mur en verre dont la modernité apporte une certaine fraîcheur. La terrasse panoramique donne sur les dunes d’Ostende, d’où s’échappent des petits sentiers qui offrent un contraste saisissant entre le fort, la mer et les buildings en construction. Pour les voyageurs en train, l’idéal est d’emprunter la navette fluviale qui part du Visserskaai pour atteindre le site. www.fort-napoleon.be

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Fort de Chaudfontaine

Fortement équipé en armes à la fin du XIXe siècle, le Fort de Chaudfontaine ne résiste pas plus de deux jours lors de la Première Guerre mondiale et tient une semaine lors de la Deuxième. Il est ensuite la cible d’actes de vandalisme, mais il tient bon. Situé au sommet de la vallée de la Vesdre, il a vu passer un club de tir et est occupé par une ASBL proposant un escape game, du splashball et des parcours d’aventure sur le thème de Fort Boyard. Pour tous les âges. www.fortaventureevents.be

@D.R.

Fort de Marchovelette

Dans les bois qui séparent les villages de Cognelée et de Boninne, le Fort de Marchovelette est un exemple de camouflage. Les moins attentifs passeront même à côté de sa tour de guet située en bordure du champ d’une ferme boninnoise. “Le génie y a longtemps fait des exercices de nuit, explique Jacques Vandenbroucke. À ma connaissance, le site est toujours propriété de l’armée. Les coursives sont accessibles pour déambuler, mais s’aventurer au centre est périlleux.” Il est possible de longer le fort via une promenade qui prend son départ à Cognelée et passe par un cimetière militaire de 14-18.

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