Pourquoi Internet est si lent?

De nombreux ménages luttent contre une connexion instable ou trop lente. En cause: certains manquements sur le réseau couplés aux mauvais choix des internautes qui privilégient le Wi-Fi. Demain, tout devrait aller mieux. 

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Sur Teams, la vidéo se bloque. Vous soupirez et, tout de suite, vous comprenez. Dans la pièce d’à côté, votre moitié a débuté sa visioconférence alors que vous n’avez pas terminé la vôtre. Or votre réseau n’est pas assez performant pour supporter tout ce trafic. Ou bien c’est votre ado qui suit son cours à distance, à moins qu’il ne fasse semblant d’étudier et regarde plutôt un live sur Twitch ou des vidéos ultra HD sur YouTube. Depuis un an de confinement et de télétravail, ce scénario est devenu le quotidien de milliers de foyers qui peinent à obtenir une connexion à la fois stable et rapide. C’est d’autant plus frustrant que les publicités à la télévision française promettent des débits dix fois plus rapides que chez nous pour la moitié de ce qu’on paie en Belgique. En Europe, l’accès à Internet est depuis 2013 un “service universel” au même titre que la poste et le téléphone. La législation belge oblige ainsi les opérateurs à fournir une vitesse minimum de 1 Mbps (mégabit par seconde), soit la vitesse de transfert nécessaire pour envoyer et recevoir des e-mails, ou surfer sur un site web basique. Sauf que dans le monde numérique plus qu’ailleurs, les usages évoluent si vite que ce minimum légal est déjà largement dépassé. “En principe, 4 Mbps suffisent pour regarder une vidéo en qualité standard. Si deux membres de la famille ont le streaming vidéo en même temps, vous avez besoin de 8 Mbps. Pour un flux Ultra HD, vous avez besoin de 15 à 25 Mbps par personne”, estime le porte-parole de l’Institut belge des services postaux et des télécommunications (IBPT) Jimmy Smedts.

Zones blanches

Sur papier pourtant, la Belgique devrait être capable de garantir ces usages à tous les clients. Certes, côté tarifs, les offres disponibles chez nous sont généralement moins bonnes que chez nos voisins européens même s’il “faut faire attention aux pubs françaises, car les vitesses annoncées ne sont généralement constatées que dans les grandes villes et non pas dans tout le pays”, prévient le gérant du comparateur télécoms Astel.be, Grégoire Bourguignon. Mais Proximus, Voo, Telenet… proposent tous une vitesse maximale d’au moins une centaine de mégabits par seconde et ont, dans certains cas, des connexions plus rapides encore grâce à des “boosts” ou la fibre optique (technologie qui permet une connexion plus rapide que le réseau classique en cuivre). Dans la plupart des cas, les ménages belges ne jouissent pas des performances maximales évoquées par les opérateurs. Parfois, ils en sont très loin. Ainsi, selon une étude du site indépendant Compare the Market, la Belgique se positionne à la 22e place du classement de la vitesse de connexion, sur 35 pays de l’OCDE. Pour télécharger une
heure de programme vidéo en streaming, cela prend chez nous en moyenne 4 minutes et 7 secondes. En Suisse, pays leader du classement, cela prend 2 minutes 9 secondes.

Demain, la révolution

Les performances du réseau varient beaucoup selon votre adresse, la densité de population dans votre quartier, la qualité du Wi-Fi ou simplement le forfait que vous avez choisi. Selon l’IBPT, en 2019, 926 foyers n’avaient pas encore accès à la vitesse minimum légale et près de 70.000 à du 30 Mbps, soit la limite pour qu’un village soit considéré comme une “zone blanche”. Ce qui, pour un ménage de trois ou quatre personnes, reste insuffisant pour surfer sereinement. Les milieux ruraux souffrent le plus. “Dans ces zones, il est coûteux de moderniser les réseaux de cuivre et câble existants, ou de déployer la fibre optique, car la densité de population y est généralement faible”, justifie Jimmy Smedts. Ce qui représente un problème, car il est question de l’intégration des familles dans la société moderne. À Bruxelles également, de nombreux foyers souffrent de leur connexion. “Le problème dans les villes est que Proximus a fait les bornes VDSL, les boîtes blanches au coin des rues, trop petites. C’est fréquent qu’elles soient pleines quand il y a trop de clients dans une rue. Proximus propose alors l’ADSL, une technologie plus ancienne et jusqu’à dix fois moins rapide”, explique Grégoire Bourguignon. Dans ces cas-là, vous pouvez vous rendre à la concurrence. Certains immeubles ne sont connectés qu’à Proximus, même si d’autres opérateurs sont actifs dans le quartier. Des travaux doivent alors être menés au niveau des copropriétés, ce qui n’est pas simple à organiser. Grégoire Bourguignon invite les télétravailleurs en premier lieu à optimiser leur réseau domestique. “Parfois, la connexion est mauvaise, mais ce n’est pas la faute de l’opérateur. Simplement, il y a des interférences. Je conseille de connecter son ordinateur de télétravail par câble plutôt qu’en Wi-Fi et de bien choisir son abonnement.

Projet de réforme

Les opérateurs et le ministère des Télécoms sont conscients de l’évolution exponentielle de nos besoins digitaux et des manquements qui irritent bon nombre de télétravailleurs. “Le débit actuel à 1 mégabit par seconde est complètement dépassé, confirme dans un communiqué la ministre De Sutter. Pour des applications telles que l’organisation d’appels vidéo, particulièrement importantes pour beaucoup d’entre nous à l’heure actuelle, une vitesse minimale doit être garantie pour ne laisser personne de côté dans la digitalisation.” Un projet de réforme est sur la table du gouvernement. Il prévoit l’indexation du tarif social pour l’Internet fixe destiné aux bas revenus qui concerne 215.800 bénéficiaires, afin de rendre Internet accessible au plus grand nombre. Car être connecté n’est plus un luxe. C’est devenu une nécessité pour trouver un emploi, travailler, étudier, s’informer et se divertir. Du côté des opérateurs, Proximus est en train d’équiper les rues bruxelloises de la fibre optique, ainsi que la plupart des villes wallonnes. Fin des travaux? 2026. Proximus prendra donc de l’avance sur ses concurrents? “Non, répond Grégoire Bourguignon. Le câble de la télédistribution utilisé par Voo ou Telenet est aussi puissant.

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