Le Black Friday ne connaît pas la crise

Alors que les commerçants attendent de savoir s'ils pourront rouvrir avant les fêtes, le Black Friday a déjà commencé. Et cette édition s'annonce mémorable, malgré les dégâts environnementaux, la précarisation de l'emploi et… les arnaques.

Black Friday, moment particulièrement intense pour les employés de dépôts et les livreurs. - BELGA

C’est la journée shopping que les amateurs de promos attendent impatiemment. Cette année, confinement oblige, le Black Friday se déroulera en ligne, sans pour autant affaiblir cette fièvre acheteuse. Que du contraire. L’édition 2020 pourrait battre un nouveau record de ventes, loin devant les 137,5 millions d’euros dépensés l’an dernier, grâce notamment à la crise sanitaire.

Né aux États-Unis, le « vendredi noir », devenue plutôt « la semaine noire », fait de plus en plus d’adeptes en Belgique. Près de six Belges sur 10 qui achètent parfois en ligne planifient un achat à cette occasion, selon les résultats d’une étude d’iVox commandée par le spécialiste du shopping Klarna. Et quelque 35% d’entre eux indiquent même qu’ils achèteront davantage cette année en raison du confinement. La fermeture des magasins non-essentiels joue bien évidemment un rôle, mais aussi le fait que le coronavirus a radicalement modifié les habitudes de consommation des ménages, se tournant désormais davantage vers l’e-commerce.

Record de pollution

Cette année, plus que jamais, cette opération marketing sera une réussite. Mais à quel prix? Car cette grande fête consumériste est lourde de conséquences pour la planète. En quelques jours, des millions de colis seront expédiés, parcourant des milliers de kilomètres et générant des gaz à effet de serre, principales causes du réchauffement climatique. Sans compter l’impact des retours et du gaspillage, engendré par cette journée qui encourage la surconsommation.

En opposition à ce Black Friday, plusieurs initiatives ont vu le jour ces dernières années pour promouvoir une consommation responsable. Parmi ces alternatives, on retrouve notamment le Green Friday et le Blue Friday. Les entreprises qui y participent ne proposent pas de réductions alléchantes, mais s’engagent au contraire à reverser un certain pourcentage de leurs chiffres d’affaires de la journée à des associations. « Notre objectif est de faire prendre conscience au consommateur de l’impact économique, social et environnemental de ses achats », explique Arabelle Rasse, de la fédération Ressources qui représente les entreprises d’économie sociale et circulaire. « Sans culpabiliser, nous souhaitons l’amener à se questionner et lui montrer que chaque geste compte et que cela peut faire la différence: emprunter, donner, réparer, acheter de seconde main… »

Le Black Friday profite aux gros et sacrifie les petits

Car le vrai coût de cette journée n’est pas seulement environnemental, mais aussi social. Derrière chaque clic se transformant en achat, il y a des petites mains qui s’affairent, des entrepôts à la livraison, pour satisfaire les clients. Ces salariés sont les premiers à subir la pression et la cadence imposée par ces temps modernes numériques, travaillant dans des conditions de travail jugées « inhumaines ». Ce vendredi, Amnesty International a d’ailleurs publié une compilation des pratiques douteuses d’Amazon en France, en Pologne, au Royaume-Uni et aux États-Unis, appelant le leader du commerce en ligne à respecter les droits humains de ses travailleuses et travailleurs.

Événement shopping incontournable, le Black Friday bénéficie à ces géants du e-commerce, au détriment des commerces de proximité, davantage encore alors que ces derniers sont fermés depuis le reconfinement. « Achetez localement et faites ainsi une différence importante », appelle le syndicat neutre pour indépendants (SNI). « On ne soulignera jamais assez à quel point les commerçants locaux auront besoin du soutien de tous les consommateurs pour survivre. »

Black Friday, journée de (fausses) promos

Ce qui dirige les consommateurs vers ce rendez-vous commercial, c’est bien évidemment le portefeuille. Pourtant, le Black Friday n’est pas toujours synonyme de bonnes affaires. « On constate qu’il y a des moments de l’année où certains prix sont beaucoup plus avantageux que ceux qui sont présentés » durant cette période, expliquait récemment Julie Frère, porte-parole de Test Achats, sur le plateau de RTL. L’organisation a d’ailleurs lancé un détecteur de fausses promotions, avec des prix barrés souvent supérieurs à ceux indiqués habituellement. Ce n’est pas un secret, certains commerçants gonflent le prix de leur marchandise pour donner l’impression que la réduction est plus importante. A se demander si le Black Friday en vaut vraiment la peine.

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