Comment tu t’appelles?

Profitons du confirnement pour nous intéresser à la psychologie du prénom. Quel poids a-t-il dans la construction de notre identité? Éclairage.

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Vous êtes-vous déjà demandé d’où venait votre prénom? Ce qu’il signifiait? La raison pour laquelle on vous l’a donné à votre naissance? Car notre prénom est notre première carte de visite. La première information qu’on livre de nous. Et ce prénom n’est pas anodin, c’est une partie de notre identité qu’on ne contrôle pas ou difficilement, car on le porte sans rien pouvoir y faire, et parfois on le  subit. Il est déterminant au point que l’on ferait bien de s’y intéresser un peu plus… Pour Nicolas Guéguen, chercheur français, la psychologie du prénom est un domaine très largement étudié de l’autre côté de l’Atlantique depuis le début du XXe siècle. Le prénom peut dire beaucoup de choses sur l’origine sociale et culturelle de la personne qui le porte, mais aussi sur le contexte et la période de sa naissance. Le déterminisme du prénom implique qu’il puisse influencer l’estime de soi, mais aussi une partie de la vie de celui qui en est baptisé dans un moment où se conjuguent sexe, milieu social et tradition familiale. La coutume qui consiste, dans certaines familles, à donner le même prénom masculin de père en fils ne vaut pas ou moins dans les cas de transmission de mère en fille.

Le regard des autres

Mais les prénoms peuvent véhiculer de lourds bagages remplis de clichés. Des clichés qui peuvent devenir insupportables ou agaçants. Exemple: Kevin. Très populaire au début des années 90, Kevin, si on se fie aux différentes sources, apparaît dans notre vocabulaire en même temps que deux Kevin au cinéma – Kevin interprété par Macaulay Culkin dans Maman, j’ai raté l’avion et Kevin Costner. Selon le site prenoms.com, plus de 14.000 enfants en France ont reçu ce prénom en 1991, soit la plus grande fréquence jamais enregistrée pour cette référence. Un prénom devenu marqueur social, avec ce que cela suppose de péjoratif. En 2018, l’âge moyen des Kevin est de 26 ans, pour beaucoup c’est le début de la vie active et ce prénom est parfois considéré comme un handicap… Écrivaine belge, Dominique Costermans s’est penchée sur la question du prénom et a publié Comment je m’appelle, un recueil de témoignages. “J’ai voulu voir ce que les gens pensent de leur prénom, explique-t-elle. Le prénom qui relève d’un déterminisme social, mais qui se vit différemment selon la façon dont on le revêt, le raconte et la distance qu’on prend d’avec lui.” D’Agnès à Zeina, Dominique Costermans recueille et retranscrit des récits de vie aux détails souvent très intimes. Roman personnel parfois rythmé par des détours à l’administration… “Le prénom, dit l’auteure, est une clé pour comprendre quelque chose sur le porteur, sur lui-même et sur ses origines.” Une enquête, à la fois sociologique, psychologique et sentimentale, dont l’intérêt a suscité la curiosité d’autres personnes, désireuses d’ajouter leur témoignage à ceux du livre. D’où la création d’un blog que Dominique Costermans anime afin de relayer cette parole sur le prénom qui titille l’imagination. Ce prénom qui est souvent interprété au point de croire qu’il détermine notre personnalité. “Tout le monde en racontant son histoire fictionnalise toujours, commente Costermans. Il y a un décalage entre la réalité et le sens qu’on a bien voulu donner à son prénom et cela se passe souvent sans le savoir, inconsciemment.” Une façon de jouer son propre rôle dans sa propre vie. Une manière de se présenter au monde et, peut-être, de donner un sens à son existence.

COMMENT JE M’APPELLE. PORTER UN PRÉNOM, DU DÉTERMINISME À LA LIBERTÉ, Dominique Costermans, Academia Littératures, 264 p.

Blog: dominiquecostermans.wordpress.com

 

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