Faire du sport avec un coach

Face aux salles de fitness encombrées, une alternative séduit des milliers de sportifs en herbe: le personal training. Ou le luxe de s’offrir son propre coach sportif.

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Selon les derniers résultats de l’Eurobaromètre de la Commission européenne sur le sport et les activités physiques, pas moins de 30 % des Belges de plus de 15 ans restent assis entre 5h31 et 8h30 par jour, et 29 % ne pratiquent aucune activité physique. Des chiffres qui peuvent interloquer, même si notre pays ne doit pas rougir face à des voisins encore plus sédentaires. Toujours selon la même étude, la moyenne européenne des personnes ne pratiquant aucun sport ou activité physique grimpe jusqu’à 46 %. Du côté des sportifs, 8 % des Belges déclarent pratiquer régulièrement une activité physique, et 41 % (contre 33 % au niveau européen) s’y adonnent occasionnellement. Près de la moitié de notre population serait donc active, ce qui pourrait expliquer la multiplication des clubs de fitness. Notamment l’inévitable groupe hollandais Basic-Fit, qui possède 700 clubs en Europe et plus de 170 clubs répartis en Wallonie, en Flandre et à Bruxelles. Mais également l’augmentation du nombre de coachs sportifs personnels, dont l’approche est sensiblement différente.

De la planification des entraînements au choix des exercices, en passant par l’accompagnement, l’analyse et la correction des mouvements, le coach personnel s’adapte à son client et non l’inverse. Une méthode efficace, mais qui n’est pas à la portée de toutes les bourses. La soudaine popularité des coachs personnels peut s’expliquer de plusieurs façons. À commencer par l’influence des réseaux sociaux. Si vous suivez des célébrités sur Instagram, il ne vous aura pas échappé que la plupart d’entre elles ont recours à des coachs personnels pour tonifier et raffermir leur corps et pouvoir enchaîner les selfies sur la plage, entre deux publications sponsorisées pour des jus détox et des gels blanchissants. Cette tendance, menée de front par Kim Kardashian West, s’exprime à travers des hashtags qui inondent les réseaux: #FitnessMotivation, #GetFit, ou encore le hashtag #PersonalTrainer, qui compte à lui seul plus de 27 millions de publications. Cet engouement pour le sport en tête-à-tête avec un spécialiste prend une telle ampleur que ce sont désormais les coachs qui deviennent des stars. Toujours sur Instagram, plus que jamais vitrine d’un monde idéal beau, bronzé et musclé, des entraîneurs comme Melissa Alcantara séduisent les utilisateurs. Avec près d’un million d’abonnés, la coach personnelle de la femme de Kanye West peut compter sur cette nouvelle popularité pour mettre en avant sa méthode de travail et son application de fitness. Un marché juteux sur lequel elle n’opère pas seule, puisque d’autres grands noms comme Chris Hemsworth, Cristiano Ronaldo ou Serena Williams participent eux aussi de près ou de loin à des applications similaires. Du côté des hommes, un autre phénomène inattendu met un coup de projecteur sur le travail des coachs personnels: le succès des films de super-héros. On peut assister à des transformations physiques incroyables, par des acteurs qui se doivent d’obtenir au plus vite des tablettes de chocolat pour endosser le costume de leur personnage. Le comédien américano-pakistanais Kumail Nanjiani, bientôt à l’affiche de The Eternals de Marvel, a surpris la Toile en publiant en décembre dernier une photo où ses muscles saillants font oublier le standupper chétif qui faisait des blagues sur les scènes des clubs new-yorkais. Dans le message accompagnant la photo, un nom sort du lot. Celui de son coach, Grant Roberts.

S’affranchir des machines

Mais au fait, en quoi consiste le personal training? Contrairement au CrossFit, autre grosse tendance qui combine l’haltérophilie, l’endurance et la force athlétique, un coach sportif ne cherche pas à repousser les limites de son coaché, mais bien à lui apprendre à réaliser correctement les exercices adéquats pour obtenir des résultats visibles. Qu’il s’agisse de posture, d’endurance, d’une perte de poids, d’une prise de masse musculaire ou d’une simple remise en forme, le personal training permet de s’adapter aux besoins du client, le plus souvent sans recourir à des machines. À l’aide de kettlebells, de smash balls, d’élastiques et de cordes, les entraînements veillent à faire travailler l’entièreté du corps. Très vite, des mots barbares viennent enrichir le vocabulaire du coaché. Burpees, squats, lunges, thruster: autant de termes qui prouvent à quel point les machines sont souvent superflues. Loin du bruit ambiant des salles de sport traditionnelles, où s’entraînent des dizaines d’abonnés sur des tapis de course, des rameurs et des vélos elliptiques, le personal coaching est au sport ce que le yoga est à la méditation. Un moment pour soi, sans distraction, permettant d’atteindre plus rapidement des objectifs réalistes. Même si de grandes chaînes comme Basic-Fit tentent de rivaliser, en proposant une sélection de personal trainers dans une poignée de clubs, ces coachs 2.0 opèrent généralement à leur propre compte. Une exclusivité qui fait naturellement flamber les prix. À raison de deux séances de une heure par semaine, il faudra débourser entre 500 et 1.000 euros par mois, selon la notoriété du coach. Une somme non négligeable, mais synonyme d’un savoir-faire qui se monnaie, sachant qu’en matière de santé, les offres les plus alléchantes le sont souvent au détriment d’une absence d’accompagnement ou d’un manque de connaissance. Autant d’arguments qui pourraient attirer les 800.000 Belges actuellement inscrits dans une salle de sport.

@D.R.

Paroles de coach…

Installé dans la région de Mons, Leroy Daie promet à ses clients d’exploiter leur plein potentiel. Adopter une meilleure posture, mieux bouger, développer la perception de son propre corps dans l’espace et transférer ces acquis dans la vie de tous les jours, cela nécessite pour Leroy Daie bien plus qu’une machine.

Quel est l’avantage d’un coach personnel?
LEROY DAIE – Avoir un suivi adapté. Avoir une personne à tes côtés qui te booste, c’est important. D’autant que son expertise dans le domaine empêche de faire n’importe quoi, voire de se blesser.

Vous êtes passé par des salles classiques avant de lancer Daie’s?
Oui, et le problème auquel je me suis heurté, c’était de ne pas pouvoir proposer une expérience de coaching qui correspondait à ma vision. Je voulais proposer mon environnement de travail, plus orienté sur la pratique du mouvement. Petit détail: il n’y a pas de miroirs dans ma salle. Ici, on se concentre sur soi et son propre développement, et pas sur le regard des autres.

Vous travaillez d’ailleurs, comme beaucoup de coachs personnels, sans machines. Uniquement avec des poids libres, des élastiques et des cordes…
Sur le long terme, travailler avec des machines ne représente que très peu d’intérêt. Il faut savoir qu’une salle de sport traditionnelle n’offre pas un service de coaching, c’est de la location d’appareils de musculation et de cardio. Certes, le risque de se blesser est faible, il suffit de s’asseoir et d’adapter la charge, et ça ne nécessite pas de présence humaine. Mais cela peut malgré tout entraîner des troubles articulaires, posturaux et tendineux. Notre approche du fonctional training, c’est-à-dire travailler dans les trois plans de l’espace, permet d’apprendre à mieux utiliser son corps.

Est-il difficile de trouver un coach sportif digne de confiance?
Je pense qu’il n’y a pas de mauvais coachs. Il y a simplement des gens qui manquent d’informations et de connaissances. Certains sont issus d’un domaine relié à la santé, comme préparateurs physiques ou kinésithérapeutes, et s’improvisent coachs. Mais la grande différence, c’est le côté humain. Un coach incarne une certaine forme d’exemple, mais ne doit jamais être dans la démonstration physique.

Comment s’y retrouver dans la multitude d’offres qui pullulent en ligne?
Il existe des formations reconnues (notamment la Physical Coaching Academy – NDLR). Ensuite, grâce aux réseaux sociaux, on peut déjà connaître le parcours du coach en question. Cela donne un bon aperçu de son activité. Les témoignages en ligne sont également un bon indicateur. S’il s’agit de son activité principale, cela se ressent facilement, par le contenu qu’il mettra forcément en avant sur son site ou sur Facebook et Instagram.

Comment expliquer le succès que rencontre le personal training ces dernières années?
Les gens sont de plus en plus conscients de l’importance de la santé, tout en étant de plus en plus sollicités, par leur travail ou leur famille. Le personal training permet de s’accorder un peu de temps rien qu’à soi, sans être trop chronophage. Faire appel à un expert permet de gagner du temps. Ton programme d’entraînement est pris en charge. Le client ne doit penser à rien.

Pourtant les prix restent relativement élevés…
C’est un investissement, c’est vrai. Et il y aura toujours des gens qui trouveront ça trop cher. Tout dépend des priorités de chacun: acheter une nouvelle voiture, un nouveau smartphone, ou investir dans son bien-être.

Quels sont les prix pratiqués en Belgique?
En moyenne, une séance individuelle d’une heure coûte plus ou moins 50 euros. En petit groupe, on tourne autour des 15 ou 20 euros. Évidemment, cela varie d’une région à l’autre. Mais ce n’est rien comparé aux prix pratiqués notamment en Angleterre, où cette activité est bien plus développée que chez nous.

Existe-t-il un profil type de client?
Les personnes qui viennent me voir ont trois points communs: elles veulent tonifier leur corps, être plus en forme et avoir plus d’énergie. Il n’y a pas d’âge pour ça et autant de femmes que d’hommes. On s’adapte à la personne que l’on a en face de nous. Mais les gens qui viennent chez nous sont rarement des novices. Soit ils ont déjà eu un coach, soit ils ont déjà été clients d’une salle “classique”.

Justement, des groupes comme Basic-Fit ou Jims sont-ils des concurrents?
La sédentarité est le seul concurrent de l’ensemble des acteurs du fitness. Une personne qui ne veut pas bouger ne sera ni attirée par du personal training, ni attirée par les offres des salles de sport. Le développement des salles à bas coût n’est pas une mauvaise chose. Ça permet d’attirer les gens, de leur faire pratiquer une activité. Certains pourront ensuite se dire “O.K., j’ai fait le premier pas, je passe à l’étape supérieure” et contacteront un coach personnel.

Il n’y a donc pas de concurrence entre coachs?
Je souhaiterais que les acteurs du personal training soient plus tournés vers l’échange et le partage des expériences que dans l’espionnage ou la copie. C’est quelque chose qui existe, et que l’on constate tous les jours. Mais je suis persuadé que la multiplication de l’offre reste globalement une excellente chose.

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