Visitez l’expo Antarctica en famille

Profitez des vacances de Carnaval pour découvrir Antarctica, au Musée des Sciences naturelles de Bruxelles. Sur et sous l’eau, immersion garantie au pays des glaces et des territoires sauvages et inexplorés de l’Antarctique. 

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Cris, galopades, exclamations, chuchotements ou silence sidéré… Entre les cloisons des différents espaces, les réactions varient en fonction de l’âge. Antarctica fait carton plein. Scénographiée à hauteur d’enfant, l’expo qui voyage à l’extrême sud de la terre équilibre courtes séquences informatives et larges plongées visuelles. Bienvenue dans le paradis blanc, où aucun humain n’habite (sauf dans les stations scientifiques), mais pourtant densément peuplé. Observer et documenter, sur et sous l’eau, les évolutions d’un des plus beaux écosystèmes de la planète, c’était la mission de l’équipe d’explorateurs, scientifiques, cinéastes, photographes et plongeurs partie en 2015 à 15.666 kilomètres d’ici.

Le pôle Sud compte 60 ans de présence scientifique, 35 expéditions par voies de terre, mer ou séjours en stations. Ses objectifs? La gestion rationnelle du territoire, une cartographie de la biodiversité et l’étude des conséquences des processus dus au réchauffement climatique. C’est que les calottes glaciaires s’effritent à un rythme rapide. Déjà, des crabes venus d’Amérique du Sud se retrouvent en terre australe: le froid de l’hiver les empêche de rester en vie, pour le moment. Mais qu’arrivera-t-il lorsque la température se réchauffera? Autre constat: les manchots ont faim. Ils ne trouvent plus assez de nourriture et commencent à souffrir de la pluie, à laquelle leur duvet est inadapté.

Autre particularité du milieu naturel de l’Antarctique, stable depuis des millions d’années: peu d’espèces survivent en surface mais des milliers se sont développées sous l’eau, particulièrement des invertébrés. 20.000 dieux sous les mers L’expo se visite comme un exercice de plongée, littéral. Premier espace: matos. Malles, combis, appareils scientifiques, ordis, carnets de notes, avec ambiance sonore en prime. Ensuite? Aperçu de la minutieuse préparation – 6 heures – des plongeurs de l’extrême, équipés des dernières technologies. Contraste saisissant souligné par la juxtaposition de deux films projetés côte à côte: lourdeur de l’attirail humain contre extraordinaire agilité des animaux, manchots et phoques naturellement équipés, eux, pour passer d’un environnement à l’autre, leurs fonctions corporelles se modifiant en quelques secondes.

Passage de la blancheur étincelante de la banquise à l’obscurité bleue glacée des fonds marins: derrière une tenture, les espaces suivants, plongés dans la pénombre, favorisent la découverte des images collectées projetées sur grands écrans. Les spectateurs s’installent sur des grands coussins posés à même le sol, les enfants s’y couchent, ou jouent. Les sublimes images défilent dans une gamme de bleus de plus en plus intenses. Vélocité de la faune sous-marine: pataud sur terre, le manchot se fait oiseau volant sous la surface de l’eau. Les gestes des plongeurs en apparaissent d’autant plus lents. Ils ne resteront que quelques minutes à une centaine de mètres de profondeur et mettront deux heures à remonter par paliers, pour respecter les phases de décompression.

Point d’orgue de la présentation, deux montages d’images exceptionnelles dévoilant la richesse de la vie sous-marine. Ils s’appréhendent à travers des “hublots”, comme des lunettes, découpés à des hauteurs diverses et chacun trouvera celui à sa mesure. Le dispositif réintroduit une certaine distance entre les milieux filmés et le spectateur, dans un aller-retour entre les fonds marins glacés et la salle d’exposition et son environnement tempéré. Un regard indiscret sur un monde insoupçonné et fascinant, déroulant sous la lumière braquée par les plongeurs des paysages lunaires ou follement débridés jusqu’ici restés invisibles dans l’obscurité éternelle des profondeurs. Protégés depuis des millénaires par le courant marin circumpolaire, dont le flux continu est désormais menacé, les fonds océaniques révèlent des créatures à la beauté fantastique, parfois au bord de l’effroi, quelques-unes des 9.000 espèces répertoriées (il y en aurait bien plus), poissons, mollusques, crustacés, algues, coraux ondulant ou performant des ballets somptueux.

Dépassant l’imagination, fées clochettes luminescentes, êtres étranges à la mollesse répulsive ou hybrides invertébrés fluo composent des tableaux surréels et renversants, que certains enfants refusent de regarder. Il faut ensuite s’arracher à la fascination, sortir de l’eau, se réacclimater. Retour sur la banquise et à la faune terrestre. Parmi les huit espèces d’oiseaux présentes en Antarctique, les manchots empereurs restent dans leur adroite maladresse les plus touchants, leur sortie de l’eau recelant un haut potentiel comique. Parce que n’ayant jamais côtoyé l’homme, ils se laissent filmer sans peur. C’est dingue, ils se reconnaissent à la voix, chacun la sienne.

Jusqu’au 30/8. Muséum des Sciences naturelles, rue Vautier 29, 1000 Bruxelles.

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Antarctique, beau et fragile

La fin du voyage proposé par l’exposition Antarctica rappelle clairement et sans lourdeur la pression accrue due au changement climatique, à la pêche au krill (petite crevette) et au tourisme qui commence à se développer vers cette terre plus tout à fait vierge. Depuis la signature d’un traité, le 1er décembre 1959, l’Antarctique appartient à tout le monde et à personne à la fois. Réserve naturelle, il peut accueillir des recherches scientifiques libres et pacifiques. Mais son accès est limité afin de préserver so  environnement sauvage unique et vulnérable. Le 25 septembre dernier, le Giec posait un très mauvais diagnostic sur son état de santé. Il est une des régions les plus touchées par le changement climatique, et ce qu’il s’y produit a, et aura, des conséquences sur le reste du monde. La fonte de ses glaces provoque l’élévation du niveau des mers. Dernière piqûre de rappel: la Belgique (notamment) s’est engagée à limiter le réchauffement à 1,5° d’ici à 2050, mais peine à adopter des mesures concrètes.
 

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