Nos conseils pour une mémoire au top

Au moment où débute le pénible épisode du blocus pour les uns et des examens de fin d’année pour les autres, focus sur l’entretien de sa mémoire. Car, épreuves d’université ou pas, l’oubli, ça se soigne et la mémorisation, ça s’entretient.

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« Je l’ai sur le bout de la langue… » Cette sensation de mot qui ne vient pas, on l’expérimente souvent. Mais on commence vraiment à s’inquiéter quand cela semble se répéter. Pas de panique. Dans son livre La mémoire, comment la conserver et la développer, le docteur Marc Schwob rassure. Ces petites pannes surviennent à tout âge, au rythme d’environ une fois par semaine. On constate que la fréquence augmente avec les années, mais ce n’est pas nécessairement un signe de déclin. “C’est un phénomène transitoire et sans conséquence, insiste-t-il. Mais il génère une frustration intense. Or, 96 % des mots oubliés sont retrouvés, souvent de manière inattendue.” Pourquoi ça arrive? “Souvent, cela survient lorsqu’on doit traiter un trop grand nombre d’informations. Si l’on a trop d’éléments, on se perd.”

Exemple: “Dans quel livre se passe cette scène, où un pharmacien jalouse le médecin, et la femme se retrouve dans une calèche avec son amant qui a un grand château”. Dans 5 minutes, quand on n’y pensera plus, le destin tragique de Madame Bovary ressuscitera dans nos méninges. “Notre cerveau peut aussi se braquer sur des mots écrans, qui bloquent l’émergence de la vraie notion. L’agacement, la conviction que la bonne réponse est sur le point d’émerger sont aussi l’origine même du blocage.” Pas de panique, donc.

Sébastien Martinez, champion de la mémoire, dénonce les outils numériques dans son livre La mémoire est un jeu. Il constate avec les neurologues que ces outils nous donnent la sensation d’avoir  tout le savoir en poche. Dès lors, nous mémorisons beaucoup moins. On a montré depuis plusieurs années que la mémoire change: le cerveau retient où il a trouvé l’information plutôt que l’information elle-même.

Autre poison… La distraction. Depuis que vous avez ouvert les yeux, combien de fois avez-vous regardé l’écran de votre portable? Êtes-vous capable de répondre à cette question? Consulter l’écran devient un réflexe et une addiction, car les like ou les messages génèrent des émotions, le plaisir de récompense. On mémorise plus le “coucou” reçu sur WhatsApp que le rapport d’activité qu’on est en train de traiter! Si le plaisir et la motivation sont des ingrédients indispensables pour retenir un contenu… prenons-en dans cet exercice. Plus facile à dire qu’à faire? Sébastien Martinez insiste sur le timing. On se concentre trop longtemps! Une attention intense ne dure jamais plus de 50 minutes. Après, vient la descente. On sature. “Il faut s’arrêter quand on est encore attentif, positif, pour avoir envie d’y retourner. Découpez le temps de travail en séquences de 25 minutes, entrecoupées de 5 minutes de pause.” Quels autres empêcheurs de mémoriser en rond peut-on noter? La fatigue, le stress, le manque d’exercice physique, l’alimentation déséquilibrée, les jeux vidéo, la dépression, certains médicaments, l’hypertension, les soucis cardiovasculaires…

Les signes qui peuvent alarmer

Il est normal d’oublier ses clés, de ne plus savoir où on a garé sa voiture au parking ou d’être incapable de se rappeler le prénom du collègue que l’on a croisé à la cantine la semaine précédente. Ces processus font appel à la mémoire à court terme… Les spécialistes ont listé des attitudes qui sont, elles, plus problématiques car elles manifestent une atteinte de la mémoire sémantique (à long terme): avoir des difficultés à faire deux choses à la fois (alors qu’on y arrivait avant); se perdre dans des endroits familiers; ne pas reconnaître immédiatement des proches; répéter les mêmes questions; ne plus connaître le mode d’emploi d’objets quotidiens (machine à laver…); oublier la fonction de certains objets; se perdre dans les liens familiaux; ranger des choses dans des endroits farfelus (la télécommande au frigo…). Si certains de ces symptômes se répètent, consultez votre médecin généraliste (avant de foncer chez le neurologue). Et, surtout, ne paniquez pas. Tous les spécialistes sont d’accord avec le docteur Anne Corbett de l’Alzheimer Society: “Si l’état de votre mémoire vous inquiète, c’est bon signe!” Les patients souffrant d’alzheimer ne viennent généralement pas consulter d’eux-mêmes. Ce sont les proches qui remarquent les troubles et les amènent.

Des neurones de champion

Pour évaluer votre mémoire immédiate, testez-vous avec ces séries de chiffres. Tentez de les mémoriser, puis de les restituer après une dizaine de secondes. Si vous échouez, réessayez avec la deuxième série. Si, à nouveau, vous n’arrivez pas à restituer l’ordre, c’est que vous avez atteint les limites de votre empan de mémoire immédiate.

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La moyenne est de 7 chiffres. Mémoriser sans sens est extrêmement difficile. Dans une conférence TedX à Clermont, Stéphanie Mazza, chercheuse à l’université de Lyon rappelle l’efficacité des moyens mnémotechniques: “Essayez de mémoriser 2 7 1 2 9 3. Pas évident… Au contraire de 27 décembre 93, c’est plus facile”. Faites également appel à l’imagination. Sébastien Martinez procède, lui, par associations d’idées et surtout d’images visuelles. Comment retenir que Tirana est la capitale de l’Albanie? “En se fiant aux sons. Tirana m’évoque un piranha. Albanie, bannir. Je visualise un petit piranha banni de son clan. Tout seul. J’imagine l’eau froide… Pour retenir la situation géographique de l’Albanie, j’associe sa forme à une carotte. J’imagine le piranha mangeant la carotte.” C’est pareil pour un visage: associez le prénom à une image. “Catherine m’évoque un chat. Je visualise Catherine avec un chat sur la tête.”

Pour ne pas bloquer en blocus

Un élève sur 5 prendrait des cures de compléments alimentaires pour booster sa mémoire. Ces gélules sont surtout actives sur la fatigue (et par l’effet placebo). Si vous cherchez des solutions pour vraiment faciliter l’étude, préférez plutôt les techniques d’experts. Pour le “par coeur”, inspirez-vous du quotidien des acteurs. Cédric Coomans, comédien dans différentes langues: “J’ai joué une pièce qui était un vrai casse-tête, Leave A Comment, constituée de commentaires d’internautes sur Youtube, dans trois langues, en français, néerlandais, anglais. Il n’y avait aucun lien entre les phrases, mais les infos se répétaient, dans des formulations différentes. J’ai utilisé une méthode de logopède. J’ai d’abord bien lu tout mon texte. Puis je l’ai retranscrit, en condensé: j’ai écrit toutes les phrases, mais en ne conservant que la première lettre de chaque mot (et la ponctuation). Cet exercice m’a aidé à intégrer le contenu. Ensuite, j’ai utilisé exclusivement cet aide-mémoire. Très vite, mon cerveau a rempli les blancs. J’avais une empreinte visuelle en tête, ça a été beaucoup plus facile”. Pour les usages orthographiques, recopier trois fois un mot après la dictée n’est pas efficace (d’autant que l’enfant rêvasse en grattant ses lignes). La rééducation logopédique adopte une autre approche, multisensorielle: d’abord, écrire le mot, une fois, en grand; ensuite, le cacher; puis tracer les lettres dans le vide, avec le doigt; épeler tout haut; réécrire; contrôler qu’on l’a bien orthographié.

Fabrice Hambersin, professeur en droit d’auteur à la Haute École Albert Jacquard, coache régulièrement ses étudiants à la mémorisation. “La première chose que je conseille dans un cours théorique à application pratique est de ne jamais bosser la veille. En droit, chaque mot compte. Et on ne peut pas compter sur sa mémoire à court terme, parce qu’on risque de tout mélanger! La bonne méthode requiert deux temps d’étude. Il faut se laisser le temps de digérer. Je conseille de d’abord faire des résumés. Puis de se balader en répétant mentalement ce qu’on a vu. Ensuite, relire. Le sommeil est aussi un allié précieux. Le soir, avant de dormir, c’est bien de revoir ce qu’on a abordé la journée. Puis on rêve sa matière. Et le matin, avant de se lever, on fixe en répétant une nouvelle fois avant de passer à la suite.”

Pour l’apprentissage des langues, Delphine Nahoé, professeur de français langue étrangère à l’EPFC et formatrice à l’UCL, sonne le glas des colonnes de vocabulaire: “Les méthodes les plus innovantes travaillent le vocabulaire par le mindmapping. Les mots sont classés par thématique. Tout au long du cours sur un sujet, chacun construit sa carte en ajoutant progressivement les termes, rangés suivant le domaine. Exemple, pour le logement, on va noter chambre à coucher, puis ajouter table de nuit, garde-robe… On ajoute les synonymes, les adjectifs descriptifs (calme, sombre…). Certaines mindmaps sont illustrées. C’est visuel et participatif. Et surtout, quand on étudie une langue dans la langue, sans recours à la traduction, on reste immergé dans cette langue”. Pour les formules, règles, dates… Affichez! En marge des exercices, Sonia Lévêque, prof de maths, conseille de profiter de son espace… “Affichez dans les toilettes, dans la chambre, en fond d’écran, les formules à retenir, le métalangage, etc. Chaque fois qu’on rêvasse, les yeux se posent dessus…” Enfin, pour l’histoire ou les sciences, réexpliquez ce que vous venez d’apprendre à quelqu’un qui n’y connaît rien. Cela transfère la matière, l’ancre dans des liens logiques et surtout des souvenirs émotionnels gratifiants (l’autre a compris grâce à moi).

En Belgique, les services de neurologie de 12 grands hôpitaux du pays sont dotés de Cliniques de la mémoire. Infos: inami.fgov.be (sous-section Établissements et centres de soin, Centres spécialisés).

La mémoire est un jeu, ce qu’il faut savoir pour tout savoir, Sébastien Martinez, Premier Parallèle, 259 p.
La mémoire, comment la conserver et la développer, Marc Schwob, Odile Jacob, 292 p.
Mémoire et réussite scolaire, Alain Lieury, Dunod, 208 p.

Potasser en musique?

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Les ados proclament que Lomepal les booste pour travailler. Les musicologues voient en Mozart un booster de neurones. Alain Lieury, dans son livre Mémoire et réussite scolaire, fait le point: “Seule la musique vocale est gênante pour la mémorisation. La musique instrumentale ne diminue pas la performance de façon significative par rapport aux conditions d’apprentissage en silence”. Mais elle ne l’améliore pas spécialement non plus. Par contre…“L’apprentissage de connaissances, histoire, français, biologie baisse très fortement (entre 67 % et 37 %) en condition d’écoute de musique vocale et de télévision. […] Les mots des chansons ou de la télévision sont traités et stockés dans la mémoire lexicale et la mémoire sémantique, qui font alors deux choses en même temps (mémoriser et écouter la chanson). Il y a concurrence cognitive.” Retenez aussi qu’un élève obtient en moyenne 13 sur 20 lorsqu’il a appris dans le calme. Mais seulement 9 ou 8 lorsqu’il travaille devant la télé.

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