Passez un dimanche ensoleillé dans la région de Roubaix

La Villa Cavrois redéploie depuis quelques années tout le charme de sa modernité. À (re)découvrir si près d’ici.

@DidierPlowy

Le lieu-dit Beaumont sur les hauteurs de Croix, près de Roubaix, est un quartier au chic discret. Dès la fin du XIXe siècle, la bourgeoisie industrielle y a établi ses résidences. De grandes bâtisses de style normand à colombages y pointent leur toit derrière de hautes haies. Avec sa terrasse, son belvédère et sa tourelle, qui lui donnent une allure de paquebot, la Villa Cavrois tranche dans le paysage. Quelques marches et nous voilà dans un long couloir, sur lequel s’ouvre un vaste salon-hall envahi de clarté. Comment résister à cet appel?

De là, la vue plonge sur un miroir d’eau de 72m de long, constituant la colonne vertébrale du parc auquel la teinte verte des murs du salon fait écho. Un hasard? Il n’en est rien. Ici, à la Villa Cavrois, tout a été pensé, construit. Et restauré également. Car si l’histoire de ce lieu est celle d’une belle complicité entre son commanditaire Paul Cavrois, un riche industriel du textile, et l’architecte Robert Mallet-Stevens qui y oeuvra de 1929 à 1932 , cette histoire dément aussi la chronique d’une mort annoncée grâce à une restauration colossale conduite par l’État français, propriétaire des lieux dès 2001, et le Centre des monuments nationaux.

Depuis 2015 en effet, après des années de travaux dont le coût a atteint les 23 millions d’euros, la Villa revit et exhibe une architecture qui, à l’époque, avait fait l’objet de sarcasmes et de commentaires, la qualifiant de “folie Cavrois” ou de “péril jaune”! Paul Cavrois n’avait pourtant rien d’un fou. S’il choisit l’architecte Mallet-Stevens, plutôt un “dandy” comme on dit alors, c’est pour l’avoir rencontré à l’Exposition des Arts décoratifs et industriels à Paris. Et parlé avec lui, alors ou après, de la Villa Noailles édifiée par Mallet-Stevens à Hyères, dans le Var. Et aussi des hôtels particuliers construits par le même architecte dans une rue parisienne qui porte aujourd’hui son nom.

On évoque aussi le Palais Stoclet, édifié à Bruxelles par Josef Hoffman, une référence pour Mallet-Stevens, né à Paris en 1886 dans une famille d’origine belge. Cavrois doit aussi avoir entendu parler des décors de films réalisés par l’architecte pour le cinéaste Marcel L’Herbier. Quoi qu’il en soit, l’industriel se laisse convaincre. Et la construction d’une villa moderniste est lancée. Son concept tient en quelques mots: “Demeure pour une famille vivant en 1934: air, lumière, travail, sports, hygiène, confort, économie”.

@DidierPlowy

Résolument moderniste

Attentif à tout, s’occupant de tout, de la cuisine, des poignées de porte, de l’éclairage, de la couleur des murs, des cache-radiateurs, de la TSF diffusée dans toute la maison, des chromes utilisés dans les salles de bains, des horloges électriques encastrées, de la salle de jeux des enfants, du bassin de natation (27 m) attenant à la maison, Mallet-Stevens recourt aux meilleurs artisans et spécialistes dont, pour l’ascenseur, le célèbre designer Jean Prouvé. Il invente ainsi un lieu adapté à la vie moderne d’une famille aisée avec pour leitmotiv la sobriété et l’abolition de l’ornementation au profit de l’élégance des matériaux.

Cela fait de cette habitation de 3.800 m2 , dont 1.840 m2 de surface habitable et 830 m2 de terrasses, une œuvre totale et un manifeste de l’architecture moderniste, dont la cohérence et la pureté sautent aux yeux tout au long du parcours. Pourtant, ce joyau faillit disparaître. Occupée entre 1940 et 1944 par les troupes allemandes, la Villa subit de graves dégâts. Réintégrée par la famille, elle est vendue en 1985 au décès de la veuve de Paul Cavrois à une société souhaitant lotir le parc. Levée de boucliers! Classée en 1990 mais délaissée par le propriétaire, elle est pillée, squattée. L’État finit par la racheter. Les marbres sont vandalisés. Des arbres poussent sur les terrasses…

Commence le difficile travail de restauration. Une partie du mobilier d’origine est racheté en salle de ventes ou est reconstitué sur base de rares documents ou vieilles photos, les propres archives de l’architecte ayant été détruites à sa demande après sa mort en 1945. De tout ce travail, la “matériauthèque” installée au sous-sol rend bien compte. Intéressant aussi d’avoir gardé une pièce de la Villa dans l’état du début des travaux. Depuis sa réouverture en 2015, le public peut ainsi mesurer concrètement le chemin parcouru après 12 ans de chantier, ayant mobilisé plus de 230 ouvriers représentant 18 corps de métier. Mais la Villa, considérée comme un chef-d’œuvre de l’entre deux-guerres, le valait bien. Comme elle vaut bien une agréable et belle escapade.

VILLA CAVROIS, Avenue Président John Fitzgerald Kennedy 60, 59170 Croix (près de Roubaix). Fermé le mardi. www.villa-cavrois.be

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