Le Kazakhstan, un nouveau coin de paradis

Les Diables Rouges se déplacent ce dimanche au Kazakhstan. L'occasion de visiter ce pays qui ne manque pas d'atouts pour devenir la prochaine destination touristique tendance.

almaty-6

Cet article a initialement été publié dans la version papier de notre magazine le 12 décembre 2018

Le Kazakhstan fait cinq fois la France. Il est le plus grand pays d’Asie centrale et le 9e État le plus imposant au monde. Situé entre la Russie au nord, la Chine à l’est et l’Europe à l’ouest, il se contente cependant du statut de Petit Poucet à l’échelle mondiale depuis la chute de l’URSS et son indépendance en 1991. À ce jour, les touristes étrangers sont peu nombreux à se rendre dans ce qui est pourtant un véritable bijou naturel. Nous en avons croisé une dizaine seulement en un mois sur place. Mais cela est en train de changer.

Loin de Borat

Le ministre des Investissements et du Développement Zhenis Kassymbek a mené une grande enquête sur l’impact de l’exemption de visa depuis le 1 er janvier 2017 pour les pays de l’OCDE, dont fait partie la Belgique. Résultat: le tourisme intérieur est en hausse de 6 % depuis un an. Ceux qui se rendent au Kazakhstan généralement ne reviennent pas déçus. Le pays a tout pour plaire et ne ressemble en aucun point au portrait dressé par Sacha Baron Cohen dans Borat, cette fiction documentaire mettant en scène un soi-disant Kazakh homophobe, sexiste et antisémite dans un pays arriéré et barbare.

Vexé, le dictateur “éclairé” (comme il se qualifie lui-même) Noursoultan Nazarbaïev a d’ailleurs fait interdire le film en ses terres. Sous la neige l’hiver dans les stations de ski ou le soleil de plomb du sud l’été, le géant oublié impressionne, dès l’atterrissage à Astana dans un aéroport ultramoderne. La “nouvelle” capitale (rebaptisée… Noursoultan cette année, NDLR) sortie de nulle part dans la steppe du nord dans les années 90 s’est rapidement imposée dans le paysage. Ici, les anciens bâtiments de la vieille ville ont 25 ans. Le centre tout neuf brille de ses couleurs et de ses lumières une fois la nuit tombée. On citera le Bayterek, cette tour de 97 mètres de haut terminée par un globe de verre représentant un œuf d’or pondu par l’oiseau mythique Samruk censé contenir les secrets du bonheur, et le palais présidentiel, véritable symbole de puissance du Kazakhstan nouveau.

Hormis Astana, les grandes villes ne valent pas vraiment la visite, même si les bazars de Chimkent, point de départ du versant ouest des nouvelles “routes de la soie” instaurées à l’initiative des Chinois pour atteindre l’Europe et l’Afrique facilement, valent l’expérience du marchandage de vêtements faits main ou d’imitations de marques bien connues. Ou pour goûter quelques plats traditionnels à 2 ou 3 euros seulement, tous à base de viande, et du lait de chamelle. Les musulmans et les férus d’histoire religieuse, mais pas que, apprécieront aussi.

L’islam est la religion de plus de 70 % de la population. Ce qui explique le nombre impressionnant de mosquées plus belles les unes que les autres, avec au moins trois coups de cœur: la mosquée dorée Nur-Astana dans la capitale et la mosquée centrale de marbre blanc à Almaty. Le géant d’Asie centrale renferme par ailleurs un lieu de pèlerinage très populaire jusqu’en Turquie: Turkestan. On y trouve en plus de vieilles mosquées dont une souterraine, le mausolée Khoja Ahmad Yasawi, le premier grand sage musulman du monde turc, datant du XIVe siècle.

© Nicolas Sohy

La mosquée dorée Nur-Astana dans la capitale – © Nicolas Sohy

Plus beau que nature

Mais si le Kazakhstan attirera bientôt les foules, c’est surtout grâce à sa nature incomparable. On ne parle pas des steppes, qui sont dans le fond peu impressionnantes. Mais de la mer d’Aral ou de la mer Caspienne, du désert de Sauran et de ses vestiges archéologiques, des réserves naturelles Aksou-Jabagly ou Sairam-Ugam dans le sud de Chimkent, du lac de Bourabaï à la frontière russe, de la vallée de Karkara et des lacs artificiels de Kolsay à l’est d’Almaty, ainsi que du Charyn Canyon, sorte de réponse méconnue au Grand Canyon américain où il est possible de camper plusieurs jours ou de loger dans une yourte de luxe aussi confortable qu’une chambre d’hôtel.

Certes, ce pays de seulement 18 millions d’habitants traîne ses casseroles. Au pouvoir depuis 28 ans, Nazarbaïev le dirige d’une main de fer et un culte de la personnalité très fort. Il suffit de se rendre dans n’importe quelle ville pour s’en rendre compte. Toutes possèdent des avenues Nazarbaïev. Il a en outre baptisé l’université nationale de son nom, tout comme l’aéroport d’Astana, et apparaît sur de très nombreuses affiches de “communication”, ou de propagande, dans l’espace public. Amnesty International ne dit pas autre chose en dressant ce triste bilan: 700 cas de présumées tortures dans des centres de détention. L’organisation dénonce en plus régulièrement des arrestations de journalistes ou d’opposants politiques, des emprisonnements d’”opinion”, de la corruption à tous les étages et le mauvais traitement des femmes.

Ce n’est pas la volonté des habitants qui manque pour tout changer, ils sont fatigués par la corruption. Ceux qui acceptent de parler politique et droits de l’homme sont cependant exceptionnels. Il a fallu nous tourner vers Jan, 16 ans à peine, qui ne nous a pas servi un discours consensuel du type “on est fiers de notre président”. À Chimkent, il explique: “On se fait contrôler sans raison et on est obligés de payer des agents de l’État pour qu’ils nous laissent tranquilles. La corruption est partout. Même à l’école! Si votre enfant n’a pas de bons résultats, vous pouvez payer les profs, et il en a de meilleurs. On l’observe tous les jours”. Un discours renforcé par le dernier rapport de l’OCDE qui incite le pays à réformer sa législation pénale afin de la conformer aux normes internationales et à renforcer l’intégrité de son administration publique.

Langage et environnement

Une réalité qu’en tant qu’étranger, nous ne rencontrons pas. Pour cause: le tourisme est un atoutéconomique qu’on ne peut négliger. Le gouvernement se montre d’ailleurs très dur envers ceux qui dissuaderaient les visiteurs. Se rendre sur place pourrait au contraire aider le pays à aller mieux, tout en profitant d’un paysage inédit et, à ce jour, loin des foules touristiques qu’on cherche sans cesse à éviter. “Les gens traversent les continents, car ils veulent de nouvelles impressions et expériences. Le Kazakhstan est parfait pour cela”, explique Kuat Tanysbayev, président de l’association des hôtels et restaurants et ancien président du Comité national du tourisme. ”Nous avons une vision jusqu’en 2020. On prévoit de créer bien plus d’infrastructures pour faciliter la vie des touristes et allons développer encore plus de lignes directes vers les pays d’Europe.” Mais pour réussir cette mission, et le gouvernement dit en être conscient, il faut agir sur deux fronts.

Le premier est la langue parlée. Les Kazakhs ont leur propre langue nationale et parlent dans un second temps le russe, en héritage de la période soviétique. Sur place, tout est écrit en russe et rares sont les locaux qui s’expriment en anglais. Pour attirer un public européen, les jeunes apprennent désormais la langue de Shakespeare à l’école. Le second est le développement d’un tourisme plus respectueux de l’environnement. Aujourd’hui, les agences touristiques n’y font encore que trop peu attention, au point – c’est du vécu – d’abandonner les déchets d’un pique-nique au sommet de montagnes sans s’interroger sur ce type de comportement.

© Nicolas Sohy

Kolsoi – © Nicolas Sohy

Bientôt Disneyland

Rashid Kuzembaev, le président du Bureau national du tourisme, est évidemment conscient de ces enjeux, et de l’importance du tourisme pour l’économie d’un pays jamais considéré comme une “puissance”. Avec une superficie de 2,7 millions de kilomètres carrés, le territoire a la place pour accueillir de très nombreux visiteurs et construire les infrastructures adéquates. Dans un communiqué officiel, il explique: “Les voyageurs, quand ils choisissent leur destination, le font d’abord, pour 60 % d’entre eux, par Internet. C’est pourquoi nous allons développer notre communication digitale à destination des Occidentaux”. Il annonce également vouloir encourager la création d’hôtels et d’hôtels de luxe ou encore la tenue de festivals en tout genre. Il y a peu, il annonçait en outre un gros coup, à la surprise générale: “À travers le monde, il y a d’intéressants projets comme Disneyland. Nous programmons une implantation dans la région d’Almaty”.

Si vous aimez les destinations “loin des touristes”, mieux vaut vous presser pour voir le Kazakhstan comme il est, dans toute son authenticité.

Sur le même sujet
Plus d'actualité