Partez en balade dans le Condroz-Famenne

Entamé en 2017, Sentiers d’art propose désormais une grande randonnée artistique à travers six communes du sud de la province de Namur.

 

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À Braibant, petit village de la commune de Ciney, l’ancienne gare est désormais habitée. Son parking constitue le point de départ idéal pour rejoindre un petit sentier qui s’échappe directement dans les bois puis les champs. Un peu plus loin, sur la gauche du sentier, Levitas. À flanc de colline, enchâssée avec un arbre, cette cabane à deux étages attire l’oeil et la curiosité. Sur la plateforme supérieure, à deux bons mètres de hauteur, le lieu incite à la méditation et à la délectation de la splendide vue sur les bois et le village voisin d’Achêne.

Levitas fait partie des sept abris artistiques des Sentiers d’art. Tout randonneur peut s’y reposer la nuit avant de reprendre la route de ce parcours long de 145 kilomètres. Sentiers d’art en Condroz-Famenne se tortille à travers les communes de Ciney, Gesves, Hamois, Havelange, Ohey et Somme-Leuze. Il est adapté aux promeneurs – ou aux vététistes malgré quelques passages plus compliqués. “Lorsque Gesves a rejoint le réseau “Tourisme Condroz-Famenne”, on a imaginé de créer un sentier de grande randonnée qui s’étendrait à l’ensemble du territoire, explique Julie Riesen, directrice de la Maison du tourisme Condroz-Famenne (MDT). En 2017, on a commencé par installer dix oeuvres sur une distance de 40 kilomètres. Puis on a avancé progressivement en travaillant tronçon par tronçon.”

Lors du dernier appel à projets, diffusé dans toute l’Europe, 104 artistes ont envoyé leurs candidatures. 17 d’entre elles ont été retenues. “On voulait des oeuvres pérennes, capables de vivre 5-6 ans, précise Julie Riesen. Les abris, eux, devaient avoir une espérance de vie d’une grosse dizaine d’années.” Grâce notamment à des subsides du Programme wallon pour le développement rural, les artistes concernés sont venus en résidence dans le Condroz pour travailler leur création. L’Autrichien Beni Atmüller a fignolé à Ciney son Light From The Forest, une structure de branchages sous forme d’étoile; le Bulgare Dmitry Krivonosov a installé à Havelange son arbre au faciès proche de celui d’une femme aux cheveux mouillés; les Estoniens Tiiu Kirsipuu et Kalle Tiisma ont quant à eux terminé Triskele, leur espace rituel en bois, à Gesves.

@D.R.

Des sentiers pas trop battus

Les réflexions autour des oeuvres sont diverses. Triskele est un lieu “où l’on peut se reposer, penser à la vie et au temps, regarder et écouter la nature”, Cloud Tree de Krivonosov symbolise le renouveau et la liberté, Light From The Forest “est une ode à la force de la lumière qui nourrit les arbres de nos forêts”, comme le décrivent les artistes. À la sortie de Gesves, l’œuvre Arbres poumons est constituée de six arbres posés à l’envers sur leurs racines. Leurs auteurs belges Michiels Vestraten et Shirin Azad ont voulu rappeler que “les arbres sont les fabricants d’oxygène et que, sans la forêt, aucune vie n’est possible sur terre”. Le lien avec la nature est omniprésent. Avec le local aussi, puisque tous les matériaux proviennent du coin.

“Il existe différents petits itinéraires artistiques dans le Brabant wallon et du côté de Chimay, mais le concept de la randonnée mariée à la culture est plutôt unique”, se réjouit Julie Riesen. Pittoresque, le sentier longe tour à tour des rus, des prairies, de la roche, quelques résidences à l’architecture en pierre typique de la région… Au lieu-dit de la Croix Waillet, à Sinsin, la vallée est tellement profonde qu’il est impossible de cerner où se limite le panorama. Trois bourgeons en bois de trois mètres de haut ont pris leurs quartiers. Ils sont au centre de la boucle “Heure-Nettinne”, une des onze proposées par la MDT pour profiter du spectacle sur des distances plus courtes, de 6 à 15 kilomètres. Un must pour les familles, même si contrairement au sentier principal, ces boucles ne sont pas fléchées. “On ne voulait pas exagérer le balisage, explique Julie Riesen. Il faut d’ailleurs faire attention à suivre uniquement nos balises, des rectangles rouges où il est indiqué “Sentiers d’art”.” Référencée sur le site, l’application SityTrail semble moins efficace: elle ne mentionne pas les sentiers… Qu’à cela ne tienne, sur place, le fléchage est plutôt précis – quand il l’est moins, une bonne lecture de la carte règle l’affaire – et les parkings sont situés à distance respectable des oeuvres, histoire de profiter des sentiers. Les réalisations sont sans chichis, simples. Parfois même trop.

À l’approche de Sorée, La chaise brûlée est un bûcher géant et noir qui ne déconcerte pas le passant, mais qui mise beaucoup sur sa légende. “En 1652, Marie Orban a été accusée de sorcellerie et condamnée au bûcher. Cette oeuvre est un mémorial en hommage aux victimes de l’obscurantisme.” Un couple de marcheurs quadras passent assez rapidement devant. Ils sont du coin. “On en avait un peu marre des marches Adeps, donc on se réjouit d’avoir découvert ce sentier pour voir notre région autrement”, lance madame. Dans le même temps, son compagnon jette un oeil sur la carte qu’il a soigneusement entourée de plastique pour la protéger d’une pluie qu’il ne verra pas ce dimanche. “On s’est garés de part et d’autre du tronçon que l’on veut faire aujourd’hui. Notre objectif, c’est de faire tout le parcours en plusieurs fois.” Dans une région où le principal pôle touristique est le Domaine de Chevetogne, ces Sentiers d’art résonnent comme une belle alternative écologique et culturelle. “Les visiteurs qui viennent ici sont essentiellement des promeneurs, reprend Julie Riesen. Ce circuit est une manière de faire vivre la région différemment, surtout que nous renseignons des restaurants, des chambres d’hôtes et des boutiques du terroir sur nos cartes.” Quand les Vallées des Saveurs tiennent toutes leurs promesses.

Les cartes, avec détails des oeuvres et des abris, sont disponibles sur www.sentiersdart.be ou à l’Office du tourisme de Ciney.

 

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