Découvrir Tournai autrement

Emmenée par le regard de deux artistes - Dany Danino et Daniel Locus -, la promenade Intersections fait redécouvrir le patrimoine d’exception de la ville.

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Le tourisme culturel a le vent en poupe. Il suffit de voir chez nous et ailleurs le nombre d’ “art tours” qui drainent un public gourmand d’architecture, de peinture, de patrimoine en péril ou sauvé de justesse. À Tournai, initiée par trois historiens de l’art, Robin Legge, Jeanne François et Lola Pirlet, la démarche mise sur le dialogue. Dialogue entre une dizaine de lieux emblématiques et deux artistes contemporains – Dany Danino, Daniel Locus – invités à s’y produire. Graveur, peintre, dessinateur, bien connu notamment pour sa technique de dessin au Bic, Dany Danino a sillonné pendant près de trois ans les rues de Tournai avec le photographe et vidéaste Daniel Locus. Le but pour l’un et l’autre? Sentir l’atmosphère d’une ville qui n’est ni celle où ils ont grandi ni celle où ils vivent. S’imprégner de l’architecture de Tournai, de son histoire deux fois millénaire, de ses pavés, de ses places. Et puis y aller, investir les lieux. Une dizaine. Au Tamat, Centre de la Tapisserie, des Arts muraux et des Arts du tissu, célèbre pour ses collections de tapisseries du XVe siècle et contemporaines, on se perd dans les voiles sérigraphiés du Vent d’Arcay de Danino tout en s’immergeant dans la vidéo Drapé de Locus. Au Musée des Beaux-Arts, écrin de l’histoire de l’art conçu par Victor Horta, Danino réinterprète le célèbre tableau des Derniers honneurs rendus aux comtes d’Egmont et Hornes signé du peintre tournaisien Louis Gallait. Locus y réalise, lui, d’interpellantes natures mortes de fleurs… Rien n’empêche évidemment le visiteur d’en profiter pour jeter aussi un oeil sur un Monet, un Manet, un Seurat, un Breughel que le musée renferme… Au Musée d’Histoire militaire, Dany Danino est parvenu à placer sur une croix nazie un aigle déchu, à l’agonie, tandis que Locus ne livre en photo qu’un seul nom sur fond noir, celui d’une bataille, Fontenoy. En parcourant ces lieux, on voit combien le titre – Intersections – de cette Triennale de l’art contemporain prend son sens.

Se promener, s’étonner

À l’entrée du Musée du Folklore, une fresque en céramique aux contours bleu et blanc, œuvre pérenne de Danino, évoque la porcelaine de Tournai et l’ancienne citadelle de la ville. Et dans le fabuleux Musée d’Histoire naturelle et Vivarium, c’est au milieu des antilopes, mouettes et girafes, qu’on rencontre des dessins d’animaux de Danino et, avec un égal bonheur, une vidéo de Locus qui a pu repérer en ville, sur des affiches, vitrines, sculptures, une faune inimaginable. Si la cathédrale (classée au patrimoine de l’Unesco) n’est pas reprise dans le circuit, il ne faut pas louper pour ce premier volet l’église Saint- Jacques. Danino y représente un gigantesque Christ, au Bic, tendu sur un immense voile en trois parties. Au sol, intersection et poésie obligent, une vidéo de Locus diffuse une unique phrase: “espace de liberté-liberté de pensée”. Pour tirer pleinement parti de ce trip arty, il faut encore passer ou repasser par l’Office du tourisme. Dans ses caves médiévales, ni Danino ni Locus n’ont oublié que Tournai est fille de l’Escaut. On le voit, le menu est riche, intense. Pour vivre des intersections vraiment inspirantes, reste donc à trouver son rythme, reprendre quelquefois son souffle sur un banc ou une terrasse de l’élégante cité. Ou revenir… Ce bel été est on ne peut plus propice à une démarche urbaine de ce type.

INTERSECTIONS, TRIENNALE D’ART CONTEMPORAIN, jusqu’au 22/9. Un pass 10 € donne accès aux dix lieux concernés. Infos et point de départ de la balade: Office du tourisme, place Paul-Émile Janson 1. 0496/39.32.71. www.triennaleintersections.be

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