Escapade à la côte d’Opale, de pied en caps

À une heure de notre frontière, ce littoral plein de contrastes charme les adeptes de slow tourisme, de sports nautiques et d’histoire. Une escapade vivifiante. 

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En cette fin de printemps et tout l’été, Calais abrite In Praesentia, la carte blanche offerte au styliste belge Olivier Theyskens. Le créateur qui a officié pour Nina Ricci et Rochas et habillé Madonna y dévoilera tout son talent, dans son univers rockmantique immédiatement reconnaissable. Un beau moment à voir à la Cité de la dentelle et de la mode dès le 15 juin (135 quai du Commerce – www.cite-dentelle.fr). Mais aussi l’occasion est trop belle de vagabonder quelques jours dans la région. 70 % des touristes de la Côte d’Opale sont belges (selon les chiffres de 2013 des offices du tourisme).

Ce coin de mer et de terre nous parle, et pas seulement parce qu’il est si proche. Déjà, diront les narquois, il faut être belge pour partir en vacances dans des stations balnéaires du Nord, pour prendre du plaisir à déambuler sur des plages battues par le vent, emmitouflé dans un ciré, à écouter les vagues tenter de mordre vos pieds puis à boire une blonde – locale – en terrasse à 20°C en été. Si le soleil pointe souvent son nez, le beau temps n’est jamais garanti dans le Pas-de-Calais (le mercure affiche néanmoins quelques degrés de plus que chez nous).

Pas de beau temps mais toujours du temps beau. C’est un peintre écrivain post-impressionniste, Édouard Lévêque, qui a donné son nom à cette bande de littoral, pour le caractère changeant de sa lumière. Ça lui va bien. Les routes y serpentent sous des nuages à la Turner, troués de rayons ou de bleu cristallin. Un matin brumeux laisse place à un après-midi radieux. La première raison d’aller s’y perdre est de se mettre de l’air plein les yeux. 

Un décor préservé

C’est où, la Côte d’Opale? Les définitions varient… Pour certains, les Dunes des Flandres, zone littorale autour de Dunkerque, n’en font pas partie. Pour d’autres, pas question de s’enfoncer dans l’intérieur des terres, tant pis pour Saint-Omer… La Côte d’Opale est (é)mouvante, jusque dans sa géographie. L’appellation la dessine de la frontière belge à Berck, soit 120 km jalonnés par les villes de Dunkerque (90.000 habitants), Calais (75.000 habitants) et Boulogne-sur-Mer (45.000 habitants). L’intérêt par rapport à notre Kust, pourtant bien aimée, est que les zones Natura 2000 et sites protégés y sont nombreux.

Pas de barres d’immeubles en béton pour en défigurer les rivages. Le concept de plage s’y décline sous toutes ses formes: galets, rochers, falaises, étendues de sable… De quoi construire des châteaux ou des pyramides de cailloux zen, faire courir les chiens (quand ils sont autorisés) ou s’envoler les cerfs- volants, s’initier à la marche nordique ou au surf, cueillir des moules ou observer les côtes anglaises, explorer des bunkers ou faire des cumulets dans les dunes, lire un bouquin en bikini ou visiter un musée, guindailler au carnaval ou sortir ses plus beaux habits pour lécher les vitrines du Touquet…

Des plaisirs contrastés, intemporels, qui rappellent des souvenirs ou construisent ceux des générations futures. La réalité est aussi charmante et inspirante que les cartes postales. Pourtant on ne va pas se mentir, à l’intérieur des terres, la réalité du pays des chtis nous rattrape. La région a souffert et souffre encore de la fermeture de ses usines. Les ronds-points incendiés par les gilets jaunes en témoignent. Elle compte aussi deux ports industriels majeurs: Boulogne, premier de France pour la pêche et Dunkerque, troisième pour le commerce. Le tunnel sous la Manche et les migrants taraudent les consciences à Calais. Les abords des villes, comme partout en France, sont défigurés par les hideux centres commerciaux géants (et, péché de consommation vite pardonné, d’intéressants outlets près de Calais). La Côte d’Opale n’est pas une bulle à touristes. C’est un lieu vivant, habité, préservé, mais en prise avec la modernité. Toute la modernité.

De belles rencontres

Le Nord, ce sont les gens, ces Flamands qui nous ressemblent et nous accueillent à bras ouverts, prêts à partager leurs bons plans. Oui, la bonhomie que l’on pensait stéréotype n’est pas une légende (tout comme l’accent). On en profite, en suivant les guides. Le mouvement new-yorkais des greeters s’y est d’ailleurs bien implanté. Le principe? Pour sortir des visites impersonnelles et privilégier le dialogue, des locaux passionnés proposent des balades, thématiques ou pas, dans leur commune. Seul, en famille ou en groupe, on fait le plein d’anecdotes, on découvre le bon itinéraire, celui que Google Maps ne proposera jamais, on capte un peu l’essence d’un village. Circuit thématique Belle Époque à Wimereux, VTT à Stella Plage, tour à vélo à Montreuil-sur-Mer, rando nature entre les Deux Caps, remontée dans l’histoire au Portel ou à Ambleteuse, tour derrière les remparts de Boulogne-sur-Mer, on trouve de nombreuses formules, suivant les centres d’intérêt des différents greeters, que l’on peut également sélectionner suivant leur localisation. Gratuit, aussi beau en vrai que sur le papier, mais à réserver à l’avance sur www.greeters62.com (chaque guide a sa propre page où on peut le contacter en direct).

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Très vite, au bord de l’autoroute, les panneaux “Parc naturel régional des caps et marais d’Opale” fleu- rissent. On arrive au lieu star: Les Deux Caps, classé Grand Site de France depuis 2011 (il en existe 15, dont le Mont-Saint-Michel ou la Pointe du Raz). Les caps, ce sont deux avancées dans la mer, les points les plus proches de l’Angleterre. Entre les deux, une route carrossable dans les champs, ou un chemin vallonné le long des falaises (la promenade est longue mais magique). Attention, privilégiez les jours de temps maussade. Par soleil, les curieux et cars de touristes sont nombreux. On détaille…

Blanc-Nez et Gris-Nez

Le cap Blanc-Nez. Le plus jeune, reconnaissable à ses falaises de craie blanche datées du crétacé, qui culmine à 132 m. Son panorama à 360° donne un aperçu des campagnes, de la baie de Wissant, des monts du Boulonnais et même des frontières. Les pelouses entretenues par des moutons présentent encore des traces d’obus de la Deuxième Guerre mondiale et les inévitables blockhaus (il en reste également sur les plages, à explorer comme dans la série Le petit Quinquin, même si c’est officiellement peu recommandé). Avertissement: la quête de fossiles dans les falaises jurassiques fragiles est désormais prohibée. Il en affleure toutefois parfois…

Le cap Gris-Nez. Plus ancien, il culmine à 50 m et remonte au jurassique. Près du phare qui le surplombe, on aperçoit l’Angleterre par temps clair. Sinon, on observe les oiseaux et les nombreux bateaux. Les plus chanceux verront les fameux phoques (on avoue, on les attend toujours). Entre les deux, s’étale la baie de Wissant, hotspot absolu des kitesufers, avec ses 12 km de sable fin battu par le vent d’ouest. Puis les cordons dunaires et les rochers propices à la pêche à pied (renseignez-vous sur les zones autorisées auprès des offices du tourisme des villages). À l’arrière, s’étend la zone dite des Trois Pays, dévolue à l’agriculture. Pour y aller, l’Eurostar dépose à Lille, où les trains Intercités permettent de rejoindre les stations principales, qui rejoignent les villages plus modestes par un bon réseau de bus. Une liaison en bus est également possible depuis Bruxelles.

Plus d’infos: www.cote-dopale.com

Cette article est issu de notre magazine papier du 24/04/2019. Disponible en librairie.

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