Escapade à Spa, la perle de l’Ardenne bleue

Entre peignoir de bain et chaussures de marche, l’Ardenne bleue a tout pour séduire. Spa? Un conte de fées que l’Unesco pourrait bientôt consacrer. Reportage au pays de l'or bleue.

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« Ici, on est tout le temps en vacances. On a un patrimoine de fou pour une ville de 10 000 habitants”, s’exclame Olivier Colle, l’animateur vedette de Vivacité et Spadois. Il habite au cœur de la ville, un peu en hauteur. “J’ai une vue sur l’église, le Pouhon, les thermes de la colline d’en face”, se réjouit-il en indécrottable amoureux de sa ville semi-rurale et à taille humaine. “Les curistes viennent pour l’eau, le vent et l’air”, ajoute-t-il en signalant que la première attraction spadoise, ce sont les promenades dans les bois, dans les Fagnes. Dans la foulée, on prend avec bonheur un verre au retour d’une marche et on s’attable à une table de brasserie ou même dans un restaurant gastronomique. “L’eau de source” ou “L’hôtel de la reine” ont décroché récemment un Bib gourmand.

Ici, tout coule de source

Spa est “la perle” de l’Ardenne bleue, une région créée autour d’un projet touristique allant de Welkenraedt à Ovifat. “L’Ardenne bleue est née vers 2001 de la réflexion de plus de quatre-vingts opérateurs de l’arrondissement de Verviers. C’est à la fois l’Ardenne et l’eau qui est notre or bleu. On a les lacs de la Gileppe, Robertville, des rivières et les thermes”, explique Annie Brever, directrice de l’intercommunale Aqualis. L’Ardenne bleue est donc une région assez jeune, que les automobilistes connaissent pour les panneaux que l’on découvre le long de l’autoroute quand on passe dans le coin. “Spa est notre produit d’appel. On aurait pu choisir Herve et Aubel avec leurs vergers, mais c’est moins connu”, ajoute Annie Brever.

Spa ne mérite pas le séjour qu’au moment des Francofolies, qui déplacent les foules depuis 1994, ou du Festival royal de Spa, l’événement théâtral du pays qui se déroule chaque année en août. Ici tout coule de source, y compris l’eau minérale de Spadel. C’est en 1583 que l’eau de Spa a été mise en bouteilles et exportée pour la première fois. Elle était déjà célèbre. Aujourd’hui, Spadel, entreprise 100 % belge, est le leader incontesté du marché des eaux embouteillées au Benelux avec ses marques Spa et Bru. Chaudfontaine, sous le contrôle américain de Coca-Cola, complète l’offre, surtout dans les restaurants.

L’eau de Spa, souterraine, présente une rare pureté originelle. Elle s’investit aussi à fond dans le développement durable, a allégé de 45 % sa bouteille en plastique et imprime ses étiquettes à l’encre végétale. Une eau tellement pure et orientée vers l’écologie qu’elle a gagné le “prix Nobel” des eaux minérales parmi 2 000 marques d’eau en Europe.

« Essayez l’original « 

Au cœur de Spa, l’imposant bâtiment des anciens thermes datant de 1870 a été classé comme patrimoine exceptionnel de Wallonie mais est interdit d’accès depuis deux ans. De vastes travaux viennent de démarrer pour transformer les lieux en un hôtel de 87 chambres avec des commerces et un parking souterrain. “On va tout refaire à l’identique à l’intérieur”, explique Paul Mathy, l’échevin des travaux qui promet “un petit bijou”. Des bains jusqu’au casino, tout sera réaménagé avec une chaussée rétrécie pour mettre “les bains” en valeur. “C’est là que sont nés le bien-être mondial et le thermalisme moderne”, ajoute-t-il, fier.

Une journaliste du Washington Post vient de conter cette découverte. Son article est intitulé “Aller dans un spa? Essayez l’original, en Belgique”. Sylvie Bigar voulait s’offrir un spa et c’est Spa qui s’est affiché dans sa recherche sur le Net. Un avion et deux heures de train plus tard, voilà l’Américaine, spécialiste des voyages, dans la ville thermale. Pour elle, tout s’est révélé parfait. “Certains disent qu’il y a 25 sources, tandis que d’autres en comptent jusqu’à 300 disséminées dans les collines”, rapporte-t-elle. Elle s’enthousiasme devant cette belle histoire qui fit de Spa “le café de l’Europe” tant le beau monde s’est retrouvé ici par les siècles passés.

Pour eux, Spa s’est développée, explique la journaliste, avec le Parc de 7 Heures, le Pouhon Pierre le Grand (une source d’eau ferrugineuse au goût âcre, légèrement pétillante, que l’on déguste toujours aujourd’hui, uniquement en étant sur place), les bains, les promenades, les kiosques, ces villas Belle Époque… Et puis, “des médecins anglais, à leur retour en Angleterre, ont ajouté le nom Spa aux sources locales aux propriétés similaires, Et c’est ainsi que le nom est devenu générique”.

Spa, ce label mondial

“Spa était un simple village, difficile d’accès au cœur de ses collines. Dès le XVIe et le XVIIe, les visiteurs y ont pourtant afflué. On les appelait les bobelins. C’était une moquerie qui vient du wallon et veut dire “nigauds” pour désigner ces gens élégamment vêtus dans un village boueux”, conte Gaëtan Plein, artiste et guide touristique de la ville. La visite phare de l’époque fut celle du tsar Pierre Ier de Russie (Pierre le Grand) qui arriva pour un séjour d’un mois en 1717 sur la recommandation de son médecin, il fut apparemment guéri de sa maladie du foie. Le rêve s’est propagé. “À l’époque, vous aviez toujours la chance de rencontrer une personnalité. La reine Christine de Suède, Alexandre Dumas ou Casanova sont venus à Spa.

Il a fallu le chemin de fer, l’arrivée de la classe moyenne pour que le thermalisme se popularise jusqu’à celui que Spa offre aujourd’hui, le “thermoludisme”. Pour une version plus chic et plus intime, on optera pour les thermes de la ville d’à côté, ceux de Chaudfontaine. Pour lancer la saison touristique wallonne, le ministre René Collin (cdH) vient de passer la journée à Spa, un peignoir sur le dos. “C’est le vêtement typique de la personne en villégiature dans une ville thermale”, rapporte Gaëtan Plein qui porte le peignoir à plus d’une occasion.

Spa fait partie d’une série de onze villes d’eaux d’Europe, comme Vichy en France ou Bath au Royaume-Uni, qui cherchent aujourd’hui à se faire reconnaître ensemble comme patrimoine mondial de l’Unesco, l’organisation des Nations unies. Ces lieux témoignent des soins médicaux prodigués à l’aide d’eaux minérales et thermales. “Malgré sa surface de 40 km2, Spa possède tous les attributs d’une ville thermale authentique: nombreuses sources agrémentées de pavillons décorés, complexe thermal, parcs publics et promenoir couvert, hôtels de grande envergure, très nombreux sentiers de randonnée, un des premiers casinos au monde, théâtre et salles de bal, golf, aérodrome…”, défend l’épais dossier concocté pour séduire l’Unesco, appuyé par une pétition. En 2021, les experts rendront le verdict final qui pourrait différer d’une ville à l’autre. “Ce serait une consécration”, approuve Olivier Colle.

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