On a été au Festival de l’érotisme de Bruxelles

Puisque Tinder et YouPorn sont devenus des médias de masse, Éros contre-attaque et revient avec une idée du sexe qui ne vise pas nécessairement sous la ceinture. Tiens donc...

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Oh my gode. Sur l’un des stands sadomasochistes du Festival international de l’érotisme de Bruxelles – le plus grand salon européen du genre -, tous les regards obliquent vers cet énorme godemiché monté sur vérin hydraulique. Qui renvoie davantage à l’imaginaire d’Orange mécanique qu’à celui de Cinquante nuances de Grey, d’ailleurs. Un ange passe. Nue comme un ver dans un corps d’adolescente, une trentenaire surgit sur ses talons aiguilles, affublée d’un masque de chat en latex, et capte alors toute l’attention. Plus loin, un bar sert le breuvage The Order of Yoni, la première bière vaginale au monde… Une énième lubie dans la veine des Vapeur Cochonne et autre Petite Vertu qui n’ont de coquin que le nom? Non. “Cette bière a été brassée à partir de bactéries vaginales prélevées sur des mannequins tchèques et polonais”, rectifie la serveuse. Gloups. En 2019, l’érotisme n’est donc pas (toujours) là où on l’attend.

“Cette année, confirme Jocelyne Badie, organisatrice du salon, la tendance est au food et au cosmétique. Huiles de massage, bougies aphrodisiaques, miel érotique… Sans oublier les sextoys bien sûr, mais aussi la lingerie coquine qui monte clairement en gamme. On remarque aussi que de plus en plus de femmes visitent le salon.” La concurrence est pourtant féroce. Sur les dix mois de l’année – décembre, juillet et août sont traditionnellement off -, on dénombre en effet pas moins de sept salons de l’érotisme en Belgique. “Le public y est toujours aussi nombreux (10.000 visiteurs sur cet événement bruxellois – NDLR), mais on a de plus en plus de mal à trouver des exposants car la rentabilité n’est plus ce qu’elle était.” La faute au Net et son offre abondante en la matière. En ce compris ses “camgirls” qui concurrencent désormais la partie live – les shows érotiques – de ces salons. La faute aussi aux exploitants de salles qui n’ont plus envie d’associer leur nom à ce type de manifestation.

Voilà pourquoi le salon bruxellois, organisé par le passé à la Pyramide Rogier ou aux Caves de Curreghem, se décentralise aujourd’hui au Kart Expo de Grand-Bigard. “C’est beaucoup plus impersonnel et glauque”, peste Martin, 41 ans, qui arpente depuis quelques années ce salon avec sa compagne pour “pimenter leur vie sexuelle”.

Un piment de plus en plus ludico-consumériste ? “Les sextoys ne cessent de gagner en popularité”, confirme Didier Dillen, journaliste et auteur de plusieurs livres sur le sexe, dont le dernier – Sex’traordinaire: mille et un faits incroyables et hilarants sur la sexualité et l’amour – sortira au mois d’avril. “Ce succès suit l’évolution des commerces spécialisés, qui a vu les sex-shops un peu glauques et très masculins laisser la place à des love-shops plus glamour et souvent tenus par des femmes. Avec la mise en avant du plaisir clitoridien, les femmes prennent aujourd’hui en main leur sexualité et deviennent des consommatrices.” Des jouets coquins féminins qui ne sont d’ailleurs plus uniquement conçus par des hommes. Qui se la jouent connecté, bio, vegan et stimulent même aujourd’hui les deux partenaires en même temps. Voilà pour la partie mercantile. Car l’érotisme est surtout affaire d’imagination et de sensualité.

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