Et si en plus de faire la leçon au Qatar, on se préoccupait un peu des humains en Belgique ?

En matière d’accueil des réfugiés, la Belgique a été condamnée 7.000 fois par ses propres tribunaux.

crise des réfugiés en Belgique
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Mercredi, sous le nez d’Infantino, empereur de la Fifa et VIP permanent de Doha, notre ministre des ­Affaires étrangères a porté le maillot des Diables, l’écharpe du supporter et le message One Love qui fait tant débat. Notre équipe nationale a aussi posé dans sa tenue d’entraînement, interdite parce qu’elle évoquerait l’arc-en-ciel LGBT+ et, pour la photo, Hazard a enfilé le brassard honni. L’honneur est sauf. Ou presque… Les mêmes JT ont montré des centaines de candidats réfugiés campant dans la rue pour introduire leur dossier, d’autres qui, malgré leur demande enregistrée, n’ont pas reçu refuge, nourriture et soins.

Pour ce défaut de prise en charge, la Belgique a déjà été condamnée plus de 7.000 fois par ses propres tribunaux et 148 fois en une seule semaine par la Cour européenne des droits de l’homme. Il ne s’agit donc pas d’appel à une générosité extraordinaire, mais de l’application de nos propres lois. L’Europe connaît un afflux inédit depuis la crise migratoire (un doublement en 2022, soit 300.000 personnes, sans commune mesure avec le 1,5 million de 2015). Des solutions nouvelles doivent donc être déployées. Mais il y a un an déjà, les mêmes carences de l’État belge étaient dénoncées par des associations humanitaires qui, aujourd’hui, ­traitent des cas de gale et de diphtérie. MSF a ouvert des cliniques mobiles, comme dans un conflit, mais sans correspondant de guerre. Tous ceux qui ont été émus par Tori et Lokita, le film des Dardenne (un succès dans le marasme actuel du cinéma), et le désespoir de ces deux adolescents livrés aux lois de la rue frissonneront en apprenant que ces deux dernières semaines, Caritas a signalé 250 disparitions de mineurs. Certes, les crises s’additionnent et beaucoup de Belges s’inquiètent de leur propre avenir. Mais leur sort n’est en rien lié à celui des candidats réfugiés. Quand des acteurs politiques laissent entendre qu’avec un Vlaams Belang à l’affût, il ne faut pas donner le sentiment d’une ouverture de nos frontières, ils ont déjà rallié son repli populiste.

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