Pape François: la tactique du pardon

Le pape François a présenté les excuses de l’Église aux autochtones du Canada. Ou presque…

Pape françois
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Donc les Indjiens canadiens, ça c’est fait. Dans son “pèlerinage pénitentiel”, François a imploré le pardon des communautés amérindiennes. Pardon parce que, de 1830 jusqu’en 1996, des enfants indiens et inuits issus des “Premières nations” locales ont été séquestrés dans 132 pensionnats “tenus” par des prêtres catholiques pour le compte de l’État canadien. 150.000 gosses arrachés à leur famille pour être “éduqués” et “assimilés”. De force: sévices physiques inouïs, violences psychologiques, maladies non soignées. Bilan: entre 3.500 et 10.000 morts. Cachés, bien sûr. Comme les agressions sexuelles et les viols. Très, très nombreux. Environ 5.300 prêtres-agresseurs auraient sévi (beaucoup étaient là après un “exil” pour pédophilie en Europe). Mais donc voilà, rideau. Le Pontife a demandé pardon. Comme il l’avait fait en Irlande en 2018, pour les mêmes raisons. Ou avant en Bolivie et au Mexique pour le rôle (très proactif) du clergé dans les horreurs de la conquête des Amériques. Au nom de Dieu.

Elle est plutôt récente, cette tactique vaticanesque du pardon. En 2000, Jean-Paul II avait inventé le “repentir” de l’Église avec un package d’excuses pour la violence des croisades, l’Inquisition ou sa participation à l’esclavagisme. Puis Benoît XVI avait demandé pardon pour les abus sexuels d’ecclésiastiques aux États-Unis et en Australie. Bien ça. Mais disons que la tactique est “cadrée”. D’abord, on prend son temps, tout son temps. Quarante ans après la révélation historique des faits, au Canada. Le repentir, oui, mais après la prescription. Et François a “oublié” d’inclure les milliers de crimes sexuels de “ses” prêtres dans son mea-culpa. Des fois que certains survivants encore en vie imagineraient demander réparation. Demander pardon aux morts, c’est moins cher. Et puis, toujours précautionneux, François a imploré le pardon pour les actes déviants de “certains membres” de l’Église. Le pardon pour ces vilains isolés, pas pour l’Institution catholique entière, et donc pas pour la responsabilité collective de sa hiérarchie. Qui pourra donc continuer de ne surtout pas s’attaquer au fond du problème: le célibat et la chasteté (forcée) des religieux catholiques. Ça, pas touche. Toujours pas…

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