États-Unis: la Cour suprême invente la machine à remonter le temps

En deux arrêts, les juges conservateurs de la Cour suprême des États-Unis plongent tout un pays dans un scénario dystopique des années 70. Et ce n'est pas fini...

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La Cour suprême américaine, où 6 juges conservateurs forment une majorité partisane. © BelgaImage

La semaine avait commencé par les “révélations” de la commission sur les dessous de l’assaut du Capitole. Documents et témoins, venant parfois du camp ou de la famille de Trump, ont prouvé qu’il ne voulait pas céder sa présidence, quitte à menacer les garants d’une élection légitime, à nommer un ministre de la Justice inféodé, à inciter à une reprise du pouvoir par la force. Pour la première fois aussi, un sondage désignait Ron DeSantis, gouverneur de Floride, comme prochain candidat idéal républicain à la Maison-Blanche. Pour un peu, on se prenait à rêver de poursuites en justice.

À voir Trump hilare sur scène, on aurait dû se méfier. Il devait savoir ce que lui préparait sa Cour suprême, la sienne puisque les circonstances lui ont permis de nommer trois nouveaux juges conservateurs s’ajoutant à trois autres déjà en place, de quoi former une majorité partisane. En milieu de semaine, la Cour a invalidé une loi de l’État de New York – et toutes celles qui s’en inspiraient – réglementant l’accès aux armes à feu et à leur port dans des lieux publics. Le texte datait de 1913. À de rares et minimes exceptions près, on peut donc se procurer et se balader partout aux USA armé d’un fusil d’assaut. On a eu à peine le temps de protester que, prolongeant son interprétation intégriste de la Constitution de 1787 (au sens religieux du terme), la Cour abolissait une jurisprudence datant de 1973 qui empêchait les États d’interdire l’avortement. Depuis vendredi, 26 États ont déjà révoqué ou fortement empêché ce droit à l’avortement, ou bien s’apprêtent à le faire (ce qui montre un vrai soutien populaire à cette dérive ultra-religieuse). Certains juges ont même affirmé leur intention de prendre bientôt des décisions qui permettront d’interdire le mariage homosexuel, certaines pratiques contraceptives et de refaire de l’homosexualité un délit. La moitié de l’Amérique vient d’entraîner l’autre moitié dans un scénario dystopique des années 70, quand on craignait que la plus grande démocratie du monde se transforme en dictature conservatrice.

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