Urgence climatique: les pollueurs ne sont pas les payeurs, mais les payés

En pleine urgence climatique, les multinationales du pétrole et du charbon sont grassement rétribuées pour cesser d’encrasser l’atmosphère.

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Un exemple de grrrrand accord quasi planétaire au bénéfice de tous? Le Traité sur la Charte de l’énergie. On est en 1993, l’URSS est sur sa caisse et le monde change (croit-on). Pour garantir leur approvisionnement, les pays du continent eurasien veulent faciliter les relations et les investissements énergétiques. Donc ça discute. Et en 1994, eurêka! Du Japon à l’Europe, de l’ex-bloc soviétique au Yémen, une cinquantaine d’états signent ce fort beau TCE… Qui comprend juste une petite clause finement négociée par le lobby des énergies fossiles. Du “si en cas”, on va dire. En échange de leurs généreux investissements “sans frontières”, les énergéticiens obtiennent une gâterie: ils pourront réclamer des “réparations” financières si les États les empêchaient un jour de faire leur job (et leur beurre).

Et donc on voit le truc? On voit bien: en pleine urgence climatique, les multinationales du pétrole et du charbon (ou leurs fonds d’investissement qui se calent de la dépollution) sont grassement rétribuées pour cesser d’encrasser l’atmosphère. Les pollueurs ne sont pas les payeurs mais les payés. Par milliards. Et par les États, donc par nous. Mieux: pour décider qui on paye et combien on paye, ce sont des “tribunaux d’arbitrage” qui statuent. Donc des tribunaux privés composés d’“experts”, dont on connaît la légendaire imperméabilité à la corruption. Depuis 1994, près de 150 “plaintes” ont été déposées par de gentilles entreprises fossiles contre les États pour leurs vilaines lois anti-carbone. Et près de 85 milliards de dollars de compensations ont déjà été accordés. D’ici 2050, ça pourrait grimper à 1.300 milliards de dollars. Et donc tout le monde sort de ce traité nigaud, comme l’a fait l’Italie en 2016? Ah ben non. Parce que le TCE prévoyait une autre grosse gâterie: un pays qui sort du traité doit encore appliquer ces “compensations” pendant… 20 ans. Mais vendredi, l’UE a heureusement renégocié un TCE “modernisé”. À partir d’août 2023, les investissements en énergies noires et ceux qui auront plus de dix ans à cette date ne seront plus “protégés”. Sur ce, je vous laisse. Afin d’assurer ma petite pension, il me reste treize mois pour me lancer dans le charbon. Ou le pétrole.

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