L’inceste, ce grand tabou

On ne parle pas facilement d’inceste dans les familles, ce serait pourtant bien utile.

extrait du film Derrière la façade, l’inceste
Depuis 2019, le Code pénal a redéfini le crime d’inceste et l’a rendu imprescriptible. © Prod.

Il y a un an, le tribunal du ­Hainaut condamnait un père de famille à 20 ans de prison pour des faits dont le simple énoncé soulève le cœur. La semaine dernière à Paris, un homme a été reconnu coupable du viol de sa fille âgée de 5 ans. Sa peine est de 14 ans de réclusion. La différence principale entre les deux affaires est la parole très vite entendue dans le second cas. Alertée par une proche dont l’enfant avait été l’objet d’attouchements, la mère a immédiatement interrogé sa fille.

Terrible coïncidence, ce verdict français était prononcé le lendemain d’une projection-choc à Bruxelles. Derrière la façade, l’inceste est un documentaire patiemment construit par SOS Inceste et l’ASBL Clara pour accompagner des ­séances d’informations (on espère que la RTBF s’y intéressera). Trois adultes y disent ce qu’un père, un oncle, une mère leur ont fait subir (malgré cet exemple contradictoire, précisons que 96 % des incestes sont commis par des hommes). Ils racontent comment la famille n’a rien voulu voir, comment le secret devait être gardé, le passé enterré, l’homme aimé préservé. Après la projection, quelques experts ex­pliquent encore. Eddy qui accusait à visage découvert sa mère de prostitution enfantine est là, mais il a eu besoin de boire. Anna, qui masquait son visage, est sur la scène sans plus de dissimulation. Ils font preuve d’un courage d’autant plus admirable que leurs blessures sont toujours à vif. Avec des associations, eux et quelques autres ont contribué à changer la loi. La définition de l’inceste vient d’être revue dans notre Code pénal et depuis 2019, ce crime qui pourrait toucher un enfant sur dix est imprescriptible. Un commissaire bouleversé espère que les victimes sont désormais mieux prises en charge dans les commissariats. Puis une mère demande s’il faut en parler aux enfants et pendant que sur l’estrade, tout le monde acquiesce en silence, une psychologue précise: “Pour qu’un enfant parle, il faut qu’il soit écouté, qu’il sente qu’il sera écouté. C’est toujours aux adultes de ­commencer à en parler”.

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