L’injustice du Michelin ouin-ouin

Le restaurant bruxellois Comme chez soi a perdu une étoile et c’est un désastre national. Pour qui?

Lionel Rigolet du Comme chez soi perd une étoile
Lionel Rigolet, chef du Comme Chez Soi. © BelgaImage

Combien? Je n’ai pas compté. Mais un déluge de “breaking news”, de sujets télé ou radio, d’articles outrés et d’“experts” très, très colère sur les réseaux. Si vous faisiez du camping sans smartphone dans le désert de Gobi ou si vous étiez en stage dans un sous-marin, je dois vous faire part du drame effroyable qui nous déchire les boyaux depuis une semaine. C’est du brutal: le vilain Guide Michelin a retiré une étoile (de plus) au restaurant Comme chez soi. Comment ça, vous vous en tamponnez le radis?! Ce n’est pas bien. Merde, quoi! Après en avoir déjà perdu une loupiote en 2006, cette “institution bruxelloise” n’en a plus qu’une, maintenant! Un cataclysme. D’ailleurs, vendredi encore dans le journal de 13 h sur La Première RTBF, le chef Lionel Rigolet en était à sa 276e complainte sur l’injustice du Michelin ouin-ouin. Le plus long reportage du JP! C’est dire si ça doit nous bouleverser. Ou pas, c’est vrai. Je m’en veux un peu (pas beaucoup), mais je suis comme vous. Moi non plus, je n’ai jamais eu l’honneur de dépenser des centaines d’euros pour un repas ***. Ni au Comme chez soi, ni ailleurs. C’est con, j’avais à chaque fois autre chose à faire: payer l’entretien de ma caisse ou le minerval des Louloutes. J’aurais dû me forcer. Je comprendrais donc mieux l’ampleur du désarroi qui afflige au moins 0,0001 % de la population belge, cliente et supportrice de ladite maison de bouche. Je ne me dirais pas qu’au moment où faire un plein est devenu un exploit pour des millions de Belges, la déferlante de ces jérémiades du luxe est un poil indécente. Voire obscène. Certes, Monsieur Rigolet et ses cuisiniers sont des artisans remarquables. Un peu comme mon boucher, Roland. Ou Jérôme, le menuisier que j’ai vu construire un escalier aux courbes étourdissantes d’harmonie. Et qui ne réclame aucune étoile. Et puis, Monsieur Rigolet, je vous cite: “Je ne comprends pas. On n’a jamais travaillé comme maintenant, on fait un chiffre d’affaires que l’on n’a jamais eu”. Donc ça va d’aller. Quant aux clients pour qui le plaisir des papilles doit absolument être constellé d’étoiles, j’ai de quoi les consoler: à quelques kilomètres de là, La Villa Lorraine en a obtenu une deuxième. Courage!

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