La RTBF, une concurrence déloyale?

Une étude universitaire montre que la RTBF menace l’existence des quotidiens d’information.

RTBF BelgaImage
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Quand parlent d’une même voix les CEO de groupes concurrents, Bernard Marchant de Rossel (Le Soir, Sud-Presse) et François le Hodey de IPM (La Libre, La DH, L’Avenir, Moustique mais pas question ici des hebdomadaires), c’est que l’heure est grave et qu’ils refusent de désespérer. La Presse.be, association des éditeurs de presse, a donc demandé à trois professeurs d’économie (UCLouvain, ULg et Université Saint-Louis) s’ils pouvaient objectiver ce sentiment qu’avec sa dotation publique, la RTBF menait une concurrence déloyale aux acteurs privés sur leur terrain: l’information écrite digitale.

La situation avait été dénoncée avant l’établissement du contrat de gestion 2019-2022 du média public. Trois ans plus tard, elle a empiré. C’est que les services digitaux de la RTBF ressemblent furieusement à ceux que développent les organes de presse, sinon que le service public subsidié peut se permettre la gratuité alors que l’information de presse doit être payante.

Le rapport universitaire montre que l’information écrite de la RTBF ne sert pas de relais à ses contenus audiovisuels. Elle ne lui apporte qu’un bénéfice marginal (un peu de publicité). Elle est en revanche d’une importance existentielle pour la presse qui doit rapidement passer de 100 000 abonnés numériques à 400 000 dans un modèle où les revenus publicitaires ne joueront plus qu’un rôle secondaire. Pourtant le conseil d’administration du média public (y compris les 2 commissaires du Gouvernement) n’a pas appliqué les timides limites imposées par le contrat de gestion et ne remet pas en question la distorsion de sa mission.

Ils ne sont pas non plus impatients de discuter avec les acteurs privés de la renégociation du nouveau contrat. Produire une information de qualité est une mission de service public, mais sans régulation, elle se révélera une conception à court terme de l’intérêt général. Quand elle aura étouffé la presse, on s’apercevra que la qualité passe par une diversité des producteurs d’informations. Et ils ne peuvent se résumer à des chaines d’Etat.

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