Impôt sur la fortune: même pas mal pour les super-riches

L’impôt sur la fortune quitte le rayon “lubies d’extrême gauche”. Et devient universitaire…

impot sur la fortune
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Comment se faire mal? Ouvrir l’enveloppe de sa facture gaz-électricité en faisant le plein de sa C3 le jour où on vient de verser son loyer. Je l’ai fait. C’est agaçant. Puis se plonger dans l’étude de chercheurs en économie, Arthur Apostel de la KULeuven et Daniel O’Neill de l’université de Leeds. Les deux gaillards, des sérieux, viennent d’objectiver la répartition des richesses en Belgique. Ceci en appliquant des méthodes plus pointues et, ­surtout, en compilant des chiffres bien plus récents que ceux des dernières études (un rien évasives) de la Banque centrale euro­péenne. C’est là que la séance de masochisme devient très, très douloureuse. En Belgique, 1 % des ménages les plus riches détient… 24 % des richesses nettes. ­Traduction: 47.000 ménages (sur 4,7 millions) trustent un quart de tous “nos” biens. Plus sadique encore? Les 5 % de Belges les plus riches détiennent 42 % de tout “notre” patrimoine. Et une dernière, carrément cruelle… Les 10 % les mieux nantis du Royaume détiennent plus de biens que les 90 % du reste de la population. Pof.

Poursuivant la lecture en repoussant vaillamment l’idée de braquer une banque, je vois apparaître trois lettres un peu fofolles: ISF. C’est que les deux têtes chercheuses universitaires ont évalué combien rapporterait un impôt sur la fortune. L’ISF le plus chiche, d’abord: un mini-impôt de 1 % sur le patrimoine du pourcent de Belges les plus riches ramènerait 6 milliards par an. Le plus magnanime? Un impôt exceptionnel “corona” (ou “Ukraine”, ou les deux) de 5 % sur les ménages qui disposent de plus de 3 millions (!) dégagerait d’un coup… 43 milliards. Mais les deux économistes tablent plutôt sur un ISF de crise proportionnel au tas de millions (milliards) amassés. Qui ramènerait, selon le taux choisi, une fourchette de 6 à 25 milliards. Petit message rassurant pour nos amis les (super-)riches, si jamais la “rage taxatoire” s’abattait sur leur compte épargne: dans tous les cas de figure (même après un ISF à 43 milliards), le pourcent de Belges les plus riches – donc vous – continuera de posséder 23 % des richesses… Même pas mal. Au passage, ça épargnera à tous les autres – donc nous – une dizaine d’années d’austérité. Que l’on pratique déjà.

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