Chers réfugiés ukrainiens, désolé

Quand on a longtemps refoulé des réfugiés, pas facile de faire le contraire efficacement…

réfugiés ukrainiens en Belgique
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Chers réfugiés ukrainiens, je voulais vous présenter des excuses. Enfin, celles de nos autorités. Les Belges, eux, ont le sens de l’accueil. Pas tous, pour être honnête. Si vous lisiez certains ­Facebook, vous verriez qu’ils sont encore quelques loufs à penser que vous deviez rester là, à Marioupol ou à Kharkiv, sous les bombes. Mais les Belges sont des milliers à vous héberger chez eux, comme ma Choute à moi. Ça n’a pas toujours été facile. Ou même possible. Pour vous dire, il n’y a pas si longtemps, des Belges ont voulu accueillir des réfugiés de Syrie ou de Somalie. Là où il y a aussi la guerre. Et vous, vous le savez: une guerre est une guerre, point. Effroyable. Eh bien, ces ­Belges ont été poursuivis pour ça: loger des personnes comme vous, menacées de massacre par un fou. Pourquoi ça? Parce qu’ici, pendant des années, on a eu une certaine Maggie De Block, puis un Theo ­Francken. Plus ils expulsaient des demandeurs d’asile, plus ils devenaient popu­laires. Et donc, par exemple, ils ont ­renvoyé des réfugiés afghans, tués à leur retour par les talibans.

Attention, ce n’est pas ça: comme partout en Europe, “mes” autorités ont décidé de vous accueillir. Mais à force d’avoir expulsé, elles ne savent plus trop comment on fait ça dignement. La semaine dernière, quand vous êtes arrivés d’Ukraine, vous avez poireauté des plombes et des plombes dehors, devant le centre Bordet ou le Petit-Château. Pour obtenir un titre de séjour, vous étiez là, des milliers de personnes âgées, de femmes et d’enfants sur le trottoir. À grelotter. Sans manger. Sans toilettes. “Mes” autorités n’ont même pas songé qu’après la terreur, l’exil, le désarroi et des dizaines d’heures de voyage, vous pourriez être reçus au chaud. Dans un Palais du Heysel ou des halls omnisports, peu importe. Mais dans la chaleur. Nourris. Avec des W.-C. Des douches. Elles l’ont fait, finalement. Mais tard. Comme d’hab, c’est la population bénévole qui a fait ce qu’elle devait pour pallier ça, pour vous réchauffer le corps et le cœur. Pendant des années, “nos” autorités ont organisé la lenteur, la froideur ou le refus d’accueillir. On va dire qu’elles ­manquent de pratique. Donc voilà, encore désolé pour elles. Pas pour nous.

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