Démission de Jean-Luc Crucke: à droite toute pour le MR

Quand un ministre tient parole, mais quitte son parti et la politique, on peut s’interroger.

Crucke et Bouchez
Georges-Louis Bouchez et Jean-Luc Crucke ou de la liberté d’être libéral… © BelgaImage

La vie interne des partis ne regarde souvent qu’eux-­mêmes. Mais la démission officialisée ce lundi de Jean-Luc Crucke a valeur de symbole. Il y a un mois, le ministre wallon du Budget avait défendu des dispositions fiscales qui avaient irrité son camp. Être soutenu par le PS et Écolo, mais désavoué par des élus MR et par son président, ce n’était pas banal, même si, comme l’a remarqué Georges-Louis Bouchez, ce devrait être aussi le fonctionnement d’une démocratie parlementaire. Les réformateurs étaient d’autant plus mal pris que ces règles revues de taxation des véhicules, donations et héritages étaient résumées sous le titre “Plan pour un impôt plus juste”. Difficile pour eux de réclamer, au nom de “leur” classe moyenne, un statu quo fiscal “injuste”. Le plan avait finalement été voté. Mais Crucke avait laissé entendre qu’il en tirerait des conclusions personnelles…

Il quitte donc la politique pour rejoindre dans quelques mois la Cour constitutionnelle chargée de juger au-dessus des partis et des gouvernements si les lois sont conformes à la Constitution, préservent les compétences des entités et les libertés fondamentales des citoyens. Beau programme pour l’avocat qu’il est. On peut saluer son honnêteté intellectuelle et en même temps s’inquiéter. En fermant poliment la porte derrière lui, Crucke a expliqué que sa pensée libérale était désormais “marginale” au MR en “matières climatiques, migratoires, énergétiques, fiscales”. Pour le dire vite: le libéralisme social, c’est fini. Le MR sera pur et dur. Dans les deux années qui ­viennent, l’entente PS-Écolo-MR sera donc de plus en plus difficile. À la DH, le président Bouchez (“brillant”, “que tous les partis nous envient”, reconnaît un Crucke pas rancunier) expliquait que son parti se rangeait en ordre de bataille pour les élections de 2024. Direction: à droite toute. Seul parti de droite en Belgique, il entend bien s’inscrire dans la droitisation triomphante en Europe, mais avec cette originalité: sans désigner de bouc émissaire. Promis?

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