Total et le climat: 50 ans de silence

140 milliards de revenus, 100.000 employés et Total, première entreprise de France, serait le mal ?

une pompe Total
© BelgaImage

Récemment vous avez peut-être glissé sur une pub TotalEnergie. Un changement de nom pour souligner les efforts du géant pétrolier Total dans le renouvelable qui sera multiplié au moins par six. Il va ainsi passer de 0,2% de sa production globale à un large 1,1 voire 1,6% en 2025! Pas beau ça? En comparaison, sa production gazière va augmenter d’un tiers, y compris en Arctique. Mais passons. Un changement de nom dans le big business, souvent, c’est moins pour glorifier l’avenir que pour enterrer d’anciens pêchés. De Total, on aimait déjà son exploitation à peine régulée de gisements ultrapolluants au Nigeria. On adorait son partage des rentes des ressources gazières birmanes avec un gouvernement militaire aussi peu démocratique qu’on peut le rêver. Voilà que le journal Le Monde révèle, en citant une enquête scientifique, que Total avait tout compris avant tout le monde. Dès 1968, on y savait que l’augmentation des gaz carboniques commencerait à causer un demi-siècle plus tard des modifications problématiques du climat. On y est. C’est reprécisé en 1971 dans un magazine interne qui prévient de l’impact « potentiellement catastrophique » de leur activité sur une hausse de la température.

Avoir été quasi les premiers a heureusement donné à Total le temps d’agir. D’abord se taire. Puis, en 1986, quand ce n’était plus possible, rejoindre le chœur d’Exxon, Shell, BP pour « défendre » l’industrie pétrolière contre ces bons peuples qui pourraient avoir l’idée saugrenue de taxer leurs activités. La France qui gagne a donc versé son écot personnel aux milliards de dollars anglo-saxons pour décrédibiliser, puis relativiser les concepts d’émissions de gaz à effet de serre, de réchauffement climatique et des constats scientifiques venus du monde entier. Un lobbying aux rouages déjà bien éprouvés par l’industrie du tabac. Il y a des comptes d’experts climatosceptiques francophones qui mériteraient d’être auscultés. Ça fera toujours un sujet de conversation à la Cop26 qui s’ouvre joyeusement ce week-end en Ecosse.

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