"Tu es bénévole sur la ligne d’écoute du CPS ? Mais comment fais-tu ?"

1 personne se suicide toutes les 4 heures en Belgique. Face aux statistiques préoccupantes du suicide et au tabou qui l'entoure, le Centre de Prévention du Suicide lance un appel urgent aux bénévoles.

un bénévole au centre de prévention du suicide
© Adobe Stock

Un texte des bénévoles du Centre de Prévention du Suicide

Nous sommes aux confins du jour, la nuit approche. Soudain, le téléphone sonne… " Allô, ligne d’écoute du Centre de Prévention du Suicide. " Au bout du fil, une voix désespérée, chargée de sanglots, pleine d’émotions, angoissée… " Dites-moi, je vous écoute. "

Un début d’appel extrait de l’un des dizaines de milliers d’appels que reçoivent les bénévoles du Centre de Prévention du Suicide (CPS), chaque année. Tous les ans, la Belgique déplore environ 2.000 décès par suicide. C’est 6 suicides par jour, soit 1 toutes les 4 heures ! C’est beaucoup. C’est énorme. C’est surtout inacceptable. Alors, quelques personnes ont choisi d’aller au-delà de ce constat et de s’engager. S’engager pour que, l’espace d’un moment, quelqu’un puisse sortir de son isolement, de sa solitude, de son chagrin, de sa détresse, de ses pensées suicidaires en parlant, en déposant ce qui est lourd et en recevant de l’écoute, sans jugement et avec bienveillance, sans phrases toutes faites, sans a priori. S’engager pour sortir du tabou du suicide, de l’indifférence, de la dureté ambiante, de la violence et de l’anxiété ressenties par certains appelants, et de la sienne propre.

Chaque appel a lieu dans l’anonymat le plus complet. Des deux côtés de la ligne. L’objectif de la ligne 0800 32 123 est d’offrir une écoute, un soutien 24h/24 et 7j/7. Pendant quelques minutes, parfois bien plus, c’est une bouée de sauvetage qui est jetée pour tenter de traverser la crise et éviter l’irréparable. Un moment fragile, un moment de basculement.

" Quoi ? Tu es bénévole sur la ligne d’écoute du CPS ? Mais comment fais-tu ? Jamais, je ne pourrais, je ne supporterais pas, je ne trouverais pas les mots justes… Je ne comprends pas, toi qui es si sensible, cela doit être terrible… " M., une bénévole, sourit. " Mais si, tu y arriverais… "

Formation approfondie

Avant d’être présents sur la ligne, les bénévoles bénéficient d’une formation approfondie de quelque 30 heures réparties sur 3 mois. C’est un trajet intense où l’on apprend beaucoup. Les psychologues du CPS, expérimentés dans la gestion de la crise suicidaire, donnent cette formation. Des personnes attentives qui mettent leurs compétences et leurs connaissances à disposition dans l’encadrement des bénévoles. Grâce à leur attitude, il est plus facile de comprendre comment se comporter sur la ligne. Écouter en étant soi-même, avec sa personnalité, son parcours de vie, ses richesses mais aussi ses blessures.

Et la formation ne s’arrête pas à la théorie… Des mises en situation permettent d’approcher plus concrètement la réalité d’un appel, dans toute sa complexité souvent, mais en touchant du doigt l’essentiel. On ne triche pas sur la ligne. On va autant à la rencontre de soi que de l’autre.

Les tabous sont légion

Les clichés ont la vie dure pendant la formation donnée aux futurs bénévoles. Le suicide est le signe d’une maladie mentale. Faux ! Il faut être lâche pour se suicider. Faux ! Parler du suicide encourage le passage à l’acte. Faux ! Suicidaire un jour, suicidaire toujours. Encore faux ! La personne qui utilise la menace de suicide le fait pour manipuler ! Toujours faux ! Les préjugés, les lieux communs, les tabous sont légion. Par contre, on peut aider une personne sans être un pro dans le domaine ? Vrai ! Tout ce qu’il y a de plus vrai !

R., un autre bénévole, intervient. " J’ai cru que je n’allais que donner, et je n’ai jamais pensé que je recevrais autant ! " " Et puis, qu’est-ce qu’on est vivant dans ce bénévolat ! " intervient L. La nuit est bien tombée maintenant. La voix s’est apaisée au fil de la conversation. Timidement, l’espoir renaît, une fraction de seconde, de quoi tenir jusqu’au matin. Demain est un autre jour. " Merci ", dit la voix avant de raccrocher. Un moment d’humanité. M. sourit. " Oui, demain est un autre jour. "

Chaque bénévole de plus permet au CPS de remplir sa mission et d’assurer une écoute 24h/24, 7j/7. Pour prévenir ensemble le suicide, rejoignez les bénévoles du Centre de Prévention du Suicide !

Le 10 septembre est la Journée mondiale de la prévention du suicide.
Pour plus d’informations, 0499 88 32 70, www.preventionsuicide.be

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